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Giulio Romano

Peintre et architecte

Rome

Sur les pas de Giulio Romano — ses œuvres & ses lieux sur la carte →

« « Ce rare maître italien, Jules Romain, qui, s'il disposait lui-même de l'éternité, ravirait à la Nature sa clientèle, tant il la singe à la perfection. » — Shakespeare, Le Conte d'hiver »

Contributions & œuvres

L'héritier de Raphaël

Né Giulio Pippi vers 1499 dans une Rome au sommet de sa gloire, Giulio Romano entre tout jeune, vers 1514, dans l'atelier de Raphaël, dont il devient le collaborateur le plus proche. Il ne se contente pas d'apprendre : il peint, il invente, il dirige. À la mort brutale du maître en 1520, c'est lui, l'exécuteur principal, qui achève les chantiers laissés en suspens — fresques du Vatican, décors, projets d'architecture. Peu d'élèves ont hérité d'un atelier aussi prestigieux ; peu l'ont assumé avec une telle assurance.

Le génie de Mantoue

En 1524, Giulio quitte Rome pour Mantoue, appelé par le duc Federico II Gonzaga qui en fait son peintre et son architecte de cour. C'est là, loin de l'ombre de Raphaël, qu'il devient pleinement lui-même. Son chef-d'œuvre, le Palazzo Te (commencé vers 1525), est une villa de plaisance conçue de bout en bout par ses soins : architecture, fresques, stucs, programme décoratif. Giulio y est à la fois bâtisseur et metteur en scène.

Deux salles résument son audace. La Salle de Psyché (1526-1528) déroule, sur les murs et le plafond, les amours de Cupidon et Psyché d'après Apulée, dans un foisonnement sensuel et lumineux. La Salle des Géants (1532-1534) est plus stupéfiante encore : une fresque continue, du sol au plafond, où les Géants foudroyés par Jupiter semblent s'effondrer sur le visiteur. Sans coupole, l'illusion enveloppe entièrement celui qui entre — un théâtre peint, violent, total, sans commencement ni fin.

Un maniérisme savant et théâtral

Giulio Romano est l'un des grands initiateurs du maniérisme. Au Palazzo Te, il joue sciemment avec les règles classiques transmises par Bramante : triglyphes qui semblent glisser, corniches qui paraissent céder. Ce n'est pas de l'ignorance, mais une érudition qui se permet de surprendre, d'inquiéter, de faire sourire le spectateur cultivé. Architecte autant que peintre, il pense l'espace et le décor comme une seule et même machine à émouvoir.

L'ombre au tableau

Son goût du grandiose frôle parfois l'excès, et ses contemporains ont jugé certaines de ses œuvres licencieuses. Son départ précipité de Rome, vers 1524, aurait d'ailleurs été accéléré par le scandale des Modi, une série de gravures érotiques conçues avec Marcantonio Raimondi, que l'Église voulut faire disparaître. Cette réputation sulfureuse n'a pourtant pas entamé sa gloire : il demeure, jusqu'à sa mort à Mantoue en 1546, l'arbitre du goût de toute une cour.

Détail qui le rend unique : il est le seul artiste de la Renaissance nommément cité par Shakespeare, dans Le Conte d'hiver, où la statue vivante d'Hermione lui est attribuée.

Anecdote mémorable

Giulio Romano est le seul artiste de la Renaissance que Shakespeare cite par son nom : dans Le Conte d'hiver, la statue d'Hermione qui semble revenir à la vie est présentée comme l'œuvre de « ce rare maître italien, Jules Romain ». Curieux clin d'œil, car Giulio fut avant tout peintre et architecte — Vasari, pourtant, le décrivait aussi comme sculpteur.

Influences reçues

Formé dans l'atelier de Raphaël, dont il fut le principal élève et exécuteur, il hérite aussi de l'étude de l'Antiquité romaine et de l'ambition monumentale de Michel-Ange.

Influences exercées

Pionnier du maniérisme, il marque durablement l'architecture et la décoration de cour en Italie du Nord et nourrit, de Vasari à toute l'Europe, l'idée d'un art savant qui ose transgresser les règles classiques.

Importance historique

Giulio Romano est le passeur entre la Haute Renaissance de Raphaël et le maniérisme. Avec le Palazzo Te, il invente un art total où architecture, fresque et stuc fusionnent pour saisir le spectateur. Peintre et bâtisseur à la fois, il incarne l'artiste complet de la Renaissance.

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