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✦ Monument ✦

Les cours de Cranach (Schlossstraße 1)

Architecture civile·Wittenberg

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À voir

Entrez dans la cour à galeries du plus grand domaine de Wittenberg — jusqu'à quatre-vingt-quatre pièces chauffées — et poussez vers l'aile de l'atelier. Pour l'apprenti qui y broie les couleurs, ce n'est pas un atelier mais une manufacture : jusqu'à trente mains travaillent en même temps à portraits, retables et gravures. C'est d'ici que sortent, par milliers, les effigies de Luther et de Mélanchthon qui donnent un visage à la Réforme. Le maître des lieux, Lucas Cranach, est peintre, imprimeur, pharmacien et bourgmestre à la fois : dans la même cour, on négocie pigments, épices et remèdes. L'art, ici, est une entreprise.# Les cours de Cranach (Schlossstraße 1)Au numéro 1 de la Schlossstraße, à Wittenberg, s'étend l'ancien domaine de Lucas Cranach l'Ancien : non pas une maison, mais une véritable cour-manufacture où le peintre officiel des électeurs faisait tourner le plus grand atelier de son temps. Peintre, imprimeur, pharmacien, bourgmestre, Cranach fut l'entrepreneur total de la Renaissance allemande — et c'est ici que s'imprimait, au propre comme au figuré, l'image de la Réforme.

Ce qu'il faut regarder

Franchissez le porche et entrez dans la cour intérieure, bordée de galeries à étages : c'est le vrai visage du lieu, moins une demeure qu'un atelier organisé autour d'un espace de travail. Le domaine, le plus vaste de Wittenberg, comptait dans son état d'apogée jusqu'à quatre-vingt-quatre pièces chauffées et seize cuisines — chiffres qui disent l'ampleur de la maisonnée et du personnel.

Cherchez, à l'intérieur, les peintures Renaissance — décors de plafonds et de murs — retrouvées et dégagées lors des grandes restaurations entamées en 1995. Elles donnent une idée du cadre coloré où vivait et peignait la famille Cranach. Une aile abritait l'atelier proprement dit, où travaillaient jusqu'à trente compagnons et apprentis.

Histoire

Lucas Cranach l'Ancien s'installe à Wittenberg en 1505 comme peintre de la cour électorale. Dès 1512, il acquiert des maisons sur le Markt (où il tient d'abord son atelier) ; en 1517-1518, il achète et agrandit le grand domaine de la Schlossstraße 1, qu'il reconstruit et dote d'une aile d'atelier. En 1520, il obtient le privilège d'apothicairerie : dans la pharmacie qu'il y établit, il vend pigments et couleurs, mais aussi sucre, cire, épices, papier et vin.

L'atelier devient une entreprise sans équivalent : portraits des princes, retables, et surtout images de la Réforme — effigies de Luther et de Melanchthon, gravures et pages de titre — produits en série pour toute l'Allemagne. Cranach reste fidèle à l'électeur Jean-Frédéric jusqu'à la défaite de 1547, qu'il partage. Les cours, restaurées depuis les années 1990, sont aujourd'hui un lieu vivant de mémoire et de métiers d'art.

Cranach ne se contenta pas du domaine de la Schlossstraße : dès 1512, il avait acquis des maisons sur le Markt, où logeait aussi l'atelier de peinture. Mais c'est ici, dans le plus vaste bien de Wittenberg, que se concentre l'empire de l'homme — peinture, imprimerie, pharmacie, négoce. Sa fidélité au prince le mena loin : après la défaite de Mühlberg en 1547, il rejoignit Jean-Frédéric dans sa captivité, puis le suivit à Weimar, où il mourut en 1553. L'atelier, repris par son fils Lucas Cranach le Jeune, continua de produire les grandes images de la Réforme. Les décors Renaissance retrouvés sous les enduits, depuis 1995, rappellent que ce lieu de travail était aussi une demeure richement peinte.

Symboles et secrets

Le secret du lieu, c'est l'échelle industrielle d'un art que l'on croit artisanal. Avec ses trente mains, ses recettes d'atelier, ses modèles répétés, Cranach invente une forme de production en série de l'image — bien avant l'ère des reproductions. Que le même homme tienne pinceaux, presses d'imprimerie et pots de pharmacie en dit long sur la porosité, à la Renaissance, entre art, commerce et savoir.

Et si la Réforme a eu un visage, c'est largement celui que cet atelier lui a donné : les traits de Luther que nous connaissons sont, pour beaucoup, ceux que Cranach a fixés et multipliés ici.

Pourquoi ce monument compte

Parce qu'il est le lieu de fabrication des images d'une révolution religieuse, et le modèle d'une Renaissance entreprenante où l'artiste est aussi chef d'entreprise. Les cours de Cranach montrent l'envers du décor : derrière les chefs-d'œuvre, une cour de travail, des compagnons, des presses et des couleurs — la Renaissance au travail.

Histoire

Lucas Cranach l'Ancien s'installe à Wittenberg en 1505 comme peintre de la cour électorale. Dès 1512, il acquiert des maisons sur le Markt (où il tient d'abord son atelier) ; en 1517-1518, il achète et agrandit le grand domaine de la Schlossstraße 1, qu'il reconstruit et dote d'une aile d'atelier. En 1520, il obtient le privilège d'apothicairerie : dans la pharmacie qu'il y établit, il vend pigments et couleurs, mais aussi sucre, cire, épices, papier et vin.

L'atelier devient une entreprise sans équivalent : portraits des princes, retables, et surtout images de la Réforme — effigies de Luther et de Melanchthon, gravures et pages de titre — produits en série pour toute l'Allemagne. Cranach reste fidèle à l'électeur Jean-Frédéric jusqu'à la défaite de 1547, qu'il partage. Les cours, restaurées depuis les années 1990, sont aujourd'hui un lieu vivant de mémoire et de métiers d'art.

Cranach ne se contenta pas du domaine de la Schlossstraße : dès 1512, il avait acquis des maisons sur le Markt, où logeait aussi l'atelier de peinture. Mais c'est ici, dans le plus vaste bien de Wittenberg, que se concentre l'empire de l'homme — peinture, imprimerie, pharmacie, négoce. Sa fidélité au prince le mena loin : après la défaite de Mühlberg en 1547, il rejoignit Jean-Frédéric dans sa captivité, puis le suivit à Weimar, où il mourut en 1553. L'atelier, repris par son fils Lucas Cranach le Jeune, continua de produire les grandes images de la Réforme. Les décors Renaissance retrouvés sous les enduits, depuis 1995, rappellent que ce lieu de travail était aussi une demeure richement peinte.

Sources

  1. 1.Wikipedia DE « Cranach-Höfe »
  2. 2.Cranach-Stiftung Wittenberg — Cranach-Höfe
  3. 3.Deutsche Stiftung Denkmalschutz — Cranachhof Schlossstraße

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Fiche mise à jour le 7 novembre 2026

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