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Tombeau de Philippe Pot, grand sénéchal de Bourgogne

Sculpture funéraire

Tombeau de Philippe Pot, grand sénéchal de Bourgogne

Attribué à Antoine le Moiturier (Avignon, v. 1425 – Dijon, v. 1497)

v. 1477–1483 (commandé par Philippe Pot de son vivant)·Calcaire polychrome rehaussé d'or et de plomb·Musée du Louvre — Sculptures et Arts décoratifs Renaissance

Devant l'œuvre

Il n'y a pas d'autre tombeau comme celui-ci dans l'histoire de l'art. Partout ailleurs, le gisant repose sur une dalle fixe, immobile, éternelle. Ici — fait unique — huit pleurants grandeur nature portent la dalle sur leurs épaules, comme s'ils marchaient en procession funèbre. Les visages des pleurants sont cachés sous leurs capuchons noirs — on ne les voit pas pleurer, mais la courbure de leurs corps sous le poids de la dalle dit tout. Au centre de la dalle, Philippe Pot lui-même repose en armure, mains jointes, un lion aux pieds. Ce tombeau fut commandé par Philippe Pot de son vivant — il a imaginé lui-même sa mort, sa mise en scène finale.

Symbolisme & lecture iconographique

Le tombeau à pleurants est une tradition bourguignonne du XIVe–XVe siècle — les ducs de Bourgogne à Dijon en ont les plus célèbres. Mais partout ailleurs, les pleurants sont fixés autour du tombeau, pas porteurs de la dalle. Philippe Pot a radicalisé la tradition : les pleurants ne regardent plus la mort de loin, ils la portent. Ce déplacement du statique vers le cinétique transforme le monument funéraire en cérémonie figée.

Analyse des émotions

Le tombeau de Philippe Pot provoque une émotion physique que très peu d'œuvres d'art peuvent égaler : le sentiment d'assister à des funérailles, d'être un spectateur de ce cortège de deuil. Les pleurants bougent — ou plutôt, on a l'impression qu'ils vont bouger dans un instant. Cette suspension du mouvement dans la pierre est peut-être la prouesse technique et émotionnelle la plus remarquable de la sculpture française médiévale.

Secrets & mystères

Chacun des huit pleurants porte un écu armorié représentant l'un des huit quartiers de noblesse de Philippe Pot — sa généalogie portée à bout de bras, littéralement. Mais l'un des quartiers est faux : les armes de son ancêtre mythologique Palamède (chevalier arthurien que les Pot revendiquaient comme ancêtre) remplacent celles d'une ancêtre réelle. Philippe Pot s'inventait une noblesse plus ancienne que nature. Les capuchons des pleurants ont été partiellement refaits au XIXe siècle en tôle puis en plomb en 1889 — les bords originaux avaient disparu. Les mains du gisant ont aussi été refaites, on ne sait quand ni pourquoi.

Le saviez-vous ?

Philippe Pot (v. 1428–1494) était l'un des grands seigneurs de Bourgogne sous Philippe le Bon et Charles le Téméraire. Il est célèbre pour son discours aux États Généraux de 1484 dans lequel il défendit le principe de la souveraineté populaire avant la lettre : 'L'État, c'est la chose publique.' Un proto-républicain sous des dehors de grand féodal, qui s'offrait le tombeau dynastique le plus impressionnant de son temps.

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