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Danaé

Peinture

Danaé

Correggio, dit Le Corrège

vers 1531-1532·Galleria Borghese
Faire le puzzle de l'œuvre

Devant l'œuvre

Approchez-vous de cette toile et laissez vos yeux s'habituer à sa douceur. Une jeune femme est allongée nue sur sa couche, à demi soulevée, tandis qu'au-dessus d'elle un nuage doré descend et laisse filtrer une pluie d'or. C'est Danaé. Dans le récit antique repris par Ovide, son père l'a enfermée pour la tenir à l'écart des hommes ; mais Jupiter, épris d'elle, se glisse jusqu'à elle transformé en pluie d'or. Le Corrège ne montre ni prison ni violence : il choisit l'instant de l'accueil, presque du consentement paisible.

Le peintre, Antonio Allegri dit le Corrège, travaille ici pour un grand seigneur, Frédéric II Gonzague, duc de Mantoue. La toile appartient à un ensemble consacré aux Amours de Jupiter, cette suite d'épisodes où le maître des dieux prend mille formes pour rejoindre celles qu'il désire. On a pensé que cette série pouvait être destinée à un présent princier, peut-être offert à l'empereur Charles Quint. @@AVERIFIER (destination exacte de la série et cadeau à Charles Quint)

Regardez comment la lumière organise la scène. Elle vient du nuage, glisse sur le corps de Danaé, l'enveloppe sans le durcir. Le Corrège est célèbre pour ce sfumato, ces passages fondus où les contours se dissolvent dans une brume tendre. Rien ici n'accroche brutalement le regard : tout est modelé, adouci, comme si l'air lui-même était caressant.

Deux figures accompagnent Danaé. Tout près d'elle, un petit Amour ailé l'aide à recueillir l'or dans un drap tendu, comme on rassemble un trésor qui tombe. En bas de la composition, deux autres amours sont occupés à une besogne étrange : ils éprouvent une pointe de flèche sur une pierre. Vous êtes ainsi placé devant une scène intime et divine à la fois, où l'événement surnaturel se dit par la seule présence de cet or qui descend.

Symbolisme & lecture iconographique

La pluie d'or est le signe de Jupiter lui-même : le dieu ne paraît pas sous une forme humaine, il se donne à voir comme une lumière précieuse qui descend du nuage. C'est une façon de figurer le divin sans le représenter en personne. Le drap que Danaé et l'Amour tendent pour recueillir cet or dit l'accueil du don, l'acceptation de ce qui vient d'en haut.

En bas, les deux amours qui affûtent des pointes de flèche renvoient à la double nature de l'amour. Selon une tradition, une flèche d'or éveille le désir et l'amour partagé, une flèche de plomb inspire au contraire le refus. En les montrant en train d'aiguiser ces pointes, le peintre place au pied du lit une petite méditation sur l'amour qui répond et l'amour qui se dérobe. @@AVERIFIER (attribution précise de la flèche d'or / de plomb à chaque putto)

Analyse des émotions

Ce qui domine, c'est une sensualité calme, sans brutalité ni provocation. Danaé n'est pas surprise ni effrayée : son visage et son geste disent une sorte d'abandon serein. La douceur de la lumière, la mollesse de la couche, la tendresse des chairs invitent le spectateur à une émotion apaisée plutôt qu'à l'excitation. On ressent la chaleur d'un instant suspendu, où le merveilleux arrive sans fracas.

Secrets & mystères

  • Le dieu Jupiter est présent dans le tableau sans y avoir de corps : il est tout entier contenu dans le nuage et la pluie d'or.
  • Le Corrège choisit le moment de l'accueil paisible, non celui d'une contrainte : c'est un parti pris qui adoucit le mythe.
  • Le petit Amour aidant à recueillir l'or dans le drap transforme la scène en un geste presque domestique, celui de rassembler un trésor.
  • Les deux putti du bas, souvent négligés au premier regard, portent la vraie clé morale de l'œuvre : les flèches de l'amour partagé et de l'amour refusé.
  • La toile n'est pas isolée : elle fait partie d'une série sur les Amours de Jupiter, pensée comme un ensemble.
  • Le sfumato du Corrège, ces contours fondus, donne à toute la scène son atmosphère de tendreté et de lumière voilée.

Le saviez-vous ?

La toile a été conçue non comme une image religieuse ou publique, mais comme une œuvre destinée au plaisir d'un prince, dans le cadre d'une série galante sur les amours de Jupiter. Cette destination princière explique le climat d'intimité et de raffinement de la scène, pensée pour être regardée de près, dans un cadre privé. @@AVERIFIER (contexte précis de commande et parcours de l'œuvre jusqu'à la Galleria Borghese)

Le peintre

👤

Correggio, dit Le Corrège

v.1489-1534

Peintre

Rôle : Le Corrège, maître de la lumière et de l'illusion

Antonio Allegri, que l'on nomme d'après sa ville natale, Le Corrège, est le magicien de la douceur. Là où ses contemporains cherchaient la ligne nette et la majesté du dessin, lui a poursuivi une chose plus insaisissable : la caresse de la lumière sur la peau, le passage imperceptible de l'ombre au jour, cette brume dorée qui enveloppe les corps et les rend presque tangibles. Son sfumato n'a rien de froid ; il respire, il enveloppe, il donne à ses figures une chair tendre et vivante. Rien que pour cette sensibilité, il aurait sa place au premier rang.

Mais son audace véritable se joue en hauteur, sous les coupoles de Parme. À San Giovanni Evangelista, puis surtout à la cathédrale, avec l'Assomption de la Vierge, il ose ce que personne n'avait tenté : ouvrir le plafond sur le ciel. Le spectateur qui lève les yeux ne voit plus une surface peinte mais un gouffre lumineux, un tourbillon vertigineux de corps en raccourci qui montent vers la lumière. Les jambes, les bras, les nuées se bousculent en un mouvement ascendant qui semble aspirer le regard. C'est un coup de force perspectif inouï, une architecture illusoire qui abolit la voûte réelle.

Cette invention n'est pas un simple tour de main : Le Corrège y fonde tout un langage. L'illusionnisme des plafonds baroques, ces cieux qui s'ouvrent au-dessus des fidèles dans les églises des deux siècles suivants, descend en droite ligne de ces coupoles émiliennes. Il avait, seul et loin des grands foyers, deux siècles d'avance. Les décorateurs qui viendront après, jusqu'aux fresquistes du plein baroque, ne feront qu'amplifier ce qu'il avait déjà osé le premier.

Son génie ne s'arrête pas au sacré. Dans une série de tableaux profanes, dont la Danaé ou Jupiter et Io, il déploie une sensualité tendre et enveloppée, où le désir se dit par la lumière plus que par la pose. La nuée qui étreint Io, la pluie d'or qui baigne Danaé : la matière même de la peinture y devient sensation. Peu d'artistes ont su rendre avec cette délicatesse l'abandon, la chaleur et le trouble.

Origine : Correggio (Émilie) / Parme

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