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Illustre

Correggio, dit Le Corrège

Le Corrège, maître de la lumière et de l'illusion

v.1489-1534·Peintre·Correggio (Émilie) / Parme·peinture
« « Et moi aussi, je suis peintre ! » — mot que la tradition prête au Corrège découvrant, dit-on, une œuvre de Raphaël. »

Contributions & œuvres

Antonio Allegri, que l'on nomme d'après sa ville natale, Le Corrège, est le magicien de la douceur. Là où ses contemporains cherchaient la ligne nette et la majesté du dessin, lui a poursuivi une chose plus insaisissable : la caresse de la lumière sur la peau, le passage imperceptible de l'ombre au jour, cette brume dorée qui enveloppe les corps et les rend presque tangibles. Son sfumato n'a rien de froid ; il respire, il enveloppe, il donne à ses figures une chair tendre et vivante. Rien que pour cette sensibilité, il aurait sa place au premier rang.

Mais son audace véritable se joue en hauteur, sous les coupoles de Parme. À San Giovanni Evangelista, puis surtout à la cathédrale, avec l'Assomption de la Vierge, il ose ce que personne n'avait tenté : ouvrir le plafond sur le ciel. Le spectateur qui lève les yeux ne voit plus une surface peinte mais un gouffre lumineux, un tourbillon vertigineux de corps en raccourci qui montent vers la lumière. Les jambes, les bras, les nuées se bousculent en un mouvement ascendant qui semble aspirer le regard. C'est un coup de force perspectif inouï, une architecture illusoire qui abolit la voûte réelle.

Cette invention n'est pas un simple tour de main : Le Corrège y fonde tout un langage. L'illusionnisme des plafonds baroques, ces cieux qui s'ouvrent au-dessus des fidèles dans les églises des deux siècles suivants, descend en droite ligne de ces coupoles émiliennes. Il avait, seul et loin des grands foyers, deux siècles d'avance. Les décorateurs qui viendront après, jusqu'aux fresquistes du plein baroque, ne feront qu'amplifier ce qu'il avait déjà osé le premier.

Son génie ne s'arrête pas au sacré. Dans une série de tableaux profanes, dont la Danaé ou Jupiter et Io, il déploie une sensualité tendre et enveloppée, où le désir se dit par la lumière plus que par la pose. La nuée qui étreint Io, la pluie d'or qui baigne Danaé : la matière même de la peinture y devient sensation. Peu d'artistes ont su rendre avec cette délicatesse l'abandon, la chaleur et le trouble.

Anecdote mémorable

La légende, transmise par Vasari, veut que Le Corrège, homme modeste et provincial, ait été payé pour un travail en pièces de cuivre plutôt qu'en or. Il aurait chargé cette lourde monnaie sur son dos et l'aurait rapportée chez lui à pied, par une chaleur accablante ; épuisé et pris de fièvre, il en serait mort peu après. Le récit, touchant, dit bien la figure du maître méconnu, écrasé par le poids de sa peine — mais il s'agit d'une tradition rapportée longtemps après, non d'un fait établi.

Influences reçues

Formé dans le milieu émilien, Le Corrège doit beaucoup à Mantegna, dont il a pu étudier et prolonger les recherches de perspective et de raccourci, notamment le principe du plafond vu en contre-plongée. Il assimile aussi la douceur et l'idéal de grâce de Léonard de Vinci, dont le sfumato le marque durablement, ainsi que l'équilibre et la beauté des figures de Raphaël. De ces sources il tire une synthèse très personnelle, où la science de l'illusion se met au service de la tendresse.

Influences exercées

Son influence traverse les siècles. Ses coupoles ouvertes sur le ciel fondent l'illusionnisme décoratif qui triomphera dans le plafond baroque. Sa douceur sensuelle et sa lumière fondue seront redécouvertes et adorées à l'époque suivante : les peintres du baroque et surtout ceux du rococo, épris de grâce et de chair tendre, verront en lui un modèle. Sa manière nourrit toute une lignée d'artistes attentifs à la caresse de la lumière et à l'émotion douce.

Importance historique

Longtemps tenu pour un provincial travaillant à l'écart de Rome et de Venise, Le Corrège fut sous-estimé de son vivant et mourut relativement jeune, loin de la gloire éclatante d'un Raphaël ou d'un Titien. La postérité a rendu justice à ce solitaire : on reconnaît aujourd'hui en lui l'un des plus grands inventeurs de la peinture, celui qui, avant tout le monde, a fait s'ouvrir les plafonds sur l'infini et a porté la douceur de la lumière à un degré rarement atteint. Son audace tranquille a changé la manière de peindre le ciel.

Peintures (4)

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