HitsMap

Illustre

Cosmè Tura

Cosmè Tura, fondateur de l'officina ferrarese

v.1430-1495·Peintre·Ferrare·peinture

Contributions & œuvres

Cosmè Tura est le fondateur de ce que l'histoire de l'art appellera l'« officina ferrarese » : l'atelier, ou plutôt l'école, la plus étrange et la plus personnelle de la première Renaissance italienne. Peintre de cour des Este, la dynastie qui règne sur Ferrare, il met son pinceau au service d'une des maisons les plus raffinées et les plus lettrées de la péninsule. C'est dans ce climat de culture aristocratique, où l'on aime l'énigme, l'emblème et l'ornement savant, qu'il forge une manière absolument inimitable, à contre-courant de tout ce qui se fait ailleurs.

Sa manière, justement, ne ressemble à aucune autre. Chez Tura, les formes sont dures, métalliques, comme taillées dans le cristal ou dans le fer. Les drapés se cassent en plis coupants, tranchants comme des lames ; les architectures se déploient en constructions fantastiques, hérissées de festons, de guirlandes et de motifs antiquisants réinventés ; les couleurs, minérales et presque phosphorescentes, semblent luire d'un éclat froid. Rien n'est doux, rien n'est apaisé : tout est tension, arête, éclat. C'est un monde vu à travers une gemme, à la fois somptueux et coupant.

Cette audace est d'abord celle d'un tempérament : Tura invente un style anticlassique, cérébral et un peu cruel, à mille lieues de la douceur toscane et de l'harmonie que cherchent, aux mêmes années, les ateliers de Florence. Là où d'autres visent la grâce et l'équilibre, lui vise l'intensité, l'expressivité tendue et visionnaire. Ses figures — vierges graves, saints décharnés, prophètes aux traits crispés — ont quelque chose d'ascétique et d'inquiet ; on dirait un maniérisme avant l'heure, savant et hautain, pensé pour une élite qui goûte l'artifice autant que la beauté. Fonder une officina sur une esthétique aussi personnelle, refuser le grand style dominant pour imposer sa vision, relève d'une confiance rare.

Autour de lui gravite toute une génération de peintres ferrarais qui prolongeront et diffuseront cette langue singulière. En posant les premières lettres de cet alphabet visuel, Tura donne à Ferrare une identité artistique reconnaissable entre toutes : une manière de peindre le sacré et le profane comme une orfèvrerie tendue, où l'ornement et l'émotion ne font qu'un.

Anecdote mémorable

Le sort de Tura offre l'envers de sa gloire. Après avoir servi les Este durant des décennies et incarné le goût de la cour, il fut peu à peu écarté au profit d'artistes plus jeunes, et finit dans une relative pauvreté et l'oubli — lui, l'inventeur d'un style entier, éclipsé par la mode qui passe. Sa réputation ne renaîtra qu'à l'époque moderne, lorsque le regard changera et redécouvrira dans cette manière « bizarre » l'une des plus fascinantes aventures de la Renaissance italienne.

Influences reçues

Tura hérite du climat de la cour des Este, où se croisent la culture humaniste, le goût de l'antique et un raffinement décoratif tout aristocratique. Sa formation se nourrit de la peinture de l'Italie du Nord de son temps et d'un sens aigu de la ligne dure et de l'ornement, qu'il pousse jusqu'à une intensité qui n'appartient qu'à lui. @@AVERIFIER (identification précise des maîtres et modèles directs de sa formation)

Influences exercées

Il est la source de l'école ferrarraise, l'officina qui portera sa marque : une manière métallique, tendue, ornementale, que reprendront et transformeront les peintres de Ferrare après lui. Bien au-delà de son atelier, son style anticlassique fait de lui l'un des grands « singuliers » de la Renaissance, redécouvert et admiré à l'époque moderne pour son audace visionnaire.

Importance historique

Cosmè Tura compte parce qu'il a osé une voie que personne d'autre n'empruntait : contre la douceur et l'harmonie qui triomphaient ailleurs, il a imposé un art dur, cérébral et somptueux, taillé comme une pierre précieuse. Fondateur de l'officina ferrarese, il donne à toute une ville son identité de peinture. Son destin, glorieux puis oublié, rappelle que l'originalité la plus forte n'est pas toujours récompensée de son vivant — et que le temps, parfois, rend justice aux visionnaires.

Peintures (2)

À voir aussi