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Tombeau de Jean sans Peur et Marguerite de Bavière, Antoine Le Moiturier

✦ Sculpture ✦

Tombeau de Jean sans Peur et Marguerite de Bavière

Antoine Le Moiturier

v.1469-1477·Transition gothique-Renaissance·Alabâtre et marbre noir·Musée des Beaux-Arts de Dijon · Dijon
  • Tombeau de Jean sans Peur et Marguerite de Bavière — vue 2

Devant l'œuvre

Trois clés. 1. Le pendant de Philippe le Hardi : montrez qu'il reprend, une génération plus tard, le modèle de Sluter, avec ses pleurants. 2. Deux sculpteurs : Jean de la Huerta puis Antoine le Moiturier, sur plus de vingt-cinq ans. 3. Le musée de Dijon : les deux tombeaux ducaux réunis après avoir été démantelés. À emporter : « le second grand tombeau des ducs de Bourgogne, et son cortège de pleurants. »

Éléments remarquables

Gisants du duc et de la duchesse d'albâtre d'une précision remarquable. Procession de pleurants (pleureurs) en albâtre sculptés dans les niches du soubassement — succession de moines et clercs en deuil d'une expressivité intense. Chacun des pleurants est unique. Décor gothique flamboyant d'une richesse exubérante.

Signification historique et artistique

Les pleurants bourguignons (sculpture de Claus Sluter complétée par Le Moiturier) constituent l'une des séries sculpturales les plus extraordinaires de l'art européen. Chaque personnage — unique, individualisé — illustre la révolution du réalisme flamand-bourguignon qui précède et prépare la Renaissance française.

Contexte économique, social et religieux

Le tombeau de Jean sans Peur (duc de Bourgogne, père de Philippe le Bon) est commandé par Philippe le Bon pour la Chartreuse de Champmol à Dijon. Antoine Le Moiturier reprend et complète le modèle créé par Claus Sluter (tombeau de Philippe le Hardi) — l'un des chefs-d'œuvre de la sculpture bourguignonne du XVe siècle.

Symbolisme & lecture iconographique

Comme celui de Philippe le Hardi qu'il imite, ce tombeau ducal place, sous les gisants d'albâtre, une galerie ajourée où défile un cortège de pleurants — petites figures encapuchonnées, portées par le deuil. C'est l'éternelle procession funèbre d'un prince de Bourgogne, dont la maison rivalisait alors avec les rois de France. Le marbre noir et l'albâtre disent la richesse ; les pleurants disent que même la plus haute puissance s'achève dans le chagrin et la prière.

Analyse des émotions

L'émotion, une fois de plus, vient des pleurants. Ces petites figures d'albâtre, chacune différente, saisissent par la vérité de leur douleur — un deuil intime, presque volé, au pied d'un gisant somptueux. On ressent le contraste entre la magnificence du prince et l'humanité de ces silhouettes qui le pleurent : la grandeur en haut, le chagrin vrai en bas.

Secrets & mystères

Le monument fut commencé par Jean de la Huerta, puis achevé par Antoine le Moiturier : plus de vingt-cinq ans de travail pour perpétuer, une génération après, le modèle inventé par Claus Sluter. Comme son aîné, il fut démantelé à la Révolution puis remonté au musée des Beaux-Arts de Dijon, où les deux tombeaux ducaux se font face. Quant au défunt, Jean sans Peur, duc de Bourgogne, il fut assassiné sur le pont de Montereau en 1419 — un meurtre qui précipita la Bourgogne dans l'alliance anglaise, en pleine guerre de Cent Ans.

Le saviez-vous ?

Jean sans Peur périt assassiné sur un pont en 1419. Un siècle plus tard, montrant son crâne fendu au roi François Ier, un chartreux de Dijon aurait eu ce mot resté célèbre : c'est par ce trou que les Anglais entrèrent en France — tant ce meurtre avait, en jetant la Bourgogne dans le camp anglais, prolongé la guerre de Cent Ans.

Sources

  1. 1.Musée des Beaux-Arts de Dijon
  2. 2.Ministère de la Culture — Plateforme Ouverte du Patrimoine (POP)

Commanditaire

Philippe le Bon, duc de Bourgogne

Le sculpteur

Antoine Le Moiturier

Antoine Le Moiturier

v.1425–1497

Sculpteur

Dernier grand imagier de la Bourgogne des ducs Valois, Antoine Le Moiturier clôt l'âge d'or de la sculpture bourguignonne au seuil de la Renaissance. Héritier de Claus Sluter et de Jean de la Huerta, il travaille le marbre et l'albâtre avec une virtuosité dramatique. Il achève le **Tombeau de Jean sans Peur et de Marguerite de Bavière** (musée des Beaux-Arts de Dijon), avec son cortège de pleurants sous les arcades. On lui attribue surtout le prodigieux **Tombeau de Philippe Pot** (Louvre), porté par huit pleurants encapuchonnés grandeur nature— l'une des images les plus saisissantes de toute la sculpture funéraire.![Tombeau de Philippe Pot (Louvre)](/media/place-photos/optimized/sculpture/tombeau-de-philippe-pot-grand-senechal-de-bourgogne-attribue-a-antoine-le-moiturie-paris-800.webp)![Tombeau de Jean sans Peur et Marguerite de Bavière (Dijon)](/media/place-photos/optimized/sculpture/tombeau-de-jean-sans-peur-et-marguerite-de-baviere-antoine-le-moiturier-transition-gothique-alabatre-et-marbre-noir-1469-800.webp) La nuance: œuvrant à la charnière de deux mondes, Le Moiturier reste un maître du gothique finissant plus qu'un homme de la Renaissance, et plusieurs de ses attributions demeurent discutées.

Voir la fiche complète →

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