Histoire
Mausolée monumental de huit mètres de hauteur, ce tombeau est l'un des premiers grands monuments funéraires français à intégrer pleinement la grammaire de la Renaissance italienne. Commandé par Georges II d'Amboise pour honorer son oncle et lui-même, il fut conçu et exécuté entre 1515 et 1525 par Roulland Le Roux, maître maçon de la cathédrale, avec la collaboration de Pierre des Aubeaux et d'un atelier multinational où se croisaient sculpteurs français et italiens.
Georges Ier d'Amboise (1460-1510) avait été l'un des plus puissants prélats du royaume : archevêque de Rouen, cardinal, légat pontifical en France, premier ministre de Louis XII. Il avait introduit en Normandie le goût italien lors de la construction du château de Gaillon — premier édifice Renaissance français — et il était logique que son tombeau prolonge cette révolution stylistique. Son neveu Georges II (1488-1550), qui lui succéda à l'archevêché de Rouen et fut également fait cardinal, s'inscrit dans la même mouvance.
Le monument se présente comme un arc de triomphe à l'antique, structure tripartite à colonnes corinthiennes encadrant des niches. Au registre principal, les deux cardinaux agenouillés en oraison, sculptés en ronde-bosse dans le marbre blanc, dialoguent visuellement avec l'autel de la Vierge. En dessous, six allégories des vertus (Foi, Charité, Prudence, Tempérance, Justice, Force) occupent les niches, dans un style d'une élégance classique parfaite. Au-dessus, des anges soutiennent les armoiries.
L'œuvre marque un tournant : la verticalité gothique cède la place à l'horizontalité antique, les drapés s'assouplissent, les visages s'individualisent. C'est l'un des rares grands tombeaux Renaissance d'origine non royale à avoir échappé à la Révolution — sauvé, comme la cathédrale entière, par sa fonction religieuse maintenue.
À voir absolument
- Les deux cardinaux agenouillés en grand format, dans leurs robes pourpres figurées par le marbre veiné — la tête de Georges II est attribuée à Jean Goujon (1542)
- Les six allégories des Vertus sous les cardinaux : la Justice à la balance, la Tempérance au mors, la Foi au calice, la Charité aux enfants, la Prudence à miroir, la Force tenant un château
- Les colonnes corinthiennes à l'antique, en marbre noir veiné — l'une des premières apparitions de l'ordre corinthien en France
- Les bas-reliefs intermédiaires figurant des scènes de l'Ancien et du Nouveau Testament
- Les anges porte-blasons au sommet, tenant les armoiries des cardinaux
- L'inscription latine dédicatoire célébrant les hauts faits des deux prélats
- L'ensemble architectural dialoguant avec l'absidiole de la Vierge en arrière-plan
Anecdotes & secrets
Georges Ier d'Amboise fut bien plus qu'un évêque : premier ministre de Louis XII, il dirigea de fait les affaires du royaume pendant douze ans. Il fut le grand promoteur de l'expédition d'Italie (1499-1500), au cours de laquelle il rapporta en France les chefs-d'œuvre, les artistes et les goûts qui amorcèrent la Renaissance française. Il fut deux fois en lice pour la papauté — manqua de peu en 1503 et en 1513 — et c'est en revenant frustré du conclave qu'il mourut à Lyon en 1510. Son tombeau, érigé par son neveu, devait clamer son rang européen.
La tradition attribue à Jean Goujon l'exécution de la tête priante de Georges II d'Amboise, sculptée en 1542. C'est l'un des très rares ouvrages documentés du grand maître, et le premier témoignage de son art en Normandie. Goujon œuvrait alors à l'abbatiale Saint-Maclou de Rouen, où subsistent ses colonnes corinthiennes soutenant les orgues. Il sculpta ensuite à Rouen le tombeau de Louis de Brézé (voir fiche dédiée) avant de gagner Paris pour collaborer avec Pierre Lescot à la Fontaine des Innocents et au Louvre.
Conseils de visite
Cathédrale ouverte tous les jours, entrée libre. Le tombeau se trouve dans la chapelle de la Vierge, derrière le maître-autel, au cœur du déambulatoire. La lumière y est tamisée ; venir en milieu de matinée ou début d'après-midi pour bénéficier de l'éclairage naturel. Combiner avec la visite du tombeau de Louis de Brézé (chapelle voisine), des vitraux remarquables, du portail de la Calende et de la flèche en fonte du XIXe siècle — la plus haute de France (151 m). Rouen accessible en train depuis Paris-Saint-Lazare (1h15).
Contexte économique, social et religieux
Mausolée monumental de huit mètres de hauteur, ce tombeau est l'un des premiers grands monuments funéraires français à intégrer pleinement la grammaire de la Renaissance italienne. Commandé par Georges II d'Amboise pour honorer son oncle et lui-même, il fut conçu et exécuté entre 1515 et 1525 par Roulland Le Roux, maître maçon de la cathédrale, avec la collaboration de Pierre des Aubeaux et d'un atelier multinational où se croisaient sculpteurs français et italiens.







