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Guignol — Marionnette originale de Laurent Mourguet

Marionnette

Guignol — Marionnette originale de Laurent Mourguet

Laurent Mourguet (Lyon, 1769–1844) — sculpteur de la tête : inconnu

v. 1808–1815·Marionnette à gaine — tête en bois sculpté et peint, costume en tissu·Musée Gadagne — Musées d'histoire de Lyon

Devant l'œuvre

Vous êtes face à Guignol — l'original, le premier, le seul. Cette petite tête de bois peinte fut sculptée par Laurent Mourguet au début du XIXe siècle, et c'est elle qui donna naissance à l'un des personnages populaires les plus connus de France. Mourguet était canut (tisserand) lyonnais, puis colporteur de remèdes, puis arracheur de dents — et pour distraire ses patients pendant les extractions sans anesthésie, il improvisa des saynètes avec des marionnettes à gaine. Guignol naquit de cette nécessité pratique : divertir pour réduire la douleur. Avec les joues rouges et l'œil vif, son expression sérieuse dit le petit peuple lyonnais des canuts de la Croix-Rousse — débrouillard, ironique, résistant aux injustices. Guignol ne cède jamais, il rit toujours, il se moque des puissants et défend les faibles.

Symbolisme & lecture iconographique

Guignol est le symbole de la résistance populaire à l'injustice — il n'a ni richesse ni pouvoir, mais il gagne toujours à la fin grâce à son esprit. Cette figure du 'petit' qui triomphe du 'grand' par la ruse et le rire est universelle dans les cultures populaires du monde entier. Guignol est le cousin du Pulcinella napolitain, du Punch anglais, du Hänswurst allemand.

Analyse des émotions

Ces petites têtes de bois peintes ont une présence extraordinaire — leurs expressions figées disent pourtant tout : l'ironie de Guignol, la bonhomie aviné de Gnafron, la fermeté maternelle de Madelon. C'est la commedia dell'arte lyonnaise — des types humains universels dans des costumes régionaux précis.

Secrets & mystères

Ces trois marionnettes originales — Guignol, son compère Gnafron et sa femme Madelon — furent transmises de génération en génération dans la famille Mourguet pendant un siècle et demi. C'est Pierre Neichthauser, descendant par alliance, qui les donna au musée en 1949 — un an avant l'ouverture du musée des marionnettes en 1950. Sans ce don, les marionnettes originales auraient peut-être été dispersées. Gnafron, le compère de Guignol, a le nez rouge des ivrognes, des sourcils épais et un rictus particulier qui découvre des dents carrées. Son plaisir : une chopine de Beaujolais. Sa crainte : le balai de Madelon. Ce trio dit la société lyonnaise populaire des années 1800–1830.

Le saviez-vous ?

Laurent Mourguet mourut en 1844, à 75 ans — après une vie entière au service du spectacle populaire lyonnais. Il créa d'abord Gnafron (le compère ivrogne), puis Guignol et enfin Madelon. L'ordre de création est significatif : le vice (Gnafron le buveur) précède la vertu (Guignol le juste) et l'autorité domestique (Madelon la femme). C'est la trilogie de la condition populaire lyonnaise du début du XIXe siècle.

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