Contes, légendes & anecdotes
Béthune est la ville natale du maréchal de Sully (Maximilien de Béthune, 1560-1641), le grand ministre d'Henri IV qui assainit les finances du royaume et favorisa l'agriculture et l'artisanat. Son nom — Béthune — vient directement de la ville. Fils d'un gouverneur de Béthune, il grandit à l'ombre de ce beffroi dont le campanile Renaissance venait d'être achevé trois ans avant sa naissance. Le beffroi sonnait ses heures d'enfance. Plus tard, il reconstruirait la France avec la même méthode que les bâtisseurs du campanile : solidité des fondations, élégance de la forme, durabilité de la matière.
Histoire
Le beffroi de Béthune, inscrit au Patrimoine mondial de l'UNESCO depuis 2005 dans le cadre des beffrois de Belgique et de France, est l'un des monuments civils les plus importants du Pas-de-Calais. Sa tour médiévale octogonale, construite en 1346 après un incendie qui ravagea la ville, fut couronnée en 1557 d'un campanile Renaissance en pierre calcaire d'une légèreté et d'une élégance remarquables — colonnettes, arcs en plein cintre, balustrade à balustres, lanterne polygonale couverte d'un dôme en ardoise. Cette campagne de 1557, conduite sous la domination espagnole des Pays-Bas, est directement influencée par les campaniles flamands-Renaissance contemporains. Béthune, ville frontière entre la France royale et les Pays-Bas espagnols, était au cœur des échanges commerciaux et artistiques entre les deux zones.
À voir
Récit incarné
Béthune, Pas-de-Calais. La ville minière reconvertie, entre Lens et Arras. Son centre-ville reconstruit après les destructions de la Grande Guerre. Et au milieu de la Grand-Place, le beffroi — sa tour médiévale octogonale couronnée d'un campanile Renaissance d'une légèreté qui contraste avec la massivité de la base.
- Charles Quint vient d'abdiquer. Son fils Philippe II hérite des Pays-Bas espagnols dont Béthune fait partie. La ville commande un campanile pour couronner son vieux beffroi médiéval — une affirmation de prospérité et de modernité dans un contexte politique incertain. Les artisans flamands qui construisirent ce campanile connaissaient les clochers Renaissance des Pays-Bas : Anvers, Gand, Bruges.
Le campanile est la pièce maîtresse. Montez mentalement les étages : la base carrée de la tour médiévale, puis la transition octogonale, puis le campanile — colonnes, arcades en plein cintre, balustrade à balustres, lanterne polygonale, dôme d'ardoise. Une légèreté calculée au-dessus de la pesanteur médiévale.
Lecture architecturale
Le beffroi de Béthune est octogonal — une forme rare pour un beffroi du nord de la France. Sa base médiévale (1346) est en calcaire local à bossages. Le campanile Renaissance (1557) est en calcaire plus fin, avec des colonnettes à chapiteaux, des arcades en plein cintre et une balustrade à balustres. La lanterne polygonale sommitale est couverte d'un dôme en ardoise à huit pans.
Symboles à observer
1. L'octogone médiéval : la forme à huit côtés de la tour. L'octogone est la forme de transition entre le carré (terrestre) et le cercle (céleste) — les baptistères et les fonts baptismaux sont souvent octogonaux pour cette raison symbolique.
2. Le campanile Renaissance : les colonnettes, les arcades, la balustrade. Cherchez les chapiteaux — composites, entre ionique et corinthien.
3. La balustrade à balustres : les petits montants en forme de poire renversée qui composent la balustrade. Le balustre Renaissance est un motif architectural emblématique du XVIe siècle.
4. Le carillon : le beffroi abrite un carillon de 62 cloches. Les jours de fête, le carillonneur joue depuis la cabine de jeu intérieure.
Anecdote mémorable
Lors de la bataille de l'Artois (1914-1915), Béthune fut une ville de l'arrière immédiat du front. Le beffroi, visible à des kilomètres, servit de point de repérage pour les deux armées. Les Allemands le bombardèrent à plusieurs reprises sans parvenir à le détruire. Après la guerre, la ville fut reconstruite autour de ce survivant. Le beffroi qui avait sonné les heures de la Flandres médiévale sonnait maintenant les heures de la reconstruction.
Contexte historique dense
Béthune au XVIe siècle était une ville des Pays-Bas espagnols — sous la domination de Charles Quint puis de Philippe II. Le campanile de 1557 fut construit dans ce contexte hispano-flamand : les artisans flamands appliquaient les modèles Renaissance italiens filtrés par les Pays-Bas. La ville fut rattachée à la France par le traité de Nimègue (1678) — un siècle après la construction du campanile.
Échos artistiques
Musique : Bransle de Béthune(danse flamande, XVIe siècle) — les danses de la ville frontalière. Peinture :Vue de Béthune de Rubens (cercle, XVIIe siècle) — la ville flamande dans la peinture baroque. Architecture : le beffroi de Douai (59) — le beffroi voisin de la même tradition flamande-Renaissance.
Pour aller plus loin
- Louvre-Lens (62, 15 km) — l'antenne du Louvre dans l'ancien bassin minier.
- Arras (62, 25 km) — les places baroques flamandes classées UNESCO.
- Vimy (62, 20 km) — le mémorial canadien de la Grande Guerre.

