
✦ Illustre ✦
Joos van Cleve
peintre
Contributions & œuvres
Vers 1530, Joos van Cleve quitte pour un temps son atelier d'Anvers, l'un des plus prospères des Flandres, et vient à la cour de France. François Iᵉʳ, qui aime le raffinement du Nord autant que l'ampleur italienne, l'appelle pour fixer les visages de sa maison. De ce séjour naissent quelques-uns des plus beaux portraits royaux du temps : le portrait du roi lui-même, main gantée et pourpoint somptueux, et celui de la reine Éléonore d'Autriche, sa seconde épouse, parée à l'espagnole. Van Cleve apporte au portrait français une chose que ses peintres n'avaient pas au même degré : la science flamande du détail et du glacis. Sous son pinceau, le velours pèse, l'orfèvrerie brille, la peau respire sous des voiles de couleur transparente. Là où l'art de cour français cherchait la majesté, il ajoute la vérité minutieuse d'Anvers, chaque bague, chaque fil d'or rendus avec une patience d'émailleur. Ce mariage du faste royal et du fini flamand a marqué le portrait de cour, qui retiendra ce goût du détail précieux. La nuance tient à la mesure de ce passage. Le séjour fut bref et reste mal documenté : on parle plus d'un voyage de commande, le temps de livrer des portraits, que d'une vie refaite en France @@AVERIFIER. Van Cleve repart, retrouve Anvers où il meurt vers 1540. Sa trace française est lumineuse mais ténue, davantage une visite décisive qu'un enracinement. Ses portraits de François Iᵉʳ, où le glacis flamand fait luire les brocarts et les bijoux, offrirent à la cour de France une alternative précieuse au portrait clouettien : le roi y paraît moins hiératique, saisi dans une présence charnelle héritée de Van Eyck. @@AVERIFIER (nombre exact et localisation des versions royales)
Anecdote mémorable
Le portrait d'Éléonore d'Autriche réserve une curiosité : Joos van Cleve la représente avec une coiffure et un costume à l'espagnole qu'en principe la reine avait cessé de porter en s'installant en France. Détail d'archive, mais révélateur : peut-être l'effigie fut-elle conçue avant son adaptation à la cour française, ou d'après un type venu d'ailleurs. Sur ce visage grave d'une reine étrangère en terre nouvelle, le peintre flamand a fixé, sans le vouloir, tout le tiraillement d'une princesse mariée pour sceller la paix entre deux empires.
Influences reçues
Quentin Metsys ; la peinture d'Anvers ; le sfumato de Léonard de Vinci
Influences exercées
le portrait de la cour de François Iᵉʳ ; l'école française du portrait ; le goût du détail flamand à la cour
Importance historique
Le passage de van Cleve compte parce qu'il fait entrer, au sommet de l'État, le raffinement du portrait flamand. À l'heure où la cour de François Iᵉʳ se cherche des visages dignes d'elle, ce maître d'Anvers montre ce que le glacis et le détail peuvent ajouter à la représentation du pouvoir. Ses effigies royales circulent, se copient, servent de modèles diplomatiques : un portrait de reine était alors un instrument d'alliance. Bref mais bien placé, ce séjour installe durablement un dialogue entre l'art de cour français et la peinture des Flandres.
Continuer sur la vie et les créations de Joos van Cleve en Belgique · Clèves (?), v.1485 – Anvers, 1540
