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Portrait de Thomas Cromwell

✦ Illustre ✦

Thomas Cromwell

v.1485-1540·homme d'État, grand ministre, comte d'Essex

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Contributions & œuvres

Fils d'un brasseur-forgeron de Putney, parti sans naissance ni fortune, Thomas Cromwell devient entre 1532 et 1540 l'homme qui réinvente l'État anglais. Entré au service du cardinal Wolsey puis recueilli par Henri VIII, il pilote la rupture avec Rome : il met en forme juridique l'Acte de Suprématie (1534) qui fait du roi le chef de l'Église d'Angleterre, et administre la dissolution des monastères qui verse dans les coffres royaux une richesse immense. Secrétaire principal, maître des Rolls, vicaire général pour les affaires ecclésiastiques, lord du Sceau privé, il concentre des fonctions jamais réunies. Il modernise l'administration par l'écrit et le registre, soutient la publication d'une Bible en anglais dans les paroisses (la Great Bible de 1539) et orchestre une politique religieuse qui penche vers la Réforme. Holbein le peint vers 1532-1533, le regard froid posé sur une lettre : l'image même du ministre-technicien.

Anecdote mémorable

On raconte qu'adolescent, Cromwell quitta l'Angleterre en vaurien et traversa l'Europe comme soldat de fortune avant de se refaire dans le commerce ; l'ascension d'un fils de brasseur jusqu'au rang de comte d'Essex restait inouïe. Depuis la Tour, dans l'attente de la mort, il écrivit à Henri VIII une lettre déchirante qui s'achevait sur un cri trois fois répété demandant la grâce du roi. Elle ne vint pas : l'homme qui avait envoyé tant d'autres à l'échafaud y monta à son tour, dépouillé de tous ses titres.

Influences reçues

Formé sur le continent — mercenaire en Italie, marchand et homme d'affaires aux Pays-Bas —, il rapporte une culture pratique du droit, de la finance et de l'humanisme. L'exemple du cardinal Wolsey, dont il fut l'exécuteur zélé, lui enseigne les ressorts du pouvoir ; les idées réformatrices venues d'Allemagne et la lecture des évangéliques orientent sa sensibilité religieuse.

Influences exercées

Il lègue à l'Angleterre un modèle d'administration centralisée fondé sur l'archive et la procédure parlementaire, que ses successeurs élisabéthains, à commencer par William Cecil, reprendront. La figure du ministre d'État technicien, issu du mérite et non du sang, naît largement de lui. Sa politique de dissolution façonne pour des siècles la carte foncière et l'équilibre confessionnel du royaume.

Importance historique

Cromwell appartient à cette poignée d'hommes qui ont transformé un royaume sans jamais en porter la couronne. En moins d'une décennie, il fait passer l'Angleterre d'une monarchie encore féodale à un État où la volonté du souverain s'exprime par la loi votée au Parlement : la « révolution tudorienne du gouvernement » décrite par l'historien G. R. Elton lui doit son architecture. La dissolution des monastères, qu'il conduit méthodiquement, redistribue près d'un quart des terres du royaume et change durablement le paysage social et religieux anglais ; les ruines des abbayes en sont encore le témoignage visible. Mais l'audace a son revers. En nouant le mariage d'Henri VIII avec Anne de Clèves (1540), diplomatiquement avantageux mais que le roi juge décevant, Cromwell se prive de son dernier appui. Ses ennemis, menés par le duc de Norfolk, le font accuser de trahison et d'hérésie par un bill of attainder qui le condamne sans procès. Décapité à Tower Hill le 28 juillet 1540, il meurt victime de la machine d'État qu'il avait lui-même aiguisée. Henri VIII regrettera publiquement, peu après, d'avoir fait exécuter « le plus fidèle serviteur qu'il eût jamais eu ».

Monuments associés (2)