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Fontaine des Innocents

Fontaines monumentales

Fontaine des Innocents

Pierre Lescot (architecte) et Jean Goujon (sculpteur)

Histoire

La Fontaine des Innocents incarne le moment précis où la Renaissance française s'affirme dans l'espace public parisien. Commandée par la municipalité pour célébrer l'entrée solennelle d'Henri II à Paris le 16 juin 1549, l'ouvrage est conçu par deux des plus grands artistes du règne : Pierre Lescot, architecte du Louvre, et Jean Goujon, sculpteur virtuose formé à Rouen et adepte du classicisme italien. Le chantier s'achève en 1550, à proximité du cimetière des Saints-Innocents qui occupait alors le centre de Paris.

À l'origine, la fontaine était adossée à l'angle de l'église des Saints-Innocents, formant un édicule en saillie sur la voirie. Elle ne comportait que trois faces sculptées et un fronton. Sept hauts-reliefs en pierre de Saint-Leu — œuvres de Goujon — représentaient des nymphes portant des urnes d'où s'écoulait l'eau, symbole néoplatonicien de la fécondité divine. Quatre autres reliefs ornaient les piédroits avec génies de fleuves et tritons. C'est le premier monument public parisien dans le style classique de la Renaissance.

En 1788, le cimetière des Innocents fut désaffecté pour des raisons sanitaires, et l'église rasée. La fontaine échappa de justesse à la destruction. L'architecte Pierre-Louis Moreau-Desproux la démonta, la reconfigura en pavillon carré isolé à quatre faces, et la replanta au centre du nouveau marché des Innocents. Le sculpteur Augustin Pajou ajouta une quatrième face de nymphes pour respecter la symétrie. Ainsi métamorphosée, la fontaine devint l'élément central de la place actuelle.

Les hauts-reliefs originaux de Goujon, fragiles, ont été déposés au musée du Louvre au XIXe siècle ; ceux visibles aujourd'hui sont des copies fidèles réalisées en 1865 par Léon Cugnot. La fontaine elle-même fut classée monument historique dès la liste fondatrice de Prosper Mérimée en 1862. Une restauration majeure de 2020-2023 lui a rendu son éclat, dévoilant des polychromies d'origine sur les blasons et chapiteaux.

À voir absolument

  • Les huit hauts-reliefs de nymphes sur les quatre faces — chefs-d'œuvre de Goujon (copies de 1865) — l'élégance maniériste du drapé mouillé est unique en France
  • Les génies de fleuves sculptés sur les piédroits inférieurs, où l'eau coule par leurs urnes
  • Le fronton triangulaire sculpté de putti et de guirlandes, sur chaque face
  • L'escalier d'accès au pavillon, qui permet d'admirer les reliefs à hauteur d'œil
  • L'inscription dédicatoire Fontium Nymphis (« Aux nymphes des fontaines »), inscription humaniste latine
  • La fontaine en fonctionnement : l'eau coule toujours par les sept bassins d'origine

Anecdotes & secrets

Jean Goujon, dont la signature I. Govion figure sur l'une des nymphes originales conservées au Louvre, disparut mystérieusement vers 1565. Sa biographie est l'une des plus minces parmi les grands artistes Renaissance : aucun portrait certain, aucune lettre. Protestant probable, il quitta peut-être Paris pour Bologne après la Saint-Barthélemy menaçante — ou mourut bien avant. Ses Nymphes des Innocents restent le seul ensemble monumental qui lui soit unanimement attribué.

Lors du démontage de 1788, les ouvriers découvrirent dans les fondations de la fontaine d'origine des ossements et fragments de cercueils provenant du cimetière voisin — éloquente leçon archéologique sur la promiscuité des morts et des vivants dans le Paris médiéval. Le cimetière des Innocents avait accueilli plus de deux millions de défunts en huit siècles d'existence.

Conseils de visite

Visite libre 24h/24, en plein cœur du quartier Châtelet-les Halles. Privilégier la fin d'après-midi pour la lumière rasante sur les reliefs ; le crépuscule pour le jeu des reflets dans les bassins. À 5 minutes à pied de Notre-Dame, du Centre Pompidou et de la rue Saint-Honoré. Métro Châtelet (lignes 1, 4, 7, 11, 14) à 50 mètres. Cafés et restaurants nombreux autour du square.

Contexte économique, social et religieux

La Fontaine des Innocents incarne le moment précis où la Renaissance française s'affirme dans l'espace public parisien. Commandée par la municipalité pour célébrer l'entrée solennelle d'Henri II à Paris le 16 juin 1549, l'ouvrage est conçu par deux des plus grands artistes du règne : Pierre Lescot, architecte du Louvre, et Jean Goujon, sculpteur virtuose formé à Rouen et adepte du classicisme italien. Le chantier s'achève en 1550, à proximité du cimetière des Saints-Innocents qui occupait alors le centre de Paris.

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