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Galerie Mazarine / Institut de France — architecture civile à Paris (75), monument historique (Classé MH)

Monument

Galerie Mazarine / Institut de France

1611-1617 (aile Renaissance / Henri IV)·Architecture civile·Paris (75)·Classé MH
Galerie Mazarine / Institut de France — architecture civile à Paris (75), monument historique (Classé MH) — vue 2

Contes, légendes & anecdotes

La tour de Nesle, dont les ruines s'incorporèrent dans les constructions successives du site, était connue dans la tradition littéraire pour ses scandales royaux du XIVe siècle — les belles-filles de Philippe le Bel auraient reçu leurs amants dans cette tour avant de les faire jeter à la Seine. Cette légende, largement fictive, fut popularisée par Alexandre Dumas dans sa trilogie Les Rois maudits. La Bibliothèque Mazarine, dans ce même bâtiment, conserve des milliers de manuscrits médiévaux et Renaissance — dont des exemplaires des premières impressions de Gutenberg. Les livres et les légendes cohabitent sous la même coupole.

Histoire

Le site de l'Institut de France — dont la grande coupole baroque est l'œuvre de Louis Le Vau (1662-1668) — comprend dans ses murs les vestiges de la tour de Nesle médiévale et de l'hôtel de Nevers construit en 1611-1617 pour le duc de Nevers, dans le style Renaissance tardive qui caractérise l'architecture parisienne sous Henri IV et Louis XIII. L'aile gauche de l'Institut (visible depuis le quai de Conti) conserve des éléments de cette construction du XVIIe siècle précoce — fenêtres à meneaux, pilastres, entablement sculpté. La galerie Mazarine, dessinée par Le Vau pour le cardinal Mazarin (1646-1648), incorpora les structures existantes de l'hôtel de Nevers dans un nouveau programme architectural. L'Institut de France abrite aujourd'hui les cinq académies — dont l'Académie française (fondée en 1635) — et la Bibliothèque Mazarine.

À voir

Récit incarné

Quai de Conti, Paris 6e. La Seine reflète la façade de l'Institut de France — sa grande coupole dorée, ses ailes symétriques. Sur le Pont des Arts, des cadenas d'amour (avant leur suppression en 2015). Et derrière la coupole baroque, un bâtiment plus ancien — l'hôtel de Nevers du début du XVIIe siècle, dont les fenêtres à meneaux et les pilastres sont encore visibles si l'on sait où regarder.

L'Institut de France est généralement fermé au public — mais la Bibliothèque Mazarine est accessible sur rendez-vous. Elle se déploie dans une salle baroque d'une beauté austère — boiseries sombres du XVIIe siècle, parquet à point de Hongrie, galeries de livres montant jusqu'au plafond. 500 000 volumes. Des éditions de la Renaissance italienne, des incunables (livres imprimés avant 1500), des manuscrits enluminés.

Dans la même salle où les académiciens délibèrent sur la langue française, des chercheurs consultent des Amadis de Gaule du XVIe siècle. La continuité de la mémoire écrite, dans un bâtiment qui a tout vu depuis la tour de Nesle médiévale jusqu'aux académiciens du XXIe siècle.

Lecture architecturale

Le complexe de l'Institut de France présente trois phases stylistiques superposées. Les vestiges médiévaux (la tour de Nesle, XIVe s.) sont invisibles de l'extérieur. L'hôtel de Nevers (1611-1617, Renaissance tardive) est encore partiellement lisible dans l'aile gauche — ses fenêtres à meneaux, ses pilastres, son entablement. La grande façade baroque de Le Vau (1662-1668) coiffe l'ensemble de sa coupole et unifie les deux ailes dans un programme classique.

Symboles à observer

1. Les fenêtres à meneaux de l'aile gauche : cherchez, dans l'aile gauche de l'Institut (depuis le quai de Conti), les fenêtres à meneaux de l'hôtel de Nevers. Elles contrastent avec les fenêtres à linteau de l'aile baroque.

2. La coupole : la grande coupole dorée est l'œuvre de Le Vau. Elle fut commandée par Mazarin pour abriter le Collège des Quatre-Nations — l'institution d'enseignement que le cardinal fondait pour les jeunes nobles des quatre provinces récemment rattachées à la France.

3. La Bibliothèque Mazarine : si vous obtenez l'accès, regardez les galeries de livres qui montent jusqu'au plafond. Les chaînes de fer qui reliaient autrefois les livres aux étagères sont encore visibles dans certaines travées — héritage de la bibliothèque médiévale enchaînée.

Anecdote mémorable

Anatole France (1844-1924), prix Nobel de littérature, était fils d'un libraire du quai de Conti — le quai qui fait face à l'Institut de France. Il grandit dans les livres et les quais de Seine, avec vue directe sur la coupole. Dans Le Crime de Sylvestre Bonnard (1881), son premier roman, il décrit un personnage qui passe des heures dans la Bibliothèque Mazarine à chercher un manuscrit médiéval. C'était son monde natal — les livres, le quai, la Seine, la coupole.

Contexte historique dense

Le site de l'Institut de France est l'un des plus chargés d'histoire de Paris — depuis la tour médiévale des rois capétiens jusqu'aux académies de la République, en passant par l'hôtel Renaissance et la fondation baroque de Mazarin. Chaque époque a ajouté sa couche sans effacer complètement la précédente. C'est le palimpseste architectural parisien par excellence.

Échos artistiques

Musique : Récit de Polymniede Jean-Baptiste Lully (v.1662) — la musique de la cour de Louis XIV contemporaine de la construction de la coupole. Peinture :La Galerie Mazarine(vue intérieure, XVIIe siècle) — des représentations de la bibliothèque originale. Littérature :Dictionnaire de l'Académie française (première édition, 1694) — le premier acte de l'Académie française, conservé dans ces murs.

Pour aller plus loin

  • Bibliothèque Mazarine (sur rendez-vous) — la plus ancienne bibliothèque publique de France.
  • Monnaie de Paris (quai de Conti) — à 100 mètres, le plus ancien établissement public de France.
  • École des Beaux-Arts (rue Bonaparte) — à 200 mètres, la plaque tournante de l'art académique français.

Pour aller plus loin

Œuvre Renaissance associée
N’ay je pas bien cause
Pierre Certon · c.1530–1570

Galerie Mazarine / Institut de France (1611-1617) : Certon, ideal_site 'Cour Carrée du Louvre', est le musicien des institutions royales parisiennes de la fin du XVIe siècle. Sa chanson de cour élégante convient à ce lieu de culture et d'appareil royal.

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