Devant l'œuvre
Cette Diane couchée, un cerf à ses côtés, vient directement du château d'Anet — la résidence que Philibert de l'Orme construisit pour Diane de Poitiers, maîtresse d'Henri II. Son nom et le nom de la déesse sont les mêmes — Diane — et ce n'est pas un hasard. Diane de Poitiers se faisait systématiquement représenter sous les traits de la déesse chasseresse : même beauté froide et lunaire, même indépendance farouche, même puissance. Ce relief de marbre ornait probablement la salle de bains du château d'Anet — une mise en scène érotique et mythologique de la corporalité féminine.
Symbolisme & lecture iconographique
Diane est la déesse de la lune, de la chasse et de la chasteté — une association paradoxale pour une maîtresse royale. Mais c'est précisément ce paradoxe que Diane de Poitiers cultivait : une femme qui maintenait sa puissance en restant dans l'ambiguïté entre la disponibilité et l'intouchabilité. Le croissant de lune dans les cheveux, les chiens de chasse — tous les attributs iconographiques de Diane la déesse sont là.
Analyse des émotions
Ce qui frappe dans cette Diane, c'est le contraste entre la posture d'abandon (allongée, détendue, une jambe légèrement fléchie) et la tension du regard et de la main qui saisit le cerf par les cornes. La force et la grâce coexistent. C'est une figure qui possède — elle possède le cerf, elle possède l'espace, elle possède le regard du spectateur. La nudité n'est pas vulnérabilité mais puissance.
Secrets & mystères
L'attribution de cette sculpture est l'une des querelles les plus durables de l'histoire de l'art française. Jean Goujon ? Pilon ? Un atelier non identifié travaillant à Fontainebleau ? La recherche récente penche davantage vers Pilon, à cause de la qualité du modelé du corps de Diane qui ressemble aux nus de Pilon. Mais rien n'est certain. L'identification de la femme représentée comme Diane de Poitiers est traditionnelle mais non documentée — la maîtresse du roi avait-elle vraiment posé ? Probablement pas, mais le nom Diane était suffisant pour que tout le monde fasse le lien.
Le saviez-vous ?
Le château d'Anet (Eure-et-Loir) fut le chef-d'œuvre de Philibert de l'Orme, l'architecte le plus théoricien de la Renaissance française. Après la mort d'Henri II (1559), Catherine de Médicis força Diane de Poitiers à rendre en échange le château de Chenonceau. Diane se retira à Anet où elle mourut en 1566. Le château fut largement démoli à la Révolution — des fragments sont aujourd'hui à la cour de l'ENSBA à Paris.

