À voir
Palais Giraud-Torlonia
Près du Vatican, sur l'actuelle Via della Conciliazione, le Palais Giraud-Torlonia est l'un des plus élégants palais du premier Cinquecento romain, élevé à partir de 1496 pour le cardinal Adriano Castellesi da Corneto. La tradition, relayée par Vasari, l'attribue à Bramante, et il partage en effet la parenté stylistique du fameux (et disparu) Palais Caprini, la « Maison de Raphaël », modèle de tous les palais romains à venir : un rez-de-chaussée à bossage servant de socle, surmonté d'un étage noble scandé de demi-colonnes ou pilastres et de fenêtres à fronton. Le palais connut un destin européen : le cardinal Castellesi, compromis dans des intrigues, en fut dépouillé ; Henri VIII d'Angleterre s'y intéressa (Castellesi fut un temps collecteur des impôts anglais à Rome), et le palais servit même de résidence à des représentants anglais. Passé plus tard à la richissime famille Torlonia, il porte aujourd'hui leur nom accolé à celui des Giraud. Moins célèbre que ses voisins, il n'en est pas moins un maillon essentiel de la chaîne qui, de Bramante à Raphaël, fixa le modèle du palais Renaissance romain.
Ce qu'il faut voir absolument
Regarde cette façade comme un modèle fondateur : c'est ici que se fixe le type du palais romain classique. Cherche-en les éléments.
- Le socle à bossage : observe le rez-de-chaussée — un appareil de pierre à refends fait office de base solide et rustique. C'est le « socle » qui porte l'étage noble : la formule deviendra canonique dans toute l'architecture des palais.
- L'étage noble à colonnes : lève les yeux — l'étage principal est rythmé de demi-colonnes ou pilastres entre lesquels s'ouvrent les fenêtres. Le contraste entre la base rustique et l'étage ordonné est la grande leçon des palais de Bramante.
- Les fenêtres à fronton : détaille les baies de l'étage noble, coiffées de petits frontons alternés (triangulaires et courbes selon les modèles) — chacune traitée comme une petite architecture. C'est le vocabulaire que Raphaël et Sangallo répandront dans tout Rome.
- La parenté avec la Maison de Raphaël : garde en tête le Palais Caprini de Bramante (aujourd'hui disparu), que Raphaël habita et qui inspira des générations d'architectes — le Giraud-Torlonia en est le plus proche cousin conservé. Le regarder, c'est voir ce qu'était le modèle perdu.
- Le portail : cherche l'entrée, marquée avec sobriété au centre de la façade, ouvrant sur la cour intérieure.
- La cour intérieure : si l'accès est possible, gagne la cour — on y retrouve le langage classique en version plus intime, arcades et ordres.
- Le contexte de la Via della Conciliazione : situe le palais sur la grande voie qui mène à Saint-Pierre — quartier des cardinaux et des ambassades, où se concentraient les plus beaux palais du début du XVIᵉ siècle.
Secrets et curiosités
Le Palazzo Giraud-Torlonia (aussi dit Castellesi ou Giraud) fut bâti à partir de 1496 pour le cardinal Adriano Castellesi da Corneto. Vasari l'attribue à Bramante, mais l'attribution est débattue — le nom d'Andrea Bregno a été avancé, et la datation (avant l'arrivée de Bramante à Rome en 1499) complique l'hypothèse ; il reste stylistiquement très proche du Palais Caprini de Bramante (la « Casa di Raffaello », détruite), dont il est l'un des rares témoins conservés du type. Le cardinal Castellesi, homme d'intrigues et collecteur des impôts anglais à Rome, tomba en disgrâce ; le palais eut ensuite des liens avec la couronne d'Angleterre avant de passer à divers propriétaires, dont les Torlonia.
Le saviez-vous ?
Le commanditaire du palais, le cardinal Adriano Castellesi, fut l'un des personnages les plus romanesques de la Rome des Borgia : diplomate au service de l'Angleterre, collecteur des « deniers de Saint-Pierre » anglais, il fut soupçonné d'avoir trempé dans le complot d'empoisonnement qui aurait visé le pape — et faillit périr, dit-on, du poison destiné à un autre lors d'un fameux dîner chez les Borgia. Contraint de fuir Rome, il disparut mystérieusement. Son beau palais, resté inachevé de son ambition, changea de mains au gré des fortunes et des disgrâces — jusqu'à porter, des siècles plus tard, le nom paisible des banquiers Torlonia.
Votre avis nous dit quoi améliorer : les photos, le texte, la position.
Fiche mise à jour le 25 septembre 2026


