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Bethsabée au bain, Paolo Caliari dit Véronèse

✦ Peinture ✦

Bethsabée au bain

Paolo Caliari, dit Véronèse

Faire le puzzle de l'œuvre

Devant l'œuvre

Ce grand tableau de Véronèse représente Bethsabée au bain — l'épisode biblique où le roi David, depuis sa terrasse, aperçoit la belle Bethsabée se baignant, et tombe amoureux d'elle. Véronèse peint Bethsabée dans toute la magnificence vénitienne : des servantes qui lui tendent des tissus précieux, une architecture palladienne de fond, des couleurs éclatantes. Mais le roi David n'est que suggéré — l'image dit le désir avant qu'il ne se réalise. En 1991, une restauration retrouva le format original du tableau, plus grand que celui visible depuis le XIXe siècle : il avait été recadré à une date inconnue, perdant une partie de la composition originale.

Symbolisme & lecture iconographique

Bethsabée est dans la tradition chrétienne une figure typologique de l'Église — l'Église est 'épouse' du Christ-Roi comme Bethsabée fut épouse de David. Ce qui était au départ un épisode moral ambigu (David fait tuer le mari de Bethsabée pour l'épouser) devient dans la lecture chrétienne médiévale et renaissante une préfiguration de l'amour divin. Véronèse, peintre de cour vénitien, ne force pas cette lecture — il offre une belle femme au bain.

Analyse des émotions

La Bethsabée de Véronèse est une image du désir interdit — mais Véronèse ne montre pas ce qui est interdit, il montre seulement ce qui est désirable. La beauté de Bethsabée, la richesse de ses vêtements et de ses bijoux, la légèreté de sa pose : tout dit l'attrait irrésistible. David (que nous incarnons par notre regard) est absent du tableau mais présent dans notre regard.

Secrets & mystères

La restauration de 1991 révéla que ce tableau avait été amputé — ses bords avaient été coupés, réduisant le format original. Le choix fut fait de retrouver ce format initial tout en gardant l'agrandissement derrière le cadre actuel. Ce recadrage, probablement effectué au XVIIIe ou XIXe siècle pour adapter le tableau à un espace particulier, est une forme de violence faite à l'œuvre dont on n'a pas d'explication.

Le saviez-vous ?

Véronèse fut convoqué en 1573 par le tribunal de l'Inquisition vénitienne pour avoir représenté dans son grand tableau du Repas de Lévi (Académie de Venise) des 'bouffons, ivrognes, Allemands et nains'. Il se défendit en invoquant la liberté des peintres 'comme les poètes et les fous'. Cette défense devant l'Inquisition est l'un des premiers manifestes de la liberté artistique dans l'histoire européenne.

Sources

  1. 1.Musée des Beaux-Arts de Lyon
  2. 2.Web Gallery of Art

Le peintre

Paolo Caliari, dit Véronèse

Paolo Caliari, dit Véronèse

Vérone, 1528 – Venise, 1588

Peintre de la République de Venise, à la tête d'un grand atelier familial ; l'un des trois maîtres de la peinture vénitienne avec Titien et le Tintoret.

Rôle : peintre

Arrivé à Venise vers 1553, le jeune Paolo conquiert la ville en quelques années. Il embrase les plafonds de l'église San Sebastiano, fait monter au palais des Doges son « Apothéose de Venise », où la Sérénissime trône dans les nuées comme une déesse couronnée, puis s'en va peindre à fresque, aux côtés de l'architecte Palladio, les murs enchantés de la Villa Barbaro à Maser. Mais c'est dans le « banquet sacré » qu'il atteint le sublime : ses « Noces de Cana » (1563), aujourd'hui au Louvre, déploient sur près de soixante-dix mètres carrés cent trente convives sous des architectures de rêve — échansons, musiciens, princes et serviteurs réunis dans un éclat de fête qui n'a pas d'égal dans toute la peinture ; au premier plan, à la viole, la tradition veut que Véronèse se soit peint lui-même entre Titien et le Tintoret. La France garde, dispersés dans ses musées, d'autres éclats de cette splendeur : le « Persée délivrant Andromède » de Rennes, arraché à la gueule du monstre dans un tourbillon de nuées ; la « Bethsabée au bain » de Lyon ; la « Judith et Holopherne » de Caen ; le « Céphale et Procris » de Strasbourg ; le « Saint Barnabé guérissant les malades » de Rouen. Partout la même signature souveraine : des figures élégantes jusqu'au bout des doigts, des étoffes chatoyantes, une lumière qui ne connaît pas la nuit.

Origine : Vérone, alors dans la République de Venise

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