Devant l'œuvre
Il faut d'abord accepter la place que le tableau nous assigne. Nous ne sommes pas devant le Christ mort : nous sommes à ses pieds. Le corps est étendu à plat sur la pierre de l'onction, et Mantegna nous le donne à voir en raccourci, depuis la plante des pieds, le long des jambes, jusqu'au visage renversé au fond. C'est le « scorcio », le raccourci extrême, et il transforme une image de dévotion en une expérience presque physique de proximité avec le cadavre.
Ce parti pris n'a rien d'anodin pour l'époque. Le sujet — la lamentation sur le Christ mort — se traitait d'ordinaire de côté, le corps offert au regard dans toute sa longueur. Mantegna prend le contre-pied et resserre tout dans un espace étroit, comme si nous étions penchés au bord de la dalle. La pierre, le drap, les membres : tout est ramené vers nous.
À gauche, serrés dans le cadre, à peine un fragment de leurs figures, se pressent les visages en pleurs des accompagnants : la Vierge, saint Jean, et Marie-Madeleine. Ils sont coupés par le bord, entrés dans l'image comme on entre dans une chambre mortuaire, sans place pour reculer.
L'œuvre a été retrouvée dans l'atelier de Mantegna au moment de sa mort, en 1506. On a pu penser qu'il l'avait gardée pour lui, ce qui expliquerait sa liberté et son caractère si personnel — mais le motif exact de sa conservation reste incertain. @@AVERIFIER
Symbolisme & lecture iconographique
Le corps est marqué : on voit les plaies des mains et des pieds, signes de la Passion offerts au premier plan, à l'endroit même où le regard entre dans le tableau. La pierre de l'onction, sur laquelle le corps est étendu, est le lieu où l'on prépare le mort ; elle inscrit la scène entre la descente de croix et la mise au tombeau. Le drap, plissé « comme taillé dans la pierre », donne au linceul une dureté minérale qui répond à la froideur du corps.
Analyse des émotions
Le tableau ne cherche pas l'éloquence : il impose le silence d'une veillée. Le raccourci nous fait partager la position de celui qui se tient aux pieds du mort, tout près, sans échappatoire. Les visages en larmes, coupés par le cadre, ajoutent une douleur retenue plutôt que théâtrale. On est saisi moins par un spectacle que par la présence nue d'un corps.
Secrets & mystères
- Le corps est vu en raccourci radical depuis les pieds : c'est le « scorcio », un tour de force de perspective rare pour ce sujet.
- Mantegna a légèrement réduit la taille des pieds, entorse voulue à la perspective stricte, pour ne pas que les pieds masquent le reste du corps.
- On distingue nettement les plaies des mains et des pieds, placées au plus près du spectateur.
- Le drap est plissé « comme taillé dans la pierre », lui donnant une texture minérale.
- À gauche, les visages en pleurs de la Vierge, de saint Jean et de Marie-Madeleine sont serrés et coupés par le bord du cadre.
- L'œuvre a été retrouvée dans l'atelier de Mantegna à sa mort, en 1506.
Le saviez-vous ?
On raconte que ce tableau se trouvait encore dans l'atelier de Mantegna lorsqu'il mourut, en 1506 — comme si le peintre l'avait gardé auprès de lui plutôt que de s'en séparer. Le lien exact entre cette présence dans l'atelier et une éventuelle destination personnelle reste toutefois à préciser. @@AVERIFIER




