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De kindermoord te Bethlehem — Cornelis van Haarlem, 1590

✦ Peinture ✦

Le Massacre des Innocents — Cornelis van Haarlem, 1590

Cornelis Cornelisz van Haarlem

Faire le puzzle de l'œuvre

Histoire de l'art — Contexte & Singularité

Hérode a ordonné de tuer tous les nouveau-nés de Bethléem : Cornelis van Haarlem en fait un cauchemar de corps enchevêtrés. Musculatures démesurées, poses impossibles, chairs livides et sanglantes — c'est le maniérisme de Haarlem à son sommet. En bas à gauche, un soldat égorge un enfant ; au-dessus, une mère plante ses ongles dans les yeux du bourreau. Peinte en 1590 pour les États de Hollande, l'œuvre est aussi une allégorie politique : la cruauté d'Hérode y désigne celle de Philippe II d'Espagne.

Guide du regard — l'anatomie comme spectacle Détaillez les corps : chaque muscle est exagéré, chaque torsion poussée à l'extrême. Cornelis, comme les maniéristes de Haarlem, peint le nu pour lui-même, en virtuose. Les figures s'emboîtent en une chorégraphie de la violence où l'horreur et la beauté formelle coexistent de façon troublante.

Guide du regard — lire le message caché Cherchez les gestes de résistance : la femme qui rend coup pour coup, les mères qui protègent. Commandée à l'apogée de la révolte des Provinces-Unies contre l'Espagne, la toile transforme un épisode biblique en cri contre l'oppresseur. Le spectateur du XVIe siècle y reconnaissait immédiatement les soldats espagnols dans les tueurs d'Hérode.

Le saviez-vous ?

Cornelis van Haarlem forma, avec le graveur Hendrick Goltzius et le théoricien Karel van Mander, le noyau de l'« Académie de Haarlem », foyer du maniérisme nordique. Goltzius grava plusieurs compositions de Cornelis, diffusant son style dans toute l'Europe. Le Mauritshuis de La Haye conserve une autre version, plus resserrée, du même sujet.

Sources

  1. 1.Rijksmuseum, Amsterdam, Pays-Bas, inv. SK-A-128 (confirmé Rijksmuseum)

Le peintre

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Cornelis Cornelisz van Haarlem

1562-1638

Rôle : peintre

Chef de file du maniérisme haarlémois, Cornelis van Haarlem fut le peintre des corps : nus héroïques enchevêtrés, chairs éclatantes, compositions grouillantes de muscles et de mouvement. Avec Goltzius le graveur et van Mander le théoricien, il forma le trio qui, autour de 1585, fit de Haarlem un foyer artistique de premier plan.

L'Académie de Haarlem

Né à Haarlem en 1562 d'une famille aisée, Cornelis fut assez fortuné pour ne jamais dépendre entièrement de ses commandes. Formé aux Pays-Bas et en France, il rentra dans sa ville et s'associa, vers 1583-1585, à Hendrick Goltzius et à Karel van Mander : les trois hommes animèrent ce que la tradition appelle l'« Académie de Haarlem », lieu d'étude du nu d'après modèle et d'échange savant, dans le sillage du maniérisme international venu de Prague et d'Italie. Cornelis y donna sa pleine mesure : d'immenses toiles mythologiques et bibliques — La Chute des Titans, Le Massacre des Innocents — où des dizaines de corps nus se tordent, tombent et s'affrontent, prétextes à une virtuosité anatomique éblouissante.

Du maniérisme à l'apaisement — et sa part d'ombre

Longtemps, on lui a reproché précisément cet excès : ces enchevêtrements de fesses et de dos, ces poses acrobatiques, cette avalanche de chairs ont paru gratuits, une prouesse pour la prouesse. Le peintre lui-même sembla en convenir : passé 1600, sa manière s'assagit, les corps se calment, les couleurs se posent, comme si le classicisme naissant du Siècle d'or avait tempéré la fièvre maniériste. Peintre officiel de Haarlem, riche et honoré, il traversa sans dommage cinquante ans d'histoire mouvementée et forma de nombreux élèves. Son Massacre des Innocents, aujourd'hui au Frans Hals Museum, dit toute son ambiguïté : une scène d'horreur — des mères, des soldats, des enfants massacrés — traitée avec une splendeur presque insoutenable. C'est là son génie et sa limite : faire de la violence un ballet.

Infos / repères

Cornelis Cornelisz van Haarlem naquit et mourut à Haarlem (1562-1638). Figure majeure du maniérisme de Haarlem, co-animateur de l'« Académie de Haarlem » avec Goltzius et van Mander, il fut le peintre des grands nus mythologiques avant d'assagir sa manière vers le classicisme.

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