Histoire
L'hôtel de Bourgtheroulde, sur la place de la Pucelle à Rouen, est l'un des plus précieux ensembles sculpturaux civils Renaissance subsistants en France. Édifié entre 1500 et 1532 pour la famille Le Roux — riche dynastie de magistrats normands liée par le sang à l'archevêque Georges d'Amboise — le bâtiment combine les dernières expressions du gothique flamboyant avec les premières manifestations du style Renaissance pénétrant en Normandie via le chantier voisin du château de Gaillon.
La cour intérieure abrite les façades les plus richement sculptées. Guillaume II Le Roux, propriétaire du début du XVIe, fit décorer les murs d'un programme iconographique exceptionnel mêlant scènes profanes, religieuses et politiques. Les bas-reliefs les plus célèbres représentent l'entrevue du Camp du Drap d'Or — rencontre historique entre François Ier et Henri VIII d'Angleterre en juin 1520 près de Calais — où les deux souverains tentèrent de sceller une alliance qui finit en compétition de luxe ostentatoire. Sept tableaux sculptés détaillent les épisodes de cette rencontre : entrée des rois, tournois, festins, danses, conférences diplomatiques. C'est l'un des témoignages visuels les plus contemporains de cet événement.
Un second cycle, sur la galerie voisine, illustre des scènes des Triomphes de Pétrarque — œuvre poétique italienne très populaire à la Renaissance, dont les six chants allégoriques (l'Amour, la Chasteté, la Mort, la Renommée, le Temps, la Divinité) ont été magnifiquement sculptés en pierre. C'est l'une des premières adaptations sculpturales de ce texte humaniste majeur en France.
Le style mêle gothique flamboyant (arcs en accolades, niches à dais) et Renaissance (médaillons, putti, candélabres, rinceaux). L'ensemble est classé monument historique depuis 1862. Aujourd'hui, l'hôtel abrite un hôtel de luxe (Hôtel de Bourgtheroulde - Autograph Collection), mais la cour reste accessible au public en journée.
À voir absolument
- L'ensemble de la cour intérieure, première impression à saisir en entrant — façades sur trois côtés
- Les sept bas-reliefs du Camp du Drap d'Or, sur la galerie principale — récits sculptés de la rencontre de 1520
- Les six bas-reliefs des Triomphes de Pétrarque, sur la galerie voisine — allégories sculptées d'inspiration humaniste
- Les médaillons à profil antique rythmant les pilastres, importés de la grammaire italienne
- Les arcs en accolade flamboyants au-dessus des fenêtres, héritage gothique encore présent
- Les gargouilles et grotesques sculptés aux angles
- L'escalier d'apparat dans la tour d'angle (visible depuis la cour)
- La façade extérieure sur la place de la Pucelle, plus sobre mais ornée de bas-reliefs gothico-Renaissance
Anecdotes & secrets
L'entrevue du Camp du Drap d'Or (7-24 juin 1520) reste l'un des sommets de la diplomatie Renaissance — et l'un de ses plus retentissants échecs. François Ier et Henri VIII se rencontrèrent dans un campement éphémère entre Guînes et Ardres, théâtralisé par mille tentes dorées, des fontaines de vin, des trésors d'orfèvrerie, des banquets pantagruéliques. Officiellement, les deux rois discutaient d'une alliance contre Charles Quint. En réalité, ils rivalisaient par l'ostentation. La rencontre se termina sans aucune décision politique concrète — et Henri VIII s'allia rapidement après à Charles Quint. Le programme sculpté de Bourgtheroulde célèbre néanmoins ce moment d'éclat, peut-être parce que Guillaume Le Roux y avait personnellement participé comme membre de la délégation française.
La famille Le Roux, propriétaire de l'hôtel, fournit également Roulland Le Roux, le maître maçon de la cathédrale de Rouen qui dirigea la construction du tombeau des cardinaux d'Amboise (1515-1525, voir fiche). La continuité familiale entre programme civil et programme religieux est saisissante : les mêmes ateliers de sculpture travaillèrent pour les deux commandes, dans les mêmes décennies, avec le même vocabulaire stylistique.
Conseils de visite
Cour intérieure accessible librement en journée (8h-19h selon les saisons). Possibilité de prendre un café à la terrasse de l'hôtel pour profiter plus longuement de l'ambiance. Combiner avec la visite de la cathédrale Notre-Dame de Rouen (à 5 minutes), notamment ses deux tombeaux Renaissance (Cardinaux d'Amboise et Louis de Brézé — voir fiches dédiées), de l'église Saint-Maclou (gothique flamboyant), et du Gros-Horloge. La place de la Pucelle, où se trouve l'hôtel, est nommée en mémoire de Jeanne d'Arc brûlée tout près en 1431. Rouen accessible depuis Paris-Saint-Lazare en train (1h15).
Contexte économique, social et religieux
L'hôtel de Bourgtheroulde, sur la place de la Pucelle à Rouen, est l'un des plus précieux ensembles sculpturaux civils Renaissance subsistants en France. Édifié entre 1500 et 1532 pour la famille Le Roux — riche dynastie de magistrats normands liée par le sang à l'archevêque Georges d'Amboise — le bâtiment combine les dernières expressions du gothique flamboyant avec les premières manifestations du style Renaissance pénétrant en Normandie via le chantier voisin du château de Gaillon.

