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Illustre

Andrea Mantegna

Le peintre qui a ressuscité l'Antiquité romaine

1431-1506·Peintre·Isola di Carturo (Padoue) / Mantoue·peinture · gravure

Contributions & œuvres

Andrea Mantegna n'a pas peint la Renaissance : il a exhumé Rome. Formé à Padoue, ville pétrie d'humanisme et hantée par les vestiges antiques, il s'empare des colonnes, des inscriptions gravées, des armures et des reliefs comme un archéologue amoureux. Chez lui, la pierre devient chair et la chair reprend la dureté de la pierre. Ses personnages ont la fermeté d'une statue romaine dressée en pleine lumière, cernés d'un dessin d'une précision presque coupante. Cette audace-là, aucun peintre de sa génération ne l'a poussée si loin : faire de la peinture une sculpture qui respire.

Son coup de génie tient en un raccourci. Dans le « Christ mort », il ose montrer le corps du Christ de face, pieds vers le spectateur, en un raccourci vertigineux qui écrase la perspective et jette l'observateur au bord de la dalle funéraire. Personne n'avait osé regarder la mort sous cet angle brutal et frontal. Cette maîtrise des points de vue impossibles le mène à son chef-d'œuvre absolu : la Camera degli Sposi du palais ducal de Mantoue. Là, il perce le plafond. Un oculus peint s'ouvre sur un ciel bleu, des angelots se penchent, des femmes rient au-dessus du vide, un pot en équilibre menace de tomber sur nos têtes. Ce « di sotto in su » — vu d'en bas vers le haut — est considéré comme le premier grand trompe-l'œil de plafond de l'histoire, la matrice de tous les plafonds illusionnistes qui suivront pendant des siècles.

Ce triomphe, Mantegna le doit aussi à une fidélité rare : quarante-cinq ans au service des Gonzague, seigneurs de Mantoue. Peintre de cour attitré, anobli, logé, il déploie pour eux fresques, retables, portraits et la somptueuse série des « Triomphes de César », neuf toiles où défile toute la pompe de l'Antiquité impériale. Rares sont les artistes de son temps à avoir bâti une œuvre aussi cohérente, aussi savante, aussi absolue dans son ambition de faire renaître un monde disparu.

Faut-il le dire ? Cet homme qui peignait des héros n'avait pas toujours le caractère facile. Orgueilleux de son art et jaloux de son rang, Mantegna était susceptible, prompt à la querelle et redoutablement procédurier : les archives de Mantoue gardent la trace de ses conflits et de ses procès, notamment avec des voisins et des débiteurs. Un tempérament ombrageux, certes — mais c'est peut-être cette même fierté indomptable qui lui donna l'audace de percer les plafonds et de défier les lois du regard.

Anecdote mémorable

On raconte qu'à Mantoue, Mantegna fit bâtir pour lui-même une maison-manifeste : une demeure organisée autour d'une cour circulaire inscrite dans un carré, hommage architectural à l'Antiquité qu'il vénérait. L'artisan des Gonzague voulait vivre, littéralement, dans une idée romaine.

Influences reçues

Sa formation dans l'atelier de Francesco Squarcione à Padoue, collectionneur passionné d'antiques ; la fréquentation directe des vestiges romains et de l'épigraphie ; l'exemple décisif de Donatello, présent à Padoue pour ses bronzes, et de la sculpture florentine ; l'effervescence humaniste de l'université padouane.

Influences exercées

Son beau-frère Giovanni Bellini, dont il oriente durablement le langage ; toute la peinture de l'Italie du Nord ; l'art de la gravure, qu'il pratique et diffuse largement ; Albrecht Dürer, marqué par ses estampes ; et, à travers son plafond de la Camera degli Sposi, des générations entières de décorateurs illusionnistes.

Importance historique

Mantegna compte parce qu'il a prouvé qu'un peintre pouvait être à la fois savant, archéologue et magicien de l'espace. En ressuscitant Rome et en ouvrant le premier ciel peint au-dessus de nos têtes, il a repoussé les frontières mêmes de ce que la peinture pouvait faire croire. Lever les yeux vers un plafond baroque, aujourd'hui encore, c'est marcher dans le sillage de cet homme dur comme le marbre et libre comme un ciel d'été.

Peintures (4)

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