Devant l'œuvre
Ce vitrail représente Louise Labé (v. 1524–1566), la grande poétesse lyonnaise de la Renaissance — 'la Belle Cordière', femme du cordier Guillaume Perrin, qui publia en 1555 un recueil de sonnets et d'élégies qui la placèrent parmi les plus grandes voix lyriques du XVIe siècle français. Lucien Bégule, le maître-verrier lyonnais qui fut aussi l'un des restaurateurs des vitraux de la cathédrale Saint-Jean, réalisa ce vitrail en 1900 pour le musée de Lyon. La Belle Cordière y est représentée avec tous ses attributs de poétesse : le livre, la lyre, la lumière de l'intelligence sur son visage. C'est un hommage du tournant du XXe siècle à la femme de lettres la plus célèbre de Lyon.
Symbolisme & lecture iconographique
Le vitrail est par tradition le médium de la lumière divine dans l'espace religieux — ici, il est utilisé pour représenter une poétesse profane. Cette transgression dit quelque chose sur la laïcisation de la culture à la fin du XIXe siècle : les héros de la cité remplacent les saints dans les fenêtres lumineuses.
Analyse des émotions
Ce vitrail de 1900 dit quelque chose sur la façon dont une époque honore ses figures historiques — en leur donnant la lumière littérale du verre coloré. Louise Labé dans ce vitrail est une sainte laïque de la culture lyonnaise — élevée au rang des héros de la ville par le médium de la lumière sacrée.
Secrets & mystères
Louise Labé fut au centre d'une controverse historique majeure en 2006, quand l'historien Mireille Huchon publia une étude affirmant que 'Louise Labé' était un pseudonyme collectif utilisé par un groupe de poètes lyonnais masculins — et non une femme réelle. Cette thèse fut vivement contestée par d'autres historiens. Le débat reste ouvert : Louise Labé était-elle une femme poète réelle ou une fiction littéraire masculine ? Ce mystère dit quelque chose sur la difficulté de la femme créatrice à être reconnue comme telle dans l'histoire littéraire.
Le saviez-vous ?
Louise Labé écrivit ses sonnets dans un Lyon de la Renaissance exceptionnel — la ville des imprimeurs (une centaine d'ateliers), des banquiers italiens, des lettrés humanistes, des marchands du monde entier. Lyon était alors la deuxième ville de France et l'une des premières places de commerce européennes. C'est dans ce contexte de richesse et de circulation des idées que cette femme osa publier des poèmes d'amour à la première personne — un acte d'une audace exceptionnelle pour une femme du XVIe siècle.

