Devant l'œuvre
Vous avez peut-être déjà vu, dans la rubrique des peintures, les volets de ce même retable : nous sommes ici devant son cœur sculpté. Observez la caisse centrale : la Vierge rayonnante, et de part et d'autre saint Pierre à la clé et saint Paul à l'épée, patrons de cette cathédrale. Remarquez comme les figures sortent du fond, en trois dimensions, là où les volets sont peints : c'est un seul et même meuble, offert en 1518 à l'abbaye de Lehnin, et arrivé ici par les hasards de la Réforme. Depuis 1727, il est le maître-autel de ce chœur.
Symbolisme & lecture iconographique
La Vierge couronnée de rayons, au centre, est la Médiatrice par qui le salut advient ; sa place sculptée, au-dessus du regard, signifie sa prééminence. Pierre et Paul, colonnes de l'Église et titulaires de la cathédrale, encadrent et garantissent l'orthodoxie du lieu. Le choix de la ronde-bosse dorée pour le centre et de la peinture pour les ailes traduit en matière la gradation du sacré.
Analyse des émotions
La caisse sculptée dorée, dans la pénombre du haut chœur, produit un effet de rayonnement calme et majestueux. On est impressionné par la permanence : cinq siècles que la Vierge et les deux apôtres veillent sur ce chœur, par-delà la rupture de la Réforme qui aurait pu les détruire.
Secrets & mystères
L'énigme majeure est la double nature de l'œuvre : ce que l'inventaire des peintures décrit (de_peinture_051, volets peints) et ce que décrit la présente fiche (caisse sculptée) ne sont pas deux objets mais les deux faces d'un même retable à transformation. Son itinéraire est tout aussi singulier : conçu pour une abbaye cistercienne de la Marche, il a survécu à la Réforme en changeant d'église, et c'est par exil qu'il est devenu le maître-autel d'une cathédrale.
Le saviez-vous ?
L'abbé Valentin Henneke offrit ce retable en 1518 « pour le salut de son âme ». Un an plus tard, les thèses de Luther allaient ébranler le monde monastique auquel l'œuvre était destinée ; elle lui survécut en migrant vers la cathédrale de Brandebourg.
