À voir
Histoire
La collégiale Saint-Ours de Loches (ancienne église Notre-Dame jusqu'au XIXe siècle) est l'un des édifices religieux les plus singuliers de France par son architecture exceptionnelle : sa nef est couverte de deux pyramides creuses octogonales en pierre (les « dubes »), uniques en architecture religieuse française. Construite aux XIe-XIIe siècles dans un style roman tourangeau, complétée aux XIVe-XVe siècles dans un style gothique, elle abrite l'un des plus émouvants tombeaux de la Renaissance française : le gisant d'Agnès Sorel, première maîtresse royale officielle de l'histoire de France.
L'édifice fut construit dans l'enceinte de la forteresse royale de Loches (l'une des plus puissantes places fortes de Touraine, logis royal des Valois — Charles VII y séjourna régulièrement). Les comtes d'Anjou puis les rois de France firent de la collégiale leur église palatine : couronnements, mariages, baptêmes royaux y eurent lieu pendant trois siècles.
L'élément Renaissance majeur est le gisant d'Agnès Sorel (1422-1450), sculpté en marbre blanc vers 1450-1455. Le monument funéraire original fut détruit par les huguenots en 1562 ; restauré au XIXe siècle, il conserve néanmoins des éléments XVe-XVIe siècle authentiques. Le gisant représente Agnès dans une pose serene et noble, entourée de deux anges portant son blason et de deux agnelles (référence à son prénom : Agnèsvient deAgnus, l'agneau).
D'autres éléments Renaissance : chapelles latérales ornées de statues XVIe, portail occidental à voussures décorées de motifs Renaissance, vitraux des XVIe-XVIIe siècles.
À voir absolument
- Le gisant d'Agnès Sorel (vers 1450-1455, restauré XIXe), première maîtresse royale officielle de France
- Les deux pyramides creuses octogonales (les « dubes ») qui couvrent la nef — unique en France
- Le chœur roman (XIe-XIIe siècles), vestige du sanctuaire primitif
- Le portail occidental roman sculpté de motifs étranges (bestiaire, dragons)
- Les chapelles latérales Renaissance, ornées de statues XVIe
- Les vitraux des XVIe-XVIIe siècles
- Le trésor de la collégiale (visite payante), avec orfèvrerie Renaissance
- L'ensemble urbain : la collégiale se trouve dans la forteresse royale de Loches (gratuite, château et donjon payants)
- Le logis royal de Loches voisin (payant, demeure de Charles VII et Agnès Sorel)
Anecdotes & secrets
Agnès Sorel (1422-1450), surnommée « la Dame de Beauté », fut la première maîtresse royale officielle de l'histoire de France — innovation politique majeure de Charles VII. Avant elle, les maîtresses des rois étaient cachées ; Charles VII lui donna un statut officiel, des terres (Beauté-sur-Marne d'où son surnom), des bijoux (dont le célèbre diamant offert à elle, l'un des premiers diamants taillés en pointe d'Europe), et lui fit faire un portrait par Jean Fouquet (la « Vierge à l'Enfant » d'Anvers, vers 1452 — la Vierge à seins nus avec les traits d'Agnès). Elle mourut subitement à 28 ans à Jumièges (Normandie) en février 1450, dans des circonstances suspectes — probablement empoisonnée au mercure (analyse de 2005). Le suspect principal est le dauphin Louis (futur Louis XI), qui détestait Agnès et craignait son influence sur son père. L'enquête historique moderne (2005) a confirmé la présence anormale de mercure dans ses cheveux et os.
Les « dubes » (pyramides creuses octogonales) qui couvrent la nef de Saint-Ours sont l'un des mystères architecturaux de la Renaissance française. Construites au XIIe siècle, elles sont uniques en architecture religieuse occidentale. Plusieurs interprétations ont été proposées : symbolisme cosmique (les 8 côtés représentant les 8 béatitudes), influence orientale (croisades en Terre sainte rapportant des modèles arméniens ou byzantins), solution structurelle pour économiser de la pierre tout en couvrant de larges portées. Le mystère reste non résolu.
Jean Fouquet (vers 1420-1481), plus grand peintre français du XVe siècle, sculpta vraisemblablement le modèle du gisant d'Agnès Sorel. Fouquet avait peint le portrait d'Agnès vivante (la « Vierge à l'Enfant » d'Anvers est censée la représenter) et fut un proche de la cour. Le gisant original, détruit en 1562, était considéré comme l'un des plus beaux gisants Renaissance — la restauration XIXe en est une copie fidèle documentée par des dessins.
Conseils de visite
Collégiale ouverte tous les jours de 9h30 à 12h et 14h à 18h, entrée libre. Combiner avec la visite de la forteresse royale de Loches (château + donjon payants 11€, parking gratuit), du logis royal (Charles VII et Agnès Sorel), et de la vieille ville médiévale-Renaissance de Loches. Loches accessible depuis Tours en TER (35 min) ou voiture (50 min). Classé parmi les Plus Beaux Détours de France.






