De quel héros de la guerre de Cent Ans le château de Châteaudun fut-il la demeure ?
À voir
Un donjon, deux ailes, deux styles
Le meilleur moyen de comprendre Châteaudun est d'en lire les âges successifs. Commencez par le donjon : une tour parfaitement cylindrique de plus de trente mètres, aux murs épais de quatre mètres, pur ouvrage de défense du XIIᵉ siècle. Gagnez ensuite la cour, et comparez les deux ailes qui l'encadrent. À gauche, l'aile Dunois, gothique, hérissée de gâbles et d'arcs brisés ; à droite, l'aile Longueville, Renaissance, régulière et lumineuse. Entre les deux, tout un siècle d'histoire de l'art.
Les deux escaliers
Le contraste se lit surtout dans les escaliers. Celui de l'aile Dunois est encore gothique ; celui de l'aile Renaissance, lui, se déploie en loggias superposées ouvertes sur la cour, à l'italienne — l'un des plus beaux escaliers de sa génération. Passez de l'un à l'autre et vous franchissez, en quelques pas, le seuil qui sépare le Moyen Âge finissant de la Renaissance.
La Sainte-Chapelle
Ne manquez pas la Sainte-Chapelle, élevée par Dunois au milieu du XVᵉ siècle. Elle abrite un ensemble remarquable de statues de saints, sculptées et peintes, et conserve les traces d'une fresque du Jugement dernier. C'est l'un des rares ensembles de statuaire du XVᵉ siècle conservés en place, dans le cadre pour lequel il fut conçu.
Un balcon sur le Loir
Prenez enfin le temps de gagner les terrasses : le château domine la vallée du Loir d'une soixantaine de mètres, et la vue porte loin sur les toits de la vieille ville et la rivière. Cette position dominante, choisie pour des raisons défensives, offre aujourd'hui l'un des plus beaux panoramas du Dunois.
Un trésor de tapisseries
Les intérieurs de Châteaudun recèlent un trésor plus fragile que la pierre : un rare ensemble de tapisseries des XVIᵉ et XVIIᵉ siècles, tendues dans les grandes salles des ailes gothique et Renaissance. On y suit des suites tissées inspirées des grands récits de l'époque — parmi elles, des scènes empruntées à la Jérusalem délivrée du Tasse, ce poème chevaleresque qui enflamma l'imaginaire de la Renaissance. Ces tentures n'étaient pas un simple décor : au fil des saisons et des déplacements de la cour, on les roulait, on les transportait de château en château, et elles disaient partout la culture et la fortune de leurs propriétaires. Prenez le temps de vous en approcher : la finesse des laines et des soies, la vivacité conservée des couleurs, la richesse des bordures racontent le luxe d'un grand seigneur du Val de Loire. Ajoutées aux statues peintes de la Sainte-Chapelle et aux deux escaliers, gothique et Renaissance, elles font de Châteaudun un abrégé complet de l'art des XVᵉ et XVIᵉ siècles — un lieu où l'on entre comme dans un manuel d'histoire de l'art, à ceci près que tout y est vrai, en place, et éclairé par la lumière qui monte de la vallée du Loir.
Infos pratiques
Ouvert toute l'année (mai à début septembre : 10h–13h et 14h–18h ; le reste de l'année : 10h–12h30 et 14h–17h30 ; fermé les 1ᵉʳ janvier, 1ᵉʳ mai et 25 décembre). Plein tarif 7 €, gratuit pour les moins de 18 ans et les 18–25 ans ressortissants de l'Union européenne. Place Jehan de Dunois, à Châteaudun ; gare à proximité, sur l'itinéraire « Le Loir à vélo ».
Histoire


Château de Châteaudun
Le château où la Renaissance française fait ses premiers pas
Le château de Châteaudun est l'un des monuments les plus importants de l'histoire de l'architecture française, bien qu'il demeure souvent dans l'ombre de Chambord ou de Blois. Pour un historien de l'art, il constitue pourtant un véritable laboratoire: on y voit cohabiter, dans un même ensemble, près de cinq siècles d'architecture. C'est aussi ici que se dessine l'une des premières expressions de la Renaissance en France.
Pour nous, Châteaudun mérite une place majeure dans la catégorie « Les Précurseurs de la Renaissance », car il montre concrètement comment les formes italiennes commencent à transformer l'architecture française sans effacer immédiatement l'héritage médiéval.
