HitsMap
Portrait de Sigismondo Malatesta

Illustre

Sigismondo Malatesta

Seigneur de Rimini, commanditaire du Tempio Malatestiano (Alberti, Piero della Francesca)

1417-1468·Mécène·Rimini·politique · mécénat · art de la guerre

Contributions & œuvres

Sigismondo Pandolfo Malatesta règne sur Rimini en homme de guerre et en esthète, deux visages qu'il refuse de séparer. Condottiere réputé, il loue son épée aux puissances d'Italie ; mais c'est un chantier de pierre qui grave son nom dans l'histoire de l'art. Il fait transformer l'église gothique San Francesco de Rimini en un monument éblouissant, le Tempio Malatestiano, resté célèbre autant pour son audace que pour son inachèvement.

Pour cela il s'entoure des meilleurs. Il confie l'enveloppe extérieure à Leon Battista Alberti, qui habille la vieille église d'une façade all'antica inspirée des arcs de triomphe romains, l'un des premiers gestes pleinement « antiquisants » de la Renaissance architecturale. À l'intérieur, Agostino di Duccio sculpte un décor foisonnant de bas-reliefs. Piero della Francesca y peint une fresque montrant Sigismondo agenouillé devant saint Sigismond, image de dévotion et d'orgueil mêlés.

Le programme du temple étonne : les initiales entrelacées de Sigismondo et d'Isotta degli Atti, d'abord sa maîtresse puis son épouse, y sont célébrées ouvertement, et le tombeau d'Isotta y prend place. Emblèmes profanes, motifs quasi païens et hommage à l'amour humain y côtoient le sacré au point de faire scandale. Le Tempio devient ainsi un manifeste : celui d'un prince qui commande la beauté comme il commande une armée, et qui met l'art antique au service de sa propre gloire.

Anecdote mémorable

L'inimitié entre Sigismondo et le pape Pie II tourne à la guerre ouverte. En 1462, faute de pouvoir l'atteindre autrement, le pape le fait « canoniser en enfer » : Sigismondo est excommunié, et son effigie est brûlée sur les marches de Saint-Pierre à Rome, avec une inscription le vouant aux flammes éternelles. Le geste, spectaculaire, inverse le rite de canonisation pour damner un vivant. Pie II l'accable aussi d'accusations de meurtres, viols, parjures et sacrilèges — griefs bien réels chez certains, mais que la propagande pontificale a pu noircir à plaisir.

Influences reçues

L'architecture romaine antique (arcs de triomphe) ; l'humanisme antiquisant de son temps ; Leon Battista Alberti

Influences exercées

Leon Battista Alberti (comme commanditaire) ; Agostino di Duccio ; Piero della Francesca ; le modèle du prince mécène et bâtisseur de la Renaissance

Importance historique

Sigismondo Malatesta compte moins par ce qu'il a fait de ses mains que par ce qu'il a commandé. Le Tempio Malatestiano marque une étape de l'architecture Renaissance : première grande façade all'antica d'Alberti, il fixe l'idée d'habiller un édifice à la manière antique. Personnage ambivalent, adoré par ses proches et voué à l'enfer par le pape, Sigismondo incarne aussi le prince de la Première Renaissance : brutal et raffiné, capable de faire naître un chef-d'œuvre au service de son amour et de son orgueil. Son temple inachevé reste l'un des lieux les plus fascinants d'Italie.

À voir aussi