À voir
Montez les marches courbes de l'escalier Renaissance, jusqu'à la chaire de pierre accrochée à la façade. C'est de là que, depuis 1537, le conseiller proclame au peuple massé sur l'Untermarkt les décisions et les sentences de la ville. Au-dessus de lui, l'horloge de la tour — refaite en 1584 par l'astronome Bartholomäus Scultetus — scande les heures d'une cité lettrée, riche du commerce de la guède. Et sur la chaire, une Justitia singulière : glaive et balance en main, mais les yeux grands ouverts. À Görlitz, la justice ne se bande pas les yeux, elle regarde.# L'ancien hôtel de ville de GörlitzSur le Untermarkt de Görlitz, l'hôtel de ville n'avance pas une façade unique mais un ensemble bâti sur plusieurs siècles, dont la Renaissance a signé la pièce la plus célèbre : un escalier extérieur qui se déroule en courbe le long du mur, surmonté d'une chaire de pierre et d'une Justice qui, chose rare, ne porte pas de bandeau. Œuvre de Wendel Roskopf l'Ancien vers 1537, c'est l'un des joyaux de la première Renaissance en Haute-Lusace.
Ce qu'il faut regarder
Arrêtez-vous devant l'escalier. Il ne monte pas tout droit : il épouse le mur en une large courbe, balustrade pleine ornée de reliefs — sirènes, putti, rinceaux — taillés par le sculpteur Andreas Walther I (les originaux, trop fragiles, ont été remplacés par des copies au XXᵉ siècle). Au sommet, une petite chaire de proclamation (Verkündungskanzel), ajoutée vers 1537-1538 : c'est de là qu'on lisait à voix haute, au peuple massé sur la place, les décisions et les jugements du conseil.
Sur la chaire, levez les yeux vers la Justitia de 1591. Glaive dans une main, balance dans l'autre — mais, contrairement à l'usage, les yeux grands ouverts. Puis reculez pour embrasser la tour : haute d'une soixantaine de mètres, rehaussée au début du XVIᵉ siècle, elle porte l'horloge réalisée en 1584 par Bartholomäus Scultetus, astronome, cartographe et futur maire de la ville.
Histoire
Görlitz est alors une cité riche et fière, membre de la Ligue des Six-Villes (Sechsstädtebund) de Haute-Lusace, enrichie par le commerce du drap et de la guède (le pastel, colorant bleu). Cette prospérité se lit dans la pierre : dès les années 1530, la ville modernise son hôtel de ville médiéval dans le goût nouveau venu d'Italie. Elle confie l'escalier à Wendel Roskopf l'Ancien, maître d'œuvre qui vient de reconstruire après l'incendie de 1525 plusieurs demeures de la cité, dont le Schönhof voisin.
Le chantier avance au fil du siècle. La tour, agrandie dès 1511-1516, reçoit en 1524 sa première horloge, puis en 1584 l'horloge savante de Scultetus. La Justitia couronne la chaire en 1591. L'ensemble traverse les siècles, échappant aux grandes destructions : Görlitz, épargnée par les bombes de 1945, a conservé l'un des centres anciens les plus intacts d'Allemagne.
Görlitz tenait son rang dans la Ligue des Six-Villes de Haute-Lusace, aux côtés de Bautzen, Zittau, Löbau, Kamenz et Lauban — une alliance de cités qui défendaient ensemble leurs privilèges face aux seigneurs et à la couronne de Bohême. Mais en 1547, après la défaite de la Ligue de Smalkalde, le roi Ferdinand Iᵉʳ de Habsbourg abat cette fierté : c'est le Pönfall de Haute-Lusace, qui coûte aux Six-Villes leurs biens, leurs armes et une part de leurs franchises. Que Görlitz ait continué, dans ces mêmes décennies, à parer son hôtel de ville — chaire de proclamation, horloge savante de 1584, Justice aux yeux ouverts de 1591 — en dit long sur sa volonté obstinée de se tenir debout et de se gouverner.
Symboles et secrets
Pourquoi une Justice aux yeux ouverts ? Le bandeau, qui dit l'impartialité d'une justice aveugle aux personnes, est l'image la plus répandue. En le refusant, Görlitz affirme l'inverse : une justice qui regarde, qui voit clair, qui ne se laisse pas tromper. Sur un hôtel de ville, au-dessus de la chaire d'où tombaient les sentences, le message était un avertissement autant qu'une promesse.
La chaire elle-même dit beaucoup d'une ville libre de ses affaires : la loi s'y proclame en public, sur la place, devant les bourgeois. C'est l'architecture d'une cité qui se gouverne.
Pourquoi ce monument compte
Parce qu'il montre la Renaissance gagnant l'est de l'Empire par ses marges prospères. Loin des cours princières, une ville marchande de Haute-Lusace s'offre, dès 1537, un escalier et un décor à l'italienne. Roskopf y acclimate un langage neuf ; Görlitz en fait un manifeste civique, que cinq siècles ont laissé presque intact.
Histoire
Görlitz est alors une cité riche et fière, membre de la Ligue des Six-Villes (Sechsstädtebund) de Haute-Lusace, enrichie par le commerce du drap et de la guède (le pastel, colorant bleu). Cette prospérité se lit dans la pierre : dès les années 1530, la ville modernise son hôtel de ville médiéval dans le goût nouveau venu d'Italie. Elle confie l'escalier à Wendel Roskopf l'Ancien, maître d'œuvre qui vient de reconstruire après l'incendie de 1525 plusieurs demeures de la cité, dont le Schönhof voisin.
Le chantier avance au fil du siècle. La tour, agrandie dès 1511-1516, reçoit en 1524 sa première horloge, puis en 1584 l'horloge savante de Scultetus. La Justitia couronne la chaire en 1591. L'ensemble traverse les siècles, échappant aux grandes destructions : Görlitz, épargnée par les bombes de 1945, a conservé l'un des centres anciens les plus intacts d'Allemagne.
Görlitz tenait son rang dans la Ligue des Six-Villes de Haute-Lusace, aux côtés de Bautzen, Zittau, Löbau, Kamenz et Lauban — une alliance de cités qui défendaient ensemble leurs privilèges face aux seigneurs et à la couronne de Bohême. Mais en 1547, après la défaite de la Ligue de Smalkalde, le roi Ferdinand Iᵉʳ de Habsbourg abat cette fierté : c'est le Pönfall de Haute-Lusace, qui coûte aux Six-Villes leurs biens, leurs armes et une part de leurs franchises. Que Görlitz ait continué, dans ces mêmes décennies, à parer son hôtel de ville — chaire de proclamation, horloge savante de 1584, Justice aux yeux ouverts de 1591 — en dit long sur sa volonté obstinée de se tenir debout et de se gouverner.
Sources
- 1.Wikipedia DE « Rathaus Görlitz »
- 2.Görlitz / Kulturhistorisches Museum — Rathaus und Rathaustreppe
- 3.Dehio-Handbuch der deutschen Kunstdenkmäler, Sachsen
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Fiche mise à jour le 7 novembre 2026
