Devant l'œuvre
Trois femmes nues, sculptées dans un seul bloc de marbre, soutiennent sur leurs têtes une urne contenant le cœur d'Henri II. C'est l'une des images les plus étranges et les plus belles de la Renaissance française. Catherine de Médicis, veuve du roi mort lors d'un tournoi en 1559, commanda ce monument funéraire au jeune Germain Pilon — qui avait alors trente ans à peine. L'urne d'origine en cuivre, contenant réellement le cœur du roi, fut fondue pendant la Révolution. Celle qu'on voit aujourd'hui est un remplacement en bois de la Restauration.
Symbolisme & lecture iconographique
Le cœur comme siège de l'amour et du courage, conservé séparément des entrailles dans un vase précieux, est une tradition royale française depuis le Moyen Âge. Les rois de France étaient enterrés en plusieurs endroits simultanément : corps à Saint-Denis, cœur aux Célestins (Paris), entrailles à Rouen. Cette dissémination de la dépouille royale correspondait à une croyance dans la toute-présence du roi même dans la mort.
Analyse des émotions
Ce monument est une méditation sur le deuil de la femme aimée. Catherine de Médicis a survécu vingt-sept ans à Henri II, portant le deuil noir toute sa vie. Ce groupe de Pilon est sa commémoration à elle autant qu'à lui : trois femmes gracieuses portant le cœur de l'homme qu'elle aimait. Il y a quelque chose de tendre et de cruel dans cette image — la beauté féminine mise au service d'une urne funèbre.
Secrets & mystères
Ces trois figures sont appelées Les Trois Grâces — mais elles sont peut-être aussi les Trois Vertus Théologales (Foi, Espérance, Charité) ou les Parques. L'ambiguïté est volontaire et savante : Pilon propose une sculpture qui peut être lue à plusieurs niveaux simultanément, mondain (les Grâces de la mythologie) et religieux (les Vertus chrétiennes). L'urne qu'elles portent sur la tête crée une tension entre la beauté vivante des corps et la mort qu'ils contiennent. Pilon a résolu le problème technique de la sculpture de trois corps adjacents issus d'un seul bloc en créant des espaces entre les figures — des 'vides' qui allègent visuellement le groupe et permettent à la lumière de circuler.
Le saviez-vous ?
Germain Pilon est mort en 1590, l'année même où Henri IV (le premier Bourbon) entrait enfin dans Paris après des années de siège. Il avait traversé toute la période des guerres de Religion en continuant de sculpter pour des commanditaires des deux camps — à la fois pour les Guise catholiques et pour les favoris protestants. Son chef-d'œuvre tardif, le Priant de René de Birague (Louvre, salle 215), est d'un réalisme psychologique qui annonce directement le XVIIe siècle.

