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La Pique des citoyennes de Lyon (1792)

Objet de mémoire

La Pique des citoyennes de Lyon (1792)

Armurier lyonnais anonyme

1792·Fer forgé et bois — pique révolutionnaire·Musée Gadagne — Musées d'histoire de Lyon

Devant l'œuvre

Cette pique est l'une des icônes de la section révolutionnaire du musée. En 1792, les 'citoyennes' (les femmes) de Lyon organisèrent une 'revue de piques' — une manifestation armée dans les rues de Lyon où des femmes brandissaient des piques (lance de base de l'infanterie révolutionnaire) pour affirmer leur participation à la défense de la Révolution. La pique est l'arme du peuple par excellence — pas besoin de formation ni d'argent pour la fabriquer et la porter. Cette pique-ci appartint à l'une de ces citoyennes lyonnaises de 1792.

Symbolisme & lecture iconographique

La pique dans l'iconographie révolutionnaire française est le symbole du peuple armé — l'opposé de l'épée nobiliaire (arme de luxe) et du mousquet militaire (arme de professionnel). La pique dit : nous, le peuple sans richesse ni formation, avons aussi le droit et la capacité de défendre notre liberté.

Analyse des émotions

Cette pique dit la participation physique des femmes à la Révolution — leur présence dans les rues, leur volonté d'être vues et entendues, leur identification à la cause révolutionnaire. C'est l'outil de la revendication politique dans sa version la plus directe.

Secrets & mystères

La participation des femmes à la Révolution française pose une question paradoxale : les révolutionnaires proclamaient l'égalité des hommes mais refusèrent systématiquement d'accorder les droits civiques aux femmes. Olympe de Gouges publia en 1791 sa Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne — et fut guillotinée en 1793. Les citoyennes de Lyon qui brandissaient leurs piques en 1792 furent les mêmes qui virent leurs représentants masculins nier leurs droits politiques. Cette contradiction fonde la question des droits des femmes en France — question qui ne trouva sa résolution qu'en 1944.

Le saviez-vous ?

En 1793, quand Lyon se souleva contre la Convention, les citoyennes qui avaient brandis leurs piques pour la Révolution en 1792 se retrouvèrent dans le camp des assiégés contre cette même Révolution. La politique révolutionnaire était si instable que les héros de 1792 devenaient les traîtres de 1793. Cette rapidité du retournement dit la violence de toute période révolutionnaire.

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