Fiche d'identité
- Département: Eure-et-Loir (Centre-Val de Loire)
- Construction initiale: XIIᵉ siècle
- Grandes campagnes: XVe siècle puis début XVIᵉ siècle
- Fondateur des parties Renaissance: Jean de Dunois, puis son fils François d'Orléans-Longueville
- Style: - Donjon médiéval - Gothique flamboyant - Premiers éléments Renaissance
- Classement: Monument historique depuis 1840
Une forteresse née au Moyen Âge
Le château domine la vallée du Loir depuis un promontoire rocheux. Cette position exceptionnelle permet de contrôler les routes reliant:
- Paris
- la vallée de la Loire
- l'ouest du royaume. Le premier château apparaît probablement au XIIᵉ siècle. Le gigantesque donjon circulaire est construit vers 1180. Avec près de 31 mètres de hauteur, il constitue encore aujourd'hui l'un des plus beaux donjons romans conservés en Europe.
Il représente parfaitement l'architecture militaire du Moyen Âge:
- murs très épais
- rares ouvertures
- fonction essentiellement défensive.
Jean de Dunois: le bâtisseur
L'histoire bascule au milieu du XVe siècle. Le propriétaire devient Jean de Dunois. Connu sous le nom de Bâtard d'Orléans, il est l'un des plus célèbres capitaines de la guerre de Cent Ans. Compagnon de Jeanne d'Arc, il participe notamment:
- à la levée du siège d'Orléans
- à la reconquête du royaume
- au sacre de Charles VII. Après les guerres, il transforme progressivement la forteresse familiale en résidence princière. C'est là que commence réellement l'histoire du château actuel.
Une transition architecturale unique
Le visiteur découvre en réalité trois châteaux superposés.
1. Le Moyen Âge militaire
Le donjon représente encore l'époque féodale. Tout est conçu pour résister:
- murs massifs
- meurtrières
- hauteur impressionnante. Le confort est secondaire.
2. Le palais gothique
Jean de Dunois fait construire:
- un logis élégant
- une chapelle
- une grande salle d'apparat. Les fenêtres deviennent plus nombreuses. La lumière entre davantage. Le château cesse progressivement d'être une forteresse pour devenir une résidence aristocratique.
3. Les premiers accents Renaissance
Vers 1500, François d'Orléans-Longueville poursuit les travaux. Il fait réaliser ce qui constitue aujourd'hui le véritable trésor du château:
L'escalier Renaissance
C'est probablement l'un des premiers grands escaliers ouverts de France. Contrairement aux escaliers médiévaux enfermés dans des tours:
- il est largement visible
- il devient un élément décoratif
- il organise toute la façade. Cette idée vient directement d'Italie. Quelques années plus tard, on retrouvera ce principe à Blois puis à Chambord.
Pourquoi cet escalier est-il révolutionnaire?
Au Moyen Âge: L'escalier est un équipement. À Châteaudun: L'escalier devient une œuvre d'art. Cette évolution paraît anodine. Elle change pourtant complètement la manière de concevoir un château. La circulation devient:
- spectaculaire
- théâtrale
- monumentale. L'architecture n'est plus seulement utile. Elle devient une démonstration de prestige.
La Sainte-Chapelle
Le château possède également une magnifique Sainte-Chapelle. Construite entre 1451 et 1493, elle s'inspire directement de la Sainte-Chapelle de Paris. On y admire
- de hautes voûtes gothiques
- de remarquables vitraux
- un décor sculpté extrêmement raffiné. Elle rappelle que la spiritualité demeure au cœur de la vie aristocratique de la fin du Moyen Âge.
Les appartements
Les appartements illustrent parfaitement l'évolution du confort. On voit apparaître:
- davantage de lumière
- des pièces spécialisées
- une recherche de décoration
- des cheminées monumentales
- des plafonds richement travaillés. On s'éloigne progressivement de la simple résidence fortifiée.
Une résidence ouverte sur le paysage
Autre nouveauté importante: Les grandes fenêtres offrent désormais des vues sur la vallée. Le paysage devient lui-même un élément architectural. Cette idée sera reprise dans tous les grands châteaux ligériens.
