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Apollo en Diana straffen Niobe — Abraham Bloemaert, 1591

✦ Peinture ✦

Apollon et Diane châtiant Niobé — Abraham Bloemaert, 1591

Abraham Bloemaert

1591·Statens Museum for Kunst (SMK), Copenhague, Danemark · Copenhague
Faire le puzzle de l'œuvre

Histoire de l'art — Contexte & Singularité

Niobé s'était vantée d'avoir plus d'enfants que la déesse Latone : pour la punir, Apollon et Diane abattent un à un ses quatorze enfants à coups de flèches. Abraham Bloemaert, jeune Utrechtois de vingt-cinq ans, en fait une scène de chaos et d'effroi, jonchée de corps qui s'effondrent. C'est un morceau de bravoure maniériste, où le peintre se mesure ouvertement à son modèle, Cornelis van Haarlem.

Guide du regard — la pluie de flèches Levez d'abord les yeux vers le ciel : Apollon et Diane, sur les nuées, décochent leurs traits. Puis redescendez vers la terre jonchée de victimes. Bloemaert relie le haut et le bas par la trajectoire des flèches, organisant le massacre en une composition à la fois éclatée et lisible.

Guide du regard — corps en tous sens Détaillez les poses des enfants abattus : tordus, renversés, raccourcis, chacun dans une attitude différente. Comme Cornelis van Haarlem au même moment, Bloemaert traite la scène tragique comme un répertoire de nus en mouvement. Les carnations claires se détachent sur des fonds sombres et orageux.

Le saviez-vous ?

À vingt-cinq ans, Bloemaert imite de si près Cornelis van Haarlem qu'on a longtemps rapproché les deux artistes. Il deviendra pourtant le grand maître d'Utrecht du siècle suivant, formant des dizaines d'élèves (dont plusieurs « caravagesques d'Utrecht »). En 1596, il peint un autre chef-d'œuvre maniériste, Moïse faisant jaillir l'eau du rocher, aujourd'hui au Metropolitan de New York.

Sources

  1. 1.Statens Museum for Kunst (SMK), Copenhague, Danemark, inv. à confirmer auprès du SMK

Le peintre

👤

Abraham Bloemaert

1566-1651

Rôle : peintre & pédagogue

S'il fallait retenir un seul mérite d'Abraham Bloemaert, ce serait celui-ci : il fut le maître. De son atelier d'Utrecht sortit une part immense de la peinture néerlandaise du Siècle d'or naissant — les Caravagesques Honthorst, ter Brugghen et van Baburen, mais aussi des dizaines d'autres. Peintre lui-même prolifique et versatile, il fut surtout le grand passeur d'un art à l'autre.

Le caméléon d'Utrecht

Né à Gorinchem en 1566, fils d'un architecte-sculpteur, Bloemaert grandit et s'établit à Utrecht, cité catholique restée fidèle aux images. Sa longue vie — quatre-vingt-cinq ans — lui fit traverser tous les styles : maniérisme échevelé de jeunesse, dans le sillage de Haarlem ; puis retour au naturel ; puis, sous l'influence de ses propres élèves rentrés de Rome, une touche de caravagisme ; enfin un classicisme apaisé. Peintre d'histoire, de scènes bibliques, de paysages parsemés de chaumières et de bergers, il fournit aussi des modèles pour vitraux et gravures. Cette faculté d'adaptation permanente fait sa force — et sa part d'ombre.

Le maître, sa gloire et sa part d'ombre

Car à force de tout embrasser, Bloemaert n'imposa jamais un style qui fût pleinement le sien : on lui a reproché d'être un excellent second partout, un premier nulle part, un talent dilué dans son éclectisme. C'est passer à côté de l'essentiel. Son véritable chef-d'œuvre fut son enseignement. Catholique dans une ville qui l'était restée, il attira les élèves de tout le pays et forma la génération qui allait faire la gloire d'Utrecht. Son Tekenboek, recueil de modèles de dessin gravé et publié après sa mort, servit de manuel à des générations d'apprentis à travers l'Europe. Un maître se juge aussi à ses disciples : à cette aune, Bloemaert fut l'un des plus grands.

Infos / repères

Abraham Bloemaert naquit à Gorinchem en 1566 et mourut à Utrecht en 1651. Peintre versatile et surtout grand pédagogue, il forma les Caravagesques d'Utrecht (Honthorst, ter Brugghen, van Baburen) et bien d'autres. Son Tekenboek fut un manuel de dessin européen.

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