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Jardin de l'hôtel de Sens

Parcs et Jardins

Jardin de l'hôtel de Sens

XVe siècle (hôtel) — jardin restauré 1942·jardin à la française·Paris 4ème·0,15 ha·Classé MH

Histoire

L'hôtel de Sens compte parmi les rares témoignages d'architecture civile médiévale encore debout à Paris — avec l'hôtel de Cluny et l'hôtel des Archevêques de Reims. Sa construction s'étale de 1475 à 1519, sur ordre des archevêques de Sens, dont relevait alors le diocèse de Paris (Paris ne deviendra archevêché autonome qu'en 1622). Les archevêques de Sens avaient besoin d'une résidence parisienne lorsqu'ils venaient siéger au Parlement ou rencontrer le roi : c'est cette résidence qu'ils élèvent à deux pas de la Seine, à l'extrémité orientale du Marais médiéval.

L'édifice mêle traditions militaires — tourelles d'angle en encorbellement, échauguettes, chemin de ronde, portail fortifié — et goûts décoratifs du gothique tardif, avec ses fenêtres à meneaux et son décor flamboyant. C'est l'un des derniers exemples de cette transition entre l'austérité médiévale et l'élégance Renaissance qui s'annonce