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Jardins des Archives nationales (Hôtel de Soubise)

Parcs et Jardins

Jardins des Archives nationales (Hôtel de Soubise)

XVIIIe·jardin·Paris 3ème·Classé MH

Histoire

Au cœur du Marais, derrière les façades du grand quadrilatère des Archives nationales, ce jardin déploie ses huit mille mètres carrés de parterres à la française sur ce qui fut, dès le début du XVIIIe siècle, l'écrin paysager de deux hôtels princiers : l'hôtel de Soubise et l'hôtel de Rohan. Le premier, acquis en 1700 par François de Rohan-Soubise, est entièrement reconstruit par l'architecte Pierre-Alexis Delamair de 1705 à 1709, dans un style classique sobre. Son intérieur est ensuite décoré par Germain Boffrand, virtuose du rocaille parisien, dont les salons demeurent l'un des sommets de l'art décoratif Régence-Louis XV.

Le jardin d'origine est dessiné dans la pure tradition française, avec parterres de broderie, allées géométriques et bosquets. Mais sa fonction reste privée — peu de visiteurs accèdent à ces parterres tout au long des XVIIIe et XIXe siècles. En 1808, Napoléon installe les Archives impériales dans l'hôtel de Soubise, devenu propriété d'État. Le jardin demeure pourtant fermé, transformé peu à peu en cour de service et en parking pour les véhicules officiels.

Le tournant arrive deux siècles plus tard. En 2011, dans le cadre d'une grande politique d'ouverture des Archives, le ministère de la Culture confie au paysagiste Louis Benech — l'un des grands noms du jardin contemporain, qui a notamment restauré une partie des Tuileries et travaillé à Versailles — la mission de redessiner et d'ouvrir le quadrilatère au public. Benech respecte l'esprit du XVIIIe en proposant un jardin clair, symétrique, sans excès décoratifs, qui valorise les façades historiques sans les concurrencer.

L'ouverture du jardin coïncide avec une campagne de restauration des hôtels eux-mêmes, dont la cour d'honneur de l'hôtel de Soubise — l'une des plus belles cours d'apparat de Paris, avec sa colonnade en demi-cercle — est entièrement nettoyée. Aujourd'hui, le jardin est devenu un secret partagé du Marais : fréquenté par les habitants du quartier qui y viennent lire ou déjeuner, presque ignoré des touristes qui filent vers la Place des Vosges voisine.

À voir absolument

  • La cour d'honneur de l'hôtel de Soubise, en hémicycle bordé d'une colonnade jumelée — chef-d'œuvre de l'architecture classique parisienne, à l'entrée principale rue des Francs-Bourgeois
  • Les parterres à la française redessinés par Louis Benech en 2011, taillés au cordeau dans le quadrilatère central
  • La façade arrière de l'hôtel de Soubise, peut-être plus belle encore que la façade d'apparat, visible depuis le jardin
  • Le portail principal de l'hôtel de Rohan, signé du même Delamair, à l'angle nord-est du jardin (côté rue Vieille-du-Temple)
  • Les chevaux du Soleil de Robert Le Lorrain (1738) au-dessus du portail des écuries de l'hôtel de Rohan — bas-relief monumental fascinant
  • L'aile des grands dépôts, longue bâtisse XIXe siècle où sont conservés les documents fondateurs de la nation française
  • Les bancs de pierre disposés en arc, qui invitent au repos sous les ombres légères des charmilles taillées
  • L'ancien jardin botanique côté nord, redessiné en parterres ornementaux par Benech

Anecdotes & secrets

Sous les pavés de la cour d'honneur dorment certains des documents les plus précieux de l'histoire de France. Les Archives nationales conservent, à quelques mètres seulement du jardin, l'édit de Nantes signé par Henri IV en 1598, le Serment du Jeu de paume du 20 juin 1789, la lettre de Marie-Antoinette écrite avant son exécution, le testament de Louis XIV, le traité de Verdun (843)... Le sous-sol du quadrilatère contient ainsi près de cinquante kilomètres linéaires de documents, dont les plus anciens remontent au VIIe siècle mérovingien.

Pendant les Trois Glorieuses (juillet 1830), l'hôtel de Soubise est utilisé comme caserne provisoire par les insurgés républicains qui menacent Charles X. Les Archives nationales, alors logées au même endroit, échappent miraculeusement à tout pillage — les révolutionnaires ayant compris, dit-on, qu'ils défendaient leur propre mémoire collective. Plus tard, sous la Commune de 1871, les versaillais évacuent en hâte les documents les plus précieux pour les protéger des incendies qui ravagent une partie du Marais.

Détail méconnu : les écuries de l'hôtel de Rohan abritent depuis 2017 le Musée des Archives nationales, ouvert au public et gratuit (sauf expositions temporaires). On peut y voir le casque d'argent de Childéric, des chartes wisigothiques, des comptes mérovingiens — un voyage de quinze siècles en quelques salles.

Conseils de visite

Les fins d'après-midi de printemps et d'automne offrent la lumière la plus magnifique sur les façades dorées des hôtels. L'été, viser l'ombre sous les charmilles en bordure de jardin. Comptez 30 à 45 minutes pour le jardin seul, deux heures supplémentaires si vous combinez la visite du Musée des Archives nationales.

À proximité immédiate, Café Loustic rue Chapon (café de spécialité) et L'As du Fallafel rue des Rosiers (à 5 minutes) sont les deux pôles populaires du Marais. Plus chic, le restaurant Loulou'Friendly Diner ou les terrasses de la Place du Marché-Sainte-Catherine offrent des pauses agréables. Le jardin est ouvert du lundi au vendredi de 8h à 19h-21h selon la saison, samedi-dimanche jusqu'à 19h-22h. Entrée libre. Accessibilité PMR aisée, sol plat partout.

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