Devant l'œuvre
L'église des Cordeliers — gothique flamboyant, consacrée en 1487 après la victoire de René II sur Charles le Téméraire — est la chapelle funéraire des ducs de Lorraine. Dans sa nef, Ligier Richier sculpta le gisant de Philippe de Gueldres, seconde épouse de René II, devenue sœur clarisse après la mort de son mari. Ce gisant est l'une des grandes œuvres de la sculpture française de la Renaissance : Philippe de Gueldres est représentée non en reine fastueuse mais en religieuse mourante — vêtue de l'habit des Clarisses, les traits du visage creusés par l'âge et la mortification, les mains jointes en prière. C'est la mort volontaire de la grandeur mondaine.
Symbolisme & lecture iconographique
Philippe de Gueldres, après la mort de René II (1508), entra dans l'ordre des Clarisses (Franciscaines de la deuxième règle) et vécut dans la pauvreté et la prière jusqu'à sa mort en 1547. Son choix — renoncer à la royauté pour le cloître — est le même que celui de saint Louis de Toulouse (voir Dijon, Vivarini). Ce gisant représente ce choix : les vêtements de religieuse à la place des ornements royaux.
Analyse des émotions
Ce gisant de Philippe de Gueldres est un portrait de la mort choisie — la femme qui a renoncé à tout pour suivre Dieu, représentée au moment de sa mort dans l'habit qu'elle avait choisi. Il n'y a pas de tristesse dans ce visage — il y a la paix de quelqu'un qui a vécu selon ses convictions. C'est l'une des images les plus nobles de la mort dans toute la sculpture française.
Secrets & mystères
Ligier Richier est le sculpteur lorrain le plus important de la Renaissance — et l'un des plus mystérieux. Comparé parfois à Michel-Ange (sans preuves), il développa un style réaliste et expressif unique dans la sculpture française du XVIe siècle. Ce gisant de Philippe de Gueldres est l'une des rares œuvres qu'il signa — indirectement : son style est si reconnaissable que les historiens de l'art l'identifient sans hésitation. Ligier Richier se convertit au protestantisme à la fin de sa vie et s'exila à Genève — dans la capitale même du calvinisme, lui le sculpteur qui avait passé sa vie à sculpter des images religieuses pour des commanditaires catholiques.
Le saviez-vous ?
L'église des Cordeliers de Nancy contient plusieurs tombeaux des ducs de Lorraine — dont celui de René II (mort en 1508), le duc qui vainquit Charles le Téméraire à la bataille de Nancy en 1477. Ce tombeau, attribué au sculpteur Mansuy Gauvain, est l'autre grande sculpture funéraire de l'église. La victoire sur Charles le Téméraire (qui mit fin à la Bourgogne indépendante) est l'événement fondateur de l'identité de la Lorraine ducale — et Nancy en est la ville-mémoire.

