Qui est l'architecte bolonais qui a conçu les plans du château d'Ancy-le-Franc et rédigé le premier traité d'architecture en langue française ?
À voir
Sur les bords du canal de Bourgogne, dans l'Yonne, le château d'Ancy-le-Franc passe pour l'un des plus purs manifestes de la Renaissance italienne en France. Conçu par l'architecte Sebastiano Serlio pour la maison de Clermont-Tonnerre, il offre, derrière la sobriété de ses façades, l'un des plus somptueux ensembles de décors peints du XVIᵉ siècle conservés dans le royaume.
Le château de Serlio
La construction fut lancée dans les années 1540 à la demande d'Antoine III de Clermont, beau-frère de Diane de Poitiers et fils d'Anne de Husson, comtesse de Tonnerre. Le dessin de l'édifice est traditionnellement attribué à l'architecte italien Sebastiano Serlio (vers 1475-1554), théoricien majeur de l'architecture que François Iᵉʳ avait invité en France. Serlio donna à Ancy-le-Franc un plan quadrangulaire révolutionnaire, organisé autour d'une cour intérieure régulière et rythmé par des pavillons d'angle harmonieusement articulés. L'édifice applique avec une rigueur inédite en France les ordres classiques issus de l'Antiquité : c'est, selon la belle formule, « une construction française en costume italien », mariant l'idéal renaissant aux traditions locales, telles ses hautes toitures pentues et ses façades de pierre épurées. À la mort de Serlio, survenue en 1554 à Fontainebleau, l'architecte Pierre Lescot reprit le chantier, en respectant les plans d'origine.
Les décors de l'école de Fontainebleau
Si l'extérieur frappe par sa rigueur, l'intérieur éblouit par sa profusion. Ancy-le-Franc conserve l'un des plus vastes ensembles de peintures murales des XVIᵉ et XVIIᵉ siècles aujourd'hui préservés en France. Ces décors sont l'œuvre des grands maîtres de l'école de Fontainebleau, cette communauté d'artistes italiens que les rois de France avaient attirés à leur cour : on y reconnaît la main du Primatice, de Nicolò dell'Abbate et de Luca Penni. Les salles portent des programmes savants, puisés dans la mythologie et l'histoire antique : la chambre de Judith, la galerie de Médée, et surtout la galerie de Pharsale, décorée d'une exceptionnelle fresque monochrome de quelque trente-deux mètres, évoquant la bataille antique. Ce que le visiteur doit chercher du regard, c'est le contraste entre la retenue de l'architecture et le foisonnement de ces peintures, qui font d'Ancy-le-Franc un véritable musée du décor renaissant.
Visiteurs royaux et grandes familles
Une fois achevé — l'intérieur fut complété par Charles-Henri de Clermont, petit-fils du commanditaire mort en 1578 —, le château put recevoir des hôtes de marque. Henri III y fit une brève visite, Henri IV y séjourna en 1591, Louis XIII en 1631, et Louis XIV en 1674 : quatre rois de France sous un même toit, au fil d'un siècle. En 1683, la famille de Clermont-Tonnerre dut vendre la terre et le château d'Ancy-le-Franc à François-Michel Le Tellier, marquis de Louvois, le puissant ministre de la Guerre de Louis XIV. Sous ses descendants, notamment le marquis de Courtanvaux, les jardins furent transformés à partir de 1759 dans le goût paysager anglais.
Ce qu'il faut voir
On admirera d'abord l'ordonnance parfaite de la cour intérieure, véritable leçon d'architecture classique signée Serlio, avec ses galeries et ses pilastres superposés. Puis on parcourra l'enfilade des appartements et des galeries peintes, cœur du château : chambre de Judith, galerie de Médée, galerie de Pharsale et ses trente-deux mètres de fresque. L'ensemble forme une encyclopédie visuelle de la culture humaniste du XVIᵉ siècle.
Le saviez-vous ?
Le château d'Ancy-le-Franc a été classé au titre des monuments historiques le 8 mars 1983, classement confirmé le 26 septembre 2003. Œuvre d'un théoricien italien de premier plan, orné par les artistes mêmes qui décoraient Fontainebleau pour le roi, lié par le sang à Diane de Poitiers, la favorite d'Henri II, il occupe une place à part dans l'histoire de la Renaissance française : non pas un château de la Loire aux lignes gothiques encore présentes, mais une demeure pleinement italienne, pensée comme un palais à l'antique transposé en Bourgogne. Ancy-le-Franc incarne ainsi le moment où la France cessa d'imiter l'Italie pour en adopter la grammaire entière, faisant de la pierre de Bourgogne le support d'un rêve classique.
Histoire
Chef-d'œuvre de l'architecture Renaissance classique française, construit entre 1542 et 1550 par Antoine III de Clermont-Tonnerre sur plans de Sebastiano Serlio, architecte bolonais au service de François Ier. Cour intérieure carrée à arcades, chapelle peinte par Primatice et Nicolo dell'Abbate, galeries de fresques exceptionnelles (Chambre de Diane, Chambre des Arts). Classé Monument Historique.
Contes, légendes & anecdotes
Sebastiano Serlio, qui conçut les plans d'Ancy-le-Franc, est l'auteur du premier traité d'architecture en langue française — ses Sept Livres d'Architecture (1537-1551) diffusèrent la théorie Renaissance dans toute l'Europe. Ancy-le-Franc fut son unique réalisation bâtie en France et constitue sa contribution la plus tangible à la Renaissance française. Les fresques intérieures, peintes par les artistes italiens de l'école de Fontainebleau, constituent un ensemble iconographique exceptionnellement bien conservé — notamment la Chambre de Diane avec ses scènes de chasse.
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Fiche mise à jour le 10 octobre 2026

















