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Illustre

Carlo Crivelli

Peintre de retables

v.1435-v.1495·Peintre·Venise / Marches·peinture
« « Carolus Crivellus Venetus » — la signature qu'il apposait fièrement sur ses œuvres, revendiquant à la fois sa ville d'origine et, plus tard, son titre de chevalier. »

Contributions & œuvres

Carlo Crivelli est l'un des tempéraments les plus singuliers de la première Renaissance italienne : un Vénitien à la ligne d'orfèvre, d'une préciosité que nul n'a su imiter. Sous son pinceau, chaque détail atteint une netteté presque hallucinée. Les drapés se plissent en cassures dures, comme du métal ou du papier froissé ; les visages se découpent d'un contour tranchant ; et rien n'échappe à son obsession du détail, jusqu'au moindre pli d'une manche ou au grain d'un fruit.

Sa marque de fabrique tient dans un vocabulaire décoratif inimitable. Crivelli aime suspendre au-dessus de ses saints de somptueuses guirlandes de fruits et de légumes — pommes, poires, concombres, courges — peintes en trompe-l'œil avec une virtuosité qui les rend presque palpables. Il pousse plus loin encore en employant la pastiglia, cette technique d'or en relief modelé sur le panneau : couronnes, orfèvreries, mitres et bijoux débordent littéralement de la surface peinte, brouillant la frontière entre peinture et sculpture.

Son art relève d'un choix esthétique à contre-courant. Là où Florence invente une modernité douce, mesurée, tournée vers un naturalisme équilibré, Crivelli maintient et exacerbe l'héritage gothique tardif : art hyper-décoratif, somptuaire, cérébral, où l'ornement n'est jamais un accessoire mais le cœur même du tableau. On le décrit volontiers comme un gothique tardif greffé sur la Renaissance — ni tout à fait d'hier, ni tout à fait d'aujourd'hui.

Son œuvre se compose presque exclusivement de retables religieux : Vierges à l'Enfant, Annonciations, saints en majesté, polyptyques destinés aux églises des Marches. Sa plus célèbre réussite, l'Annonciation avec saint Émidius (1486), déploie toute sa science de la perspective et de l'illusion, mêlant architecture fastueuse, profusion d'objets précieux et ce fameux rayon divin qui traverse l'espace pour atteindre la Vierge.

Anecdote mémorable

Crivelli ne se contentait pas de signer « Venetus » pour rappeler ses origines : à la fin de sa vie, il ajoute fièrement à sa signature le titre de miles, chevalier — une distinction qu'il aurait reçue et dont il tirait une évidente vanité. Rare orgueil affiché chez un peintre exilé loin des grands centres, qui tenait à inscrire sur ses panneaux à la fois d'où il venait et ce qu'il était devenu.

Influences reçues

Formé dans le milieu vénitien, Crivelli hérite d'abord de la tradition locale, notamment de l'atelier des Vivarini, et de la culture picturale de Padoue marquée par Squarcione et par le goût archéologique pour l'Antiquité, les guirlandes et les fruits en trompe-l'œil. @@AVERIFIER (nature exacte et durée de sa formation vénitienne et padouane). De ce socle, il retient le sens de la ligne incisive et du décor foisonnant, qu'il porte à un degré d'exaspération tout personnel. Contrairement à ses contemporains, il ne se laisse pas gagner par le naturalisme atmosphérique qui gagne alors la lagune.

Influences exercées

De son vivant et longtemps après, Crivelli reste un cas à part, sans véritable école. Sa redécouverte se fait à l'époque moderne : les préraphaélites anglais du XIXe siècle, épris de préciosité linéaire et de ferveur archaïsante, le célèbrent avec passion et contribuent à le réhabiliter. Les grandes collections britanniques rassemblent alors nombre de ses panneaux, faisant de ce Vénitien oublié une figure de culte pour les amateurs d'un Moyen Âge sublimé.

Importance historique

Carlo Crivelli occupe une place singulière : celle d'un artiste qui a osé refuser la « modernité » pour cultiver un art tranchant, somptuaire et obsessionnel, fidèle à une vision purement personnelle. Sa nuance est aussi biographique : condamné pour adultère et emprisonné à Venise, il quitte sa ville et accomplit toute sa carrière exilé dans les Marches, loin des grands foyers artistiques. @@AVERIFIER (détails et datation de la condamnation pour adultère et de la peine de prison). Cet éloignement explique en partie son relatif oubli, avant que la modernité ne redécouvre en lui l'un des orfèvres les plus fascinants de la peinture italienne.

Peintures (2)

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