L'influence italienne
Contrairement à Gaillon ou Fontainebleau, Châteaudun ne copie pas encore directement les palais italiens. Il expérimente. Quelques éléments apparaissent:
- proportions plus harmonieuses
- recherche de symétrie
- escalier monumental
- ouverture sur l'extérieur
- importance donnée à la représentation. Le vocabulaire décoratif reste encore largement gothique. C'est précisément ce qui rend le château passionnant.
Le château de la transition
Pour nous, Châteaudun constitue probablement le meilleur exemple d'une architecture en mutation. Le visiteur peut observer, en marchant de bâtiment en bâtiment:
- le XIIᵉ siècle
- le XVe siècle gothique
- les premiers apports italiens
- la naissance de la Renaissance. Très peu de monuments offrent une telle lecture chronologique.
Les trésors à observer
Le donjon
L'un des plus grands donjons romans conservés. Observez:
- l'épaisseur des murs
- la sobriété
- la puissance militaire.
Le grand escalier
Le véritable chef-d'œuvre. Regardez:
- ses galeries ouvertes
- son élégance
- la manière dont il structure toute la façade. Il annonce directement Blois.
Les lucarnes
Elles montrent la transition. Les formes restent gothiques mais deviennent plus décoratives.
Les cheminées
Le confort devient une priorité. Les cheminées prennent une importance architecturale nouvelle.
Les fenêtres
Leur agrandissement traduit une nouvelle relation:
- à la lumière
- au paysage
- au confort.
Pourquoi Châteaudun est-il essentiel dans l'histoire de France?
Parce qu'il raconte un changement de civilisation. Au XIIᵉ siècle: Le château protège. Au XVe siècle, Le château représente. Au XVIᵉ siècle Le château impressionne. Toute cette évolution est visible à Châteaudun.
Ce qu'il faut absolument observer
- Le contraste entre le donjon roman et le logis gothique.
- Le grand escalier Renaissance et sa composition ouverte.
- Les lucarnes, où l'ornement commence à prendre le pas sur la seule fonction.
- Les grandes fenêtres ouvrant les pièces sur le paysage.
- Les sculptures des façades, encore gothiques mais déjà tournées vers un décor plus humaniste.
- La Sainte-Chapelle et la finesse de son architecture.
- Les cheminées monumentales, symboles d'un nouvel art de vivre.
- Les points de vue sur la vallée du Loir, qui illustrent le changement de rapport entre architecture et nature.
Place dans le parcours Renaissance
Le château de Châteaudun constitue un jalon essentiel du parcours « Les Précurseurs de la Renaissance ». Après les Hospices de Beaune, il montre que la Renaissance française ne commence pas par une rupture brutale, mais par une série d'innovations discrètes: un escalier qui devient monumental, des fenêtres qui s'ouvrent sur le paysage, une résidence qui privilégie progressivement le confort et la représentation. Ces expérimentations prépareront les chefs-d'œuvre des règnes de Louis XII et de François Ier, faisant de Châteaudun l'un des maillons les plus précieux de cette évolution.
Contes, légendes & anecdotes
Châteaudun, c'est d'abord la demeure d'un héros. Jean de Dunois, le « Bâtard d'Orléans », fut l'un des plus fidèles compagnons de Jeanne d'Arc : il combattit à ses côtés lors de la levée du siège d'Orléans, en 1429, et resta l'un des grands capitaines de la reconquête du royaume. C'est en récompense de ses services qu'il reçut le château, et c'est lui qui lança le chantier de la Sainte-Chapelle. La place qui s'étend devant l'entrée porte encore son nom.
Le château garde aussi un trésor plus fragile : une exceptionnelle collection de tapisseries des XVIᵉ et XVIIᵉ siècles, tendues dans les grandes salles. Naguère, ces tentures n'étaient pas seulement un décor : on les emportait de château en château, elles réchauffaient les murs et affichaient, au fil des scènes tissées, la culture et la fortune de leurs propriétaires.
Sources
- 1.Base Mérimée, notice PA00097021 (POP, ministère de la Culture)
- 2.Château de Châteaudun — Centre des monuments nationaux (informations pratiques)
- 3.Wikipédia, « Château de Châteaudun »
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Fiche mise à jour le 21 octobre 2026














