HitsMap
Aile Lescot du Louvre (Cour Carrée) — architecture civile à Paris (75), monument historique (Classé MH)

Monument

Aile Lescot du Louvre (Cour Carrée)

1546-1553·Architecture civile·Paris (75)·Classé MH

Contes, légendes & anecdotes

Jean Goujon sculpta les quatre Caryatides de la salle qui porte son nom (à l'intérieur du Louvre) entre 1550 et 1551. Ce sont les premières caryatides — colonnes en forme de femme — de l'architecture française, directement inspirées de l'Érechthéion d'Athènes. Mais Goujon était protestant dans une France de plus en plus fanatisée. Lors de la Saint-Barthélemy (24 août 1572), on raconte qu'il était sur un échafaudage, occupé à sculpter, quand les massacres commencèrent. Il se réfugia en Italie et n'en revint jamais. Ses caryatides, elles, restèrent — quatre femmes de pierre qui tiennent la voûte depuis 470 ans.

Histoire

L'aile Lescot est le premier grand monument Renaissance de Paris et le texte fondateur de toute l'architecture classique française. En 1546, François Ier décide de transformer la forteresse médiévale du Louvre en palais royal à la mode italienne. Il choisit Pierre Lescot (v.1515-1578) — jeune architecte parisien formé par les traités plutôt que par le voyage — pour dessiner la nouvelle façade, et Jean Goujon pour la sculpture. La construction débute en 1546, mais c'est Henri II (mort en 1559) et ses successeurs qui poursuivent le chantier. L'aile Lescot, visible depuis la Cour Carrée du Louvre, est longue de 55 mètres et articulée sur deux niveaux d'ordres superposés (dorique, ionique) surmontés d'un attique sculpté et de lucarnes élaborées. Ce que Lescot invente ici est décisif : l'articulation de la façade par des 'ressauts' (parties légèrement saillantes aux deux extrémités et au centre), qui rythment l'ensemble sans le fragmenter. Ce système de ressauts deviendra la grammaire de l'architecture française classique — repris par Lemercier, Le Vau, Hardouin-Mansart jusqu'au XIXe siècle.

À voir

Récit incarné

Entrée dans la Cour Carrée du Louvre par le Guichet du Carrousel, un matin tôt, avant les touristes. La cour est déserte. Autour de vous, les quatre ailes d'un des plus grands palais d'Europe — 100 ans de construction, de 1546 à 1663, quatre générations d'architectes. Mais cherchez l'aile Lescot : la façade sud-ouest, la première construite, la matrice de tout le reste.

Regardez. Deux niveaux de pilastres (dorique au rez-de-chaussée, ionique à l'étage), séparés par un entablement horizontal continu. Au-dessus, un attique bas qui se transforme en lucarnes élaborées. Ce qui frappe, c'est le rythme : trois parties légèrement saillantes (les 'ressauts') aux extrémités et au centre, créant un mouvement d'avant en arrière qui anime la façade sans la fragmenter. Ce n'est pas la façade plate et répétitive des palais italiens. C'est une façade musicale — forte, piano, forte.

Pierre Lescot n'avait jamais vu Rome. Il avait lu Serlio, Vitruve, Alberti. Il avait regardé les gravures des maîtres italiens. Et il avait inventé, dans sa tête parisienne, quelque chose que l'Italie n'avait pas fait : une façade de palais royal qui soit à la fois monumentale et élégante, imposante et humaine.

Lecture architecturale

L'aile Lescot (façade sur la Cour Carrée) est une leçon d'architecture en pierre. À chaque niveau, l'ordre progresse : dorique au rez-de-chaussée (le plus sobre, le plus fort), ionique au premier étage (intermédiaire), attique au second niveau (le plus léger). Les pilastres ne sont pas porteurs — ils sont décoratifs, appliqués contre un mur plein — mais ils créent l'illusion d'une structure classique. Les 'ressauts' (parties légèrement saillantes aux extrémités et au centre de la façade) introduisent un jeu d'ombre et de lumière qui anime la composition. Les lucarnes du comble, sculptées par Jean Goujon, sont des chefs-d'œuvre de fantaisie sculpturale — chaque lucarne est différente.

Symboles à observer

1. Les monogrammes royaux : dans les médaillons et les frises, les lettres entrelacées H et D (Henri et Diane de Poitiers, la maîtresse du roi) alternent avec les fleurs de lis royales. Une façade de palais royal qui porte le monogramme d'une maîtresse — une audace que seul le XVIe siècle pouvait se permettre.

2. Les lucarnes sculptées : chacune est unique. Cherchez la lucarne centrale, flanquée de Renommées soufflant dans leur trompette — le programme allégorique qui célèbre la gloire royale.

3. Les Caryatides (à l'intérieur, salle Lescot) : quatre figures féminines de pierre, debout, portant l'entablement de la tribune des musiciens. Directement inspirées de l'Érechthéion d'Athènes — les premières caryatides de France.

4. Les ressauts : de l'extérieur de la cour, repérez les trois parties saillantes de la façade. Placez-vous en face du ressaut central : il semble avancer légèrement vers vous. C'est l'illusion créée par le jeu des ombres.

Anecdote mémorable

Quand François Ier décida de reconstruire le Louvre (1546), il fit démolir la grosse tour médiévale — la tour qui dominait Paris depuis Philippe Auguste, au XIIIe siècle. Une tour de 30 mètres de diamètre, épaisse de 5 mètres, qui avait défié les armées anglaises. Elle fut abattue en quelques semaines. Sur ses ruines, Lescot construisit sa façade élégante. La puissance brute cède à la beauté calculée. C'est ça, la Renaissance.

Contexte historique dense

François Ier mourait en mars 1547, quelques mois après avoir posé la première pierre de la nouvelle aile. C'est Henri II qui poursuivit le chantier — et qui modifia discrètement le programme. Les initiales D (Diane de Poitiers) qui apparaissent dans le décor de la façade sont la signature invisible de la maîtresse du roi dans le plus grand chantier architectural de France. Diane de Poitiers, favorite puissante et intelligente, s'arrogeait ainsi une place dans l'histoire de l'architecture royale.

Échos artistiques

Musique : Mignonne, allons voir si la rosede Pierre de Ronsard (mis en musique par Nicolas de la Grotte, 1568) — la poésie de la Pléiade composée à la même époque que la façade Lescot, dans les mêmes cercles humanistes. Peinture : lePortrait de François Ierde Jean Clouet (Louvre, v.1527) — le roi qui commanda cette façade. Sculpture : lesCaryatides de Jean Goujon (Louvre, salle Lescot, 1550-1551) — le chef-d'œuvre de la sculpture Renaissance française, visible dans le même bâtiment.

Pour aller plus loin

  • Fontaine des Innocents (Paris 1er) — Jean Goujon, 1547-1550, à 500 mètres.
  • Hôtel Carnavalet (Paris 3e) — Pierre Lescot, même architecte, même époque.
  • Château d'Écouen (Val-d'Oise) — Jean Bullant, contemporain de Lescot, 25 km de Paris.

Pour aller plus loin

Œuvre Renaissance associée
Psaume 23 – Mon Dieu me paist
Claude Le Jeune · c.1560–1600

L'aile Lescot du Louvre (1546-1553) est le monument fondateur de l'architecture classique française, commandé par François Ier et Henri II. Claude Le Jeune, ideal_site 'Cour Carrée du Louvre', est explicitement associé à ce lieu dans la base de données.

Lire l'explication complète de l'œuvre →