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Chapelle de saint Jean-Baptiste — sculptures

✦ Sculpture ✦

Chapelle de saint Jean-Baptiste — sculptures

Matteo Civitali et Andrea Sansovino (et autres)

Fin XVe - début XVIe siècle·Marbre·Cattedrale di San Lorenzo · Genova

Devant l'œuvre

Entrez et faites d'abord le tour des niches : à gauche, à droite, cherchez Adam et Ève, les prophètes, les parents du Baptiste — ce sont les Civitali, reconnaissables à leur émotion intense, presque nerveuse. Puis approchez de l'autel : les deux statues qui l'encadrent, plus sereines, plus lisses, sont de Sansovino ; sentez le changement de ton, du frémissement à l'apaisement. Derrière l'autel, l'arca de marbre garde les cendres du Baptiste. Et souvenez-vous : pendant des siècles, une femme n'aurait pas pu se tenir là où vous êtes.

Éléments remarquables

Une chapelle latérale de la cathédrale, conçue comme un écrin de marbre pour les reliques du saint patron de Gênes. Aux parois, six statues de marbre par Matteo Civitali logées dans des niches : Isaïe, sainte Élisabeth (mère du Baptiste), Ève d'un côté ; Adam, Zacharie (père du Baptiste) et le prophète Habacuc de l'autre. De part et d'autre de l'autel, deux statues d'Andrea Sansovino — la Madone à l'Enfant et saint Jean-Baptiste. Derrière l'autel, une arca de marbre médiévale abrite les cendres vénérées du Baptiste. Un baldaquin à colonnes de porphyre rouge complète l'ensemble.

Signification historique et artistique

L'ensemble marie deux générations et deux tempéraments : le réalisme expressif et intense de Civitali, sculpteur toscan, et le classicisme harmonieux et apaisé de Sansovino. Cette rencontre fait de la chapelle un condensé du passage du premier au second Quattrocento vers la manière équilibrée du Cinquecento. Réunir Adam et Ève, les prophètes annonciateurs et les parents du Baptiste, c'est déployer un programme d'Attente : depuis la Chute jusqu'à celui qui annonce le Sauveur. La chapelle affirme la centralité de saint Jean, patron de Gênes, dont elle abrite les reliques.

Contexte économique, social et religieux

La confrérie de saint Jean-Baptiste entreprit la chapelle dès le milieu du XVe siècle pour abriter les reliques du saint patron. Matteo Civitali réalisa ses six statues dans les dernières années du XVe siècle ; Andrea Sansovino livra la Madone à l'Enfant et le saint Jean-Baptiste en 1503-1504. Le baldaquin à colonnes de porphyre rouge fut élevé au XVIe siècle par Giovanni Giacomo Della Porta et ses collaborateurs (1532-1541 environ). L'arca contenant les cendres du Baptiste remonte au XIIIe siècle. L'ensemble est resté in situ dans la Cattedrale di San Lorenzo.

Symbolisme & lecture iconographique

Le programme est une généalogie du salut : Adam et Ève rappellent la Chute qui rend nécessaire un Rédempteur ; les prophètes Isaïe et Habacuc annoncent sa venue ; Zacharie et Élisabeth engendrent le Précurseur ; au centre, le Baptiste, seuil entre l'Ancienne et la Nouvelle Alliance. Les reliques dans l'arca font de la chapelle un lieu de présence réelle du saint, non de simple mémoire. Le porphyre rouge du baldaquin, pierre impériale, dit la dignité souveraine attachée au patron de la cité. Chaque statue est un maillon d'une chaîne qui va de la faute à la grâce.

Analyse des émotions

La chapelle offre un contraste qui touche : les figures de Civitali semblent traversées d'inquiétude, de tension humaine, comme si la pierre respirait mal ; celles de Sansovino apaisent, réconcilient, comme un souffle plus égal. On passe de l'attente anxieuse au recueillement. La présence des cendres du saint ajoute une gravité particulière : on n'est pas devant des statues seulement, mais autour d'une relique. Et la mémoire de l'interdit fait aux femmes laisse, aujourd'hui, une émotion trouble, entre respect du passé et malaise devant l'exclusion.

Secrets & mystères

  • Pendant des siècles, les femmes furent interdites d'accès à la chapelle, en souvenir de Salomé dont la danse coûta la tête au Baptiste.
  • Six statues de Civitali : Isaïe, Élisabeth, Ève, Adam, Zacharie, Habacuc.
  • Les statues de l'autel — Madone à l'Enfant et saint Jean — sont d'Andrea Sansovino (1503-1504), d'un ton plus classique.
  • L'arca de marbre derrière l'autel garde les cendres vénérées du Baptiste, protecteur de Gênes.
  • Deux écoles se répondent : le réalisme toscan de Civitali et le classicisme de Sansovino.

Le saviez-vous ?

Longtemps, aucune femme ne put franchir le seuil de cette chapelle. La raison remonte au récit évangélique : c'est une femme, Salomé, dont la danse obtint d'Hérode la tête de Jean-Baptiste. Par une étrange justice symbolique, la ville plaça le tombeau de son saint patron dans un espace dont on écarta les femmes pendant des siècles. Ainsi, devant ces marbres qui racontent l'annonce et le sacrifice du Précurseur, planait la mémoire de celle qui avait causé sa mort.

Commanditaire

Confraternita di San Giovanni Battista

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