À voir
Au mur nord du chœur est accrochée une copie — et derrière elle, une tragédie. Le bourgmestre Michael Meyenburg, maire de la ville libre de Nordhausen et ami de la Réforme, avait commandé à Cranach le Jeune, en 1558, une épitaphe superbe : une Résurrection de Lazare où se pressait le groupe des réformateurs. On crut la sauver des bombes en 1945 en la cachant dans une cave de brasserie ; elle y fut détruite. Ce qu'on voit aujourd'hui est une copie d'avant-guerre, de 1937, qui tient la place du disparu. La chaire de 1592 et les fonts de 1591, eux, ont survécu — rescapés d'un lieu qui dit, mieux qu'un autre, ce que la guerre a coûté.# L'église Saint-Blaise de NordhausenNordhausen, ville libre d'Empire au pied du Harz, confia jadis à Lucas Cranach le Jeune l'épitaphe de son bourgmestre réformateur, Michael Meyenburg. Ce chef-d'œuvre a brûlé en 1945 ; il n'en reste qu'une copie d'avant-guerre. Mais l'église garde, bien vivants, deux témoins Renaissance : une chaire de 1592 et des fonts de 1591. L'histoire de Saint-Blaise est celle d'un trésor perdu et d'un décor sauvé.
Ce qu'il faut regarder
Commencez par ce qui subsiste, authentique. La chaire de 1592 est une belle pièce Renaissance : sa cuve porte six reliefs bibliques séparés par des pilastres, où se succèdent les quatre évangélistes et trois prophètes, Moïse, Isaïe et Jérémie. En face, les fonts baptismaux de 1591, œuvre du sculpteur Lorentz Fronhausen, complètent le mobilier du culte protestant.
Puis gagnez le mur nord du chœur, et là, un acte d'honnêteté s'impose. Vous y verrez l'épitaphe de Michael Meyenburg, « la Résurrection de Lazare », avec, au premier plan, la famille du défunt et le groupe des réformateurs. Mais ce n'est pas l'original : l'œuvre peinte par Lucas Cranach le Jeune en 1558 a été détruite dans le bombardement de 1945. Ce que vous regardez est une copie réalisée en 1937, précieuse justement parce qu'elle garde le souvenir exact d'un chef-d'œuvre disparu. Revenez alors vers la chaire : ses six reliefs, serrés entre les pilastres, rangent côte à côte les évangélistes et les prophètes, l'annonce et l'accomplissement — c'est, intacte, la vraie leçon Renaissance du lieu, là où l'épitaphe n'en est plus que l'écho.
Histoire
Nordhausen est une ville libre, maîtresse d'elle-même. Au cœur du XVIᵉ siècle, son bourgmestre Michael Meyenburg (†1555) est un partisan de la Réforme, proche du réformateur Johann Spangenberg. À sa mort, on lui dresse dans l'église une épitaphe peinte par le plus grand atelier du temps, celui de Cranach : le fils, Lucas Cranach le Jeune, y figure la Résurrection de Lazare, entourée des visages de la Réforme. Sur la façade sud, des plaques de bronze honorent aussi Meyenburg, Hans Reinicke et Spangenberg.
Quatre siècles plus tard, la catastrophe. Le 4 avril 1945, un bombardement ravage Nordhausen et endommage gravement l'église. Les tableaux de Cranach, qu'on avait mis à l'abri dans la cave d'une brasserie, y brûlent. L'original de l'épitaphe est perdu. Par chance, une copie fidèle avait été peinte en 1937 ; c'est elle qui, aujourd'hui, occupe la place de l'œuvre détruite. La chaire et les fonts, eux, ont traversé l'épreuve.
Symboles et secrets
Le secret de Saint-Blaise est une leçon sur la mémoire. L'épitaphe de Meyenburg disait la foi d'une ville libre dans la Réforme : un bourgmestre, non un prince, entouré des réformateurs, devant le miracle de Lazare — la résurrection promise aux croyants. Que cette œuvre ait péri là où on l'avait cachée, et qu'une copie de 1937 la remplace, ajoute une strate de sens : Nordhausen conserve l'image de sa foi à travers l'image d'une image. La chaire de 1592, avec ses prophètes et ses évangélistes, rappelle, elle, intacte, ce qui faisait le cœur du culte : la Parole, de l'Ancien au Nouveau Testament.
Pourquoi ça compte
Parce que Saint-Blaise témoigne à la fois de la splendeur et de la fragilité du patrimoine Renaissance. Une ville libre d'Empire, fière de sa Réforme, s'était offert un Cranach ; la guerre l'a effacé, mais la mémoire et une copie d'avant-guerre l'ont sauvé de l'oubli. Et le vrai décor survivant — chaire et fonts — prouve que l'essentiel du culte protestant, la Parole et le baptême, continue d'y parler, cinq siècles plus tard. Nordhausen offre ainsi une double leçon : la mesure de ce que la guerre a détruit, et la ténacité d'une mémoire qui, par une copie et un meuble rescapé, retient ce qui fut perdu.
Histoire
Nordhausen est une ville libre, maîtresse d'elle-même. Au cœur du XVIᵉ siècle, son bourgmestre Michael Meyenburg (†1555) est un partisan de la Réforme, proche du réformateur Johann Spangenberg. À sa mort, on lui dresse dans l'église une épitaphe peinte par le plus grand atelier du temps, celui de Cranach : le fils, Lucas Cranach le Jeune, y figure la Résurrection de Lazare, entourée des visages de la Réforme. Sur la façade sud, des plaques de bronze honorent aussi Meyenburg, Hans Reinicke et Spangenberg.
Quatre siècles plus tard, la catastrophe. Le 4 avril 1945, un bombardement ravage Nordhausen et endommage gravement l'église. Les tableaux de Cranach, qu'on avait mis à l'abri dans la cave d'une brasserie, y brûlent. L'original de l'épitaphe est perdu. Par chance, une copie fidèle avait été peinte en 1937 ; c'est elle qui, aujourd'hui, occupe la place de l'œuvre détruite. La chaire et les fonts, eux, ont traversé l'épreuve.
Sources
- 1.Ev. Kirchengemeinde Nordhausen / EKMD
- 2.Wikipedia DE « St. Blasii (Nordhausen) » / « Lucas Cranach der Jüngere »
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Fiche mise à jour le 7 novembre 2026
