Devant l'œuvre
Trois clés. 1. Lire les objets : montrez un à un le crâne (la mort), le serpent (la tentation), le vase clos (les maux de Pandore), la branche (l'Éden) — le tableau est un rébus humaniste. 2. La double lecture : expliquez l'inscription « Eva Prima Pandora », qui superpose la Bible et le mythe grec, geste typique de la Renaissance. 3. Une première : signalez qu'il s'agit d'un des tout premiers nus monumentaux couchés de l'art français, par un artiste aussi géomètre que peintre. À emporter : « une seule femme pour porter la faute de deux civilisations. »
Histoire de l'art — Contexte & Singularité
- La France découvre le premier grand nu de son histoire picturale. Jean Cousin peint une femme allongée dans une grotte, main sur une jarre, serpent au poignet, autre bras sur un crâne. Deux noms inscrits : 'EVA PRIMA PANDORA' — Ève et Pandore, double malédiction, double beauté.
Inspiré de la Vénus d'Urbino du Titien et du sfumato de Léonard, c'est la seule peinture attribuée avec certitude à Jean Cousin. Elle fut retrouvée dans un château de Bourgogne au XVIIe siècle, utilisée comme porte de cuisine. La porte de cuisine ! Puis oubliée, retrouvée, achetée en 1922 par la Société des Amis du Louvre pour 200 000 francs. Un des plus grands chefs-d'œuvre de la Renaissance française avait failli disparaître à jamais.
Analyse des émotions
La beauté y est froide et savante. Le corps idéal, allongé, lisse, n'appelle pas le désir mais la méditation : la main posée sur un crâne, la figure semble songer à ce qu'elle a déclenché. On ressent une mélancolie grave, un malaise doux — celui d'une splendeur qui porte en elle la faute et la mort. Rien d'aguicheur : une allégorie qui pense.
Secrets & mystères
Le secret est dans le titre : « Ève première Pandore ». En trois mots latins inscrits sur le tableau, Jean Cousin fond deux mythes en une seule femme — l'Ève de la Bible et la Pandore des Grecs, les deux qui, chacune dans sa tradition, auraient introduit le malheur dans le monde. C'est un jeu d'humaniste, où la culture chrétienne et la culture antique se superposent sans se contredire. Les attributs sont autant d'indices à déchiffrer : le crâne sous le bras (la mort), le serpent (la tentation de l'Éden), le vase fermé (la jarre de Pandore, réservoir de tous les maux), la branche (le fruit défendu). On oublie souvent que Jean Cousin n'était pas qu'un peintre : maître verrier et géomètre, auteur d'un traité de perspective, il compose ici l'un des premiers grands nus allongés de la peinture française.
Le saviez-vous ?
Jean Cousin l'Ancien était aussi célèbre pour ses vitraux et pour sa science que pour ses tableaux : il publia un traité de perspective (Livre de perspective) et un traité sur le portrait, faisant de lui l'un des rares peintres français à théoriser son art comme les Italiens. Eva Prima Pandora est le manifeste de cette Renaissance-là — érudite, géométrique, nourrie d'Antiquité.
Sources
Commanditaire
Inconnu — probablement une commande privée bourguignonne



