Histoire
Ce tombeau monumental est, avec le tombeau des enfants de Charles VIII à Tours, le chef-d'œuvre absolu de Michel Colombe et l'un des sommets de la sculpture funéraire Renaissance française. Il fut commandé par Anne de Bretagne, reine de France et dernière duchesse souveraine de Bretagne, pour honorer la mémoire de ses parents : François II, dernier duc indépendant de Bretagne, mort en 1488, et sa seconde épouse Marguerite de Foix, morte en 1486.
Le projet débute en 1499. Anne s'adresse au peintre du roi Jean Perréal, qui livre les dessins, puis confie l'exécution à Michel Colombe et à son atelier nantais. Les marbres viennent de Carrare ; les artisans tailleurs italiens du chantier introduisent en Bretagne le vocabulaire ornemental ultramontain. L'œuvre est achevée en 1507. Elle se dressait à l'origine dans l'église des Carmes de Nantes ; après la destruction de celle-ci à la Révolution, le tombeau fut sauvé miraculeusement et transporté en 1819 à la cathédrale Saint-Pierre où il se trouve aujourd'hui.
Sur une cuve en marbre noir de plus de trois mètres de long reposent deux gisants en marbre blanc : François II en armure d'apparat, Marguerite en robe ducale, mains jointes, leurs têtes posées sur de riches coussins ornés de leurs blasons. Aux quatre angles se dressent quatre statues monumentales allégorisant les vertus cardinales — Justice, Force, Tempérance, Prudence. Aux flancs de la cuve, douze niches abritent les apôtres en bas-relief, et douze pleurants en ronde-bosse occupent les compartiments inférieurs, drapés dans leurs grandes capes funéraires.
Le tombeau cristallise une transition stylistique : encore enraciné dans la grammaire gothique tardif (les niches à dais, certains drapés), il s'ouvre déjà aux préceptes italiens (proportions, rinceaux, médaillons, candélabres). La sculpture de la Justice — vêtue à l'antique, calme et frontale — est universellement admirée.
À voir absolument
- Les deux gisants de François II et Marguerite de Foix, d'une finesse de modelé inégalée — observer les paupières, les boucles de cheveux, les broderies des vêtements
- La statue de la Justice à l'angle sud-ouest, vêtue à l'antique, portant la balance et l'épée — sommet de la sculpture française du XVIe
- La statue de la Force, en armure et tenant un château miniature symbolisant la défense de la Bretagne
- La statue de la Tempérance au mors et au sablier, allégorie du contrôle de soi
- La statue de la Prudence, vieille femme à miroir d'un côté, jeune femme regardant l'avenir de l'autre — figure à double visage emblématique
- Les douze apôtres dans leurs niches sur le pourtour de la cuve
- Les pleurants en cape aux compartiments inférieurs, vêtus comme à un enterrement contemporain
- Les blasons aux quatre angles et inscriptions latines évoquant les vertus du duc
Anecdotes & secrets
Anne de Bretagne, qui commande le tombeau de ses parents, est l'un des personnages les plus marquants de l'histoire de France. Mariée à treize ans à Charles VIII, puis à Louis XII après le veuvage, deux fois reine de France, elle ne renonça jamais à sa Bretagne — qui ne fut juridiquement annexée qu'en 1532, vingt ans après sa mort. Son cœur, par testament, fut envoyé à Nantes où il reposa dans l'église des Carmes ; transféré à la cathédrale, puis volé en 2018 et heureusement retrouvé, il est aujourd'hui conservé au Musée Dobrée de Nantes dans un reliquaire d'or en forme de cœur — émouvant écho à ce tombeau parental qu'elle fit ériger.
Lors de la profanation des sépultures à la Révolution, des sans-culottes pénétrèrent dans l'église des Carmes pour briser le monument. Le sculpteur municipal Pierre Cacault parvint à les convaincre, in extremis, que l'œuvre avait valeur artistique nationale. Le tombeau fut démonté, mis à l'abri pendant un quart de siècle, puis remonté pierre à pierre à la cathédrale Saint-Pierre en 1819 — opération de génie patrimonial.
Conseils de visite
Cathédrale ouverte tous les jours de 8h30 à 19h, entrée libre. Le tombeau occupe la chapelle du transept sud, abrité par une grille de fer forgé. La lumière naturelle de l'après-midi met particulièrement en valeur le marbre blanc. Une plaque explicative en français et anglais accompagne l'œuvre. Combiner avec la visite du château des Ducs de Bretagne tout proche et du musée Dobrée pour découvrir le cœur d'Anne de Bretagne. Nantes accessible en TGV depuis Paris (2h15).
Contexte économique, social et religieux
Ce tombeau monumental est, avec le tombeau des enfants de Charles VIII à Tours, le chef-d'œuvre absolu de Michel Colombe et l'un des sommets de la sculpture funéraire Renaissance française. Il fut commandé par Anne de Bretagne, reine de France et dernière duchesse souveraine de Bretagne, pour honorer la mémoire de ses parents : François II, dernier duc indépendant de Bretagne, mort en 1488, et sa seconde épouse Marguerite de Foix, morte en 1486.



