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Bethsabée au bain

Peinture

Bethsabée au bain

Paolo Caliari dit Véronèse (Vérone, 1528–Venise, 1588)

Devant l'œuvre

Ce grand tableau de Véronèse représente Bethsabée au bain — l'épisode biblique où le roi David, depuis sa terrasse, aperçoit la belle Bethsabée se baignant, et tombe amoureux d'elle. Véronèse peint Bethsabée dans toute la magnificence vénitienne : des servantes qui lui tendent des tissus précieux, une architecture palladienne de fond, des couleurs éclatantes. Mais le roi David n'est que suggéré — l'image dit le désir avant qu'il ne se réalise. En 1991, une restauration retrouva le format original du tableau, plus grand que celui visible depuis le XIXe siècle : il avait été recadré à une date inconnue, perdant une partie de la composition originale.

Symbolisme & lecture iconographique

Bethsabée est dans la tradition chrétienne une figure typologique de l'Église — l'Église est 'épouse' du Christ-Roi comme Bethsabée fut épouse de David. Ce qui était au départ un épisode moral ambigu (David fait tuer le mari de Bethsabée pour l'épouser) devient dans la lecture chrétienne médiévale et renaissante une préfiguration de l'amour divin. Véronèse, peintre de cour vénitien, ne force pas cette lecture — il offre une belle femme au bain.

Analyse des émotions

La Bethsabée de Véronèse est une image du désir interdit — mais Véronèse ne montre pas ce qui est interdit, il montre seulement ce qui est désirable. La beauté de Bethsabée, la richesse de ses vêtements et de ses bijoux, la légèreté de sa pose : tout dit l'attrait irrésistible. David (que nous incarnons par notre regard) est absent du tableau mais présent dans notre regard.

Secrets & mystères

La restauration de 1991 révéla que ce tableau avait été amputé — ses bords avaient été coupés, réduisant le format original. Le choix fut fait de retrouver ce format initial tout en gardant l'agrandissement derrière le cadre actuel. Ce recadrage, probablement effectué au XVIIIe ou XIXe siècle pour adapter le tableau à un espace particulier, est une forme de violence faite à l'œuvre dont on n'a pas d'explication.

Le saviez-vous ?

Véronèse fut convoqué en 1573 par le tribunal de l'Inquisition vénitienne pour avoir représenté dans son grand tableau du Repas de Lévi (Académie de Venise) des 'bouffons, ivrognes, Allemands et nains'. Il se défendit en invoquant la liberté des peintres 'comme les poètes et les fous'. Cette défense devant l'Inquisition est l'un des premiers manifestes de la liberté artistique dans l'histoire européenne.