Devant l'œuvre
La chapelle basse du Palais du Tau conserve depuis 1919 un dépôt lapidaire de fragments sculptés — et notamment les fragments du jubé de la cathédrale, démoli en 1744. Un jubé est la clôture sculptée qui séparait dans les cathédrales médiévales le chœur des clercs de la nef des fidèles — une barrière symbolique entre le sacré et le profane. Le jubé de la cathédrale de Reims, démoli au XVIIIe siècle pour 'dégager' la perspective de la nef (une mode architecturale de l'époque), était un chef-d'œuvre de sculpture gothique tardif. Ces fragments sont tout ce qui en reste.
Symbolisme & lecture iconographique
Le jubé dans la liturgie médiévale séparait le chœur (espace du clergé) de la nef (espace des fidèles). Cette séparation spatiale encodait une théologie de l'accès au sacré : les laïcs ne peuvent pas voir directement la consécration, seuls les clercs assistent à l'Eucharistie de près. Sa démolition au XVIIIe siècle dit quelque chose sur l'évolution de la liturgie : les Lumières voulaient une religion plus transparente, moins mystérieuse.
Analyse des émotions
Ces fragments de jubé — morceaux de colonnes, têtes sculptées, décors d'arcatures — disent quelque chose sur la fragilité du patrimoine. Un chef-d'œuvre détruit pour des raisons de mode architecturale — et il ne reste que ces débris.
Secrets & mystères
La démolition des jubés des cathédrales françaises aux XVIIe et XVIIIe siècles est l'une des catastrophes patrimoniales les moins connues de l'histoire de France. Par souci de 'clarté architecturale', des dizaines de jubés gothiques — structures sculptées d'une richesse extraordinaire — furent détruits. Seuls quelques-uns subsistent (celui de la cathédrale de Chartres, par exemple). Les fragments rémois sont des témoins de cette destruction.
Le saviez-vous ?
En 1744, quand le jubé de la cathédrale de Reims fut démoli, les artisans qui l'abattirent ne conservèrent que quelques fragments jugés 'remarquables'. Le reste fut utilisé comme matériaux de construction. Cette utilisation pragmatique d'une sculpture médiévale comme matériaux de maçonnerie dit quelque chose sur la hiérarchie des valeurs patrimoniales avant le XIXe siècle — le passé ne valait que ce qu'il pouvait servir au présent.

