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Jardin de l'Institut suédois (Hôtel de Marle)

Parcs et Jardins

Jardin de l'Institut suédois (Hôtel de Marle)

XVIIe / 1971·jardin·Paris 3ème·Classé MH

Histoire

Le jardin de l'Institut suédois est l'écrin d'un des plus beaux hôtels particuliers Renaissance encore préservés du Marais : l'hôtel de Marle, construit en 1572 pour Christophe Hector de Marle, conseiller au Parlement de Paris. À l'époque, le quartier est en pleine mutation : le grand lotissement de la couture Sainte-Catherine — ancienne campagne maraîchère du prieuré du même nom — vient d'être tracé, et nobles, magistrats et financiers s'y font construire des demeures somptueuses. La rue Payenne, dont le nom rappelle le notaire Guillaume Payen qui lotit le quartier, devient l'une de ses adresses les plus prisées.

Hector de Marle élève une demeure entre cour et jardin, ornée d'une charpente carénée à l'impériale dite à la Philibert Delorme, l'une des innovations architecturales du XVIe siècle français. Il y vit plus de trente ans. Au début du XVIIe siècle, l'hôtel passe entre les mains de Charles Duret de Chevry, président de la Chambre des comptes, qui fait construire en parallèle l'hôtel Duret de Chevry voisin. Son fils, Charles II, agrandit l'hôtel de Marle vers 1639 en y ajoutant des ailes sur cour.

L'hôtel traverse les siècles en changeant souvent de propriétaires. Vers 1775, il échoit à Yolande de Polastron, comtesse de Polignac, gouvernante des enfants royaux et amie intime — peut-être trop intime, disait la chronique — de Marie-Antoinette. Forcée à l'exil en juillet 1789, elle meurt de chagrin en Autriche, deux mois après l'exécution de la reine. L'hôtel sombre ensuite dans une longue déchéance : maison d'éducation au XIXe, division en appartements, locaux commerciaux, et finalement transformation de l'ancien jardin en hangar-garage à la fin du XIXe.

Le salut vient en 1965. L'État suédois rachète l'hôtel, en restaure les façades classées, redécouvre lors des travaux des plafonds peints du XVIIe siècle portant le monogramme CM de Christophe de Marle. L'Institut suédois ouvre en 1971 ; il reste à ce jour le seul centre culturel suédois à l'étranger. Une nouvelle rénovation, conduite en 2017, accentue la dimension nordique du lieu — accessibilité repensée, café FIKA, mobilier minimaliste. Le jardin retrouve sa vocation contemplative.

À voir absolument

  • La cour pavée d'entrée, vue première sur la façade Renaissance de l'hôtel de Marle, immédiatement après le portail bleu de la rue Payenne
  • La charpente carénée à la Philibert Delorme, toiture caractéristique en demi-cercle visible depuis le jardin arrière — l'une des plus anciennes encore en place à Paris
  • Le jardin intime à l'arrière, ouvert au public, ponctué de sculptures suédoises du XXe siècle
  • Le sauna en forme d'œuf à facettes des artistes Bigert & Bergström, installé dans le jardin lors de la rénovation de 2017 — disponible sur réservation
  • Le café FIKA, niché dans l'aile droite, dont la terrasse pavée donne sur la cour — célèbre pour ses brioches à la cannelle (kanelbullar) et son menu d'inspiration nordique
  • Les plafonds peints à la française redécouverts en 1967, visibles au rez-de-chaussée — poutres et solives ornées du chiffre CM
  • La galerie d'expositions au rez-de-chaussée, ouverte gratuitement au public, qui présente la création contemporaine suédoise
  • L'escalier d'honneur du XVIIIe siècle dans l'aile droite, attribué à Alexandre d'Argouges, dernier propriétaire avant la Révolution

Anecdotes & secrets

La comtesse de Polignac est l'une des figures les plus controversées de l'Ancien Régime. Surnommée la duchesse Yolande, élégante, frivole, criblée de dettes payées par la reine, elle catalysait les rancœurs populaires contre la cour. Quand on lui demanda où passait l'argent du royaume, le pamphlétaire répondait : à Trianon, à Polignac, à la galanterie. Elle quitte Versailles le 16 juillet 1789, déguisée en femme de chambre, sur ordre de Marie-Antoinette qui lui sauve la vie en l'éloignant. De Vienne, elle écrit à la reine des lettres déchirantes ; elle meurt d'un cancer foudroyant le 9 décembre 1793, dévorée — disent les médecins — par le chagrin.

Lorsque les ouvriers de 1967 décapent les enduits des plafonds, ils découvrent stupéfaits une forêt de peintures à la française des années 1640, parfaitement préservées sous trois siècles de plâtre. Le motif central porte le chiffre CM entrelacé, qui valide définitivement la datation et l'attribution à la famille de Marle. Plusieurs salles entières ont ainsi retrouvé leur décor d'origine.

Détail réjouissant : le sauna-œuf des artistes Bigert & Bergström, installé en plein milieu du jardin, est fonctionnel— il peut accueillir six personnes pour des séances suédoises traditionnelles, sur réservation. Une expérience surréaliste en plein Marais. Et le FIKA, mot suédois intraduisible qui désigne le rituel quotidien de la pause café avec viennoiserie, donne son nom au café-restaurant : prenez-y unkanelbulle (brioche à la cannelle), c'est l'expérience suédoise minimale à Paris.

Conseils de visite

Avril-juin pour profiter de la cour et du jardin aux beaux jours, et particulièrement les soirs d'été où l'Institut organise concerts, cinéma en plein air et fête de la musique. L'été, terrasse FIKA prise d'assaut le week-end : viser un jour de semaine ou réserver. L'hiver, l'intérieur de l'hôtel (galerie, bibliothèque) offre une chaleur scandinave bienvenue. Comptez une heure pour visiter le jardin et les espaces accessibles, plus si exposition temporaire.

Le café FIKA propose un brunch suédois mémorable les samedis et dimanches. À proximité, L'As du Fallafel rue des Rosiers ou le musée Carnavalet (gratuit, à 5 minutes) prolongent magnifiquement la visite. L'hôtel Salé / musée Picasso est à 200 mètres. Institut et jardin ouverts du mardi au dimanche, 12h-18h ; entrée libre. Fermé le lundi. Accessibilité PMR repensée en 2017.

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