Histoire
L'histoire de ce jardin commence avec Richelieu. Le cardinal, devenu Premier ministre de Louis XIII, fait bâtir entre 1633 et 1639 un palais cardinal à proximité immédiate du Louvre, jardin compris. Jacques Lemercier en dessine l'ensemble, créant une vaste cour précédant des parterres et un grand bassin. À sa mort, Richelieu lègue le domaine à la Couronne : le palais devient palais royal, accueille un temps Anne d'Autriche et le jeune Louis XIV, puis passe aux mains de la branche d'Orléans qui le conservera jusqu'à la Révolution.
Le tournant majeur arrive en 1781, lorsque Louis-Philippe Joseph, duc d'Orléans — futur Philippe Égalité —, criblé de dettes, décide de monétiser ses jardins. L'architecte Victor Louis dessine trois ailes de bâtiments à arcades autour du parterre, dans lesquelles le duc loge sur trois étages des cafés, restaurants, théâtres, boutiques de mode, salons de jeux et appartements meublés. Le Palais-Royal devient en quelques mois l'épicentre absolu de la vie parisienne : on y vient pour s'amuser, conspirer, faire fortune, ruiner son nom ou trouver une compagne d'un soir. Camille Desmoulins y prononce le 12 juillet 1789 le discours qui appelle à prendre les armes — deux jours avant la prise de la Bastille.
Au XIXe siècle, l'Empire et la Restauration prolongent l'aura tapageuse du lieu, jusqu'à ce que Louis-Philippe, devenu roi, fasse fermer les tripots en 1836. Le jardin retrouve alors sa vocation contemplative. La galerie d'Orléans, ajoutée en 1828, sera reconstruite plusieurs fois ; les Galeries de Bois, démolies vers 1830, laissent place aux parterres actuels. Au XXe siècle, Colette vit ses dernières années dans un entresol au-dessus des arcades, fenêtres ouvertes sur les marronniers ; Jean Cocteau habite deux étages plus haut.
La grande rénovation contemporaine intervient en 1986 avec l'installation des colonnes de Daniel Buren dans la cour d'honneur — œuvre alors si controversée que les passions s'enflamment dans la presse. Quarante ans plus tard, les colonnes appartiennent au paysage parisien et drainent quotidiennement des milliers de visiteurs, photographes, danseurs et amoureux.
À voir absolument
- Les colonnes de Buren (1986), 260 piliers de marbre noir et blanc rayés installés dans la cour d'honneur — passage obligé, surtout à la nuit tombante quand les lumières rasantes les caressent
- Les fontaines à boules de Pol Bury (1985), aux sphères d'acier inox flottant dans deux bassins, sous les arcades nord près de la cour d'honneur
- Le Charmeur de serpents d'Adolphe Thabard et le Pâtre et la chèvre de Paul Lemoyne, sculptures du XIXe parsemées dans les bosquets latéraux
- Les doubles rangées de tilleuls et marronniers taillées en rideau, qui encadrent le grand parterre central
- Le bassin circulaire au centre du jardin, lieu de promenade des enfants et de leurs petits voiliers
- La galerie de Valois et la galerie de Montpensier, sous les arcades, où subsistent quelques boutiques mythiques comme Didier Ludot (mode vintage) ou Serge Lutens (parfums)
- Le canon méridien solaire, petit canon installé en 1786 sous les arcades qui tirait chaque midi solaire grâce à une loupe brûlant la mèche — toujours visible, remis en service rituellement
- La plaque commémorative marquant l'emplacement de l'ancien Café de Foy d'où Desmoulins harangua la foule en 1789
Anecdotes & secrets
Les arcades du Palais-Royal vibrent d'histoires littéraires. C'est dans la galerie de Beaujolais que se cache Le Grand Véfour, restaurant ouvert en 1784, fréquenté tour à tour par Bonaparte et Joséphine, Hugo, Lamartine, George Sand, Colette, Cocteau, Malraux. Chaque banquette porte aujourd'hui le nom d'un client illustre. À deux pas, Colette habite l'entresol du 9 rue de Beaujolais jusqu'à sa mort en 1954 ; elle écrivit dans son lit, les pieds tournés vers la fenêtre, et y composa Le Fanal bleu.
Sous le Directoire et l'Empire, le jardin abritait une légion de prostituées qu'on surnommait demi-castors, demoisellesoufemmes du Palais-Royal— une corporation si organisée qu'elle disposait de bureaux d'inscription au premier étage des galeries. Libraires côtoyaient courtisanes, diamantaires côtoyaient tricheurs ; à minuit, dans certains salons, on jouait des sommes capables de ruiner une famille en une seule nuit. Balzac s'en est souvenu en écrivantLa Peau de chagrin, dont la scène d'ouverture campe précisément un tripot du Palais-Royal.
Détail méconnu : la pâtisserie Stohrer, plus ancienne pâtisserie de Paris (1730), eut longtemps des liens commerciaux avec le Palais-Royal ; et la maison Cadolle, dans la galerie, dépose en 1889 le brevet du soutien-gorge moderne. Côté jardin, les statues anonymes en pied qui parsèment les bosquets datent presque toutes de l'Empire ou de la Restauration et représentent des allégories mythologiques bien plus que des personnages historiques.
Conseils de visite
Le jardin se savoure tôt le matin, quand les Parisiens viennent y lire avant la cohue, ou au crépuscule en automne lorsque les colonnes Buren prennent une teinte fauve. Évitez l'heure du déjeuner aux beaux jours : les chaises sont prises d'assaut par les agents du Conseil d'État et du ministère de la Culture, qui occupent l'aile principale. Comptez 45 minutes à 1h15 pour la visite avec les galeries.
Pour la pause, Café Kitsuné (galerie de Montpensier) propose d'excellents matchas-latte ; Le Grand Véfour demeure une expérience gastronomique légendaire (sur réservation) ; Bistrot Victoires à deux rues offre une bonne table classique sans formalités. Jardin ouvert tous les jours de 7h30 à 22h30 (été) ou 20h30 (hiver). Accessibilité PMR aisée, sol plat partout.





