Devant l'œuvre
Un 'Liber precum' (livre de prières) est l'ancêtre direct du livre d'heures — le recueil de prières personnelles que les chrétiens du Moyen Âge utilisaient dans leur dévotion privée. Ce manuscrit du XIIe siècle est plus modeste que les luxueux livres d'heures enluminés d'or et de couleurs que les ducs et les rois commanderont aux XVe siècle — c'est un livre d'usage, pas un livre de prestige. Mais c'est précisément pour cela qu'il est précieux : il dit la dévotion ordinaire, pas la dévotion monarchique. Quelqu'un, quelque part en Alsace au XIIe siècle, portait ce petit livre sur lui et y lisait ses prières quotidiennes.
Symbolisme & lecture iconographique
Le livre de prières est un objet de médiation entre l'humain et le divin — il structure le temps de la journée (les heures canoniales) et de l'année (le calendrier liturgique) selon le rythme du sacré. Tenir ce livre, c'est inscrire sa vie dans le temps de l'Église, abandonner le temps humain pour le temps de Dieu.
Analyse des émotions
Ces petits livres de prières du Moyen Âge ont une qualité d'intimité que les grands manuscrits monumentaux n'ont pas. On imagine la main qui les tenait, les yeux qui suivaient les lignes, les lèvres qui murmuraient les mots dans la lumière d'une bougie. Le livre de prières est l'objet le plus personnel de la culture médiévale — plus intime que la lettre, car on y dialogue avec Dieu.
Secrets & mystères
La frontière entre le Liber precum du XIIe siècle et le livre d'heures du XVe siècle est progressivement tracée par les historiens du livre liturgique — mais elle n'est pas tranchée. Les deux objets remplissent la même fonction (la prière privée), ont la même structure (calendrier liturgique, heures canoniales, prières des saints), diffèrent surtout dans leur degré de personnalisation et de luxe. Le Liber precum de Sélestat est à l'origine d'une tradition qui produira les Très Riches Heures du duc de Berry à Chantilly deux siècles plus tard.
Le saviez-vous ?
Les livres de prières du Moyen Âge étaient souvent légués dans les testaments — on les transmettait comme on transmettrait aujourd'hui un bijou de famille. Certains portent des inscriptions de propriétaires successifs sur plusieurs siècles. Ce Liber precum de Sélestat, s'il a connu plusieurs propriétaires avant d'entrer dans la bibliothèque paroissiale, a peut-être été utilisé pendant plus d'un siècle avant d'être conservé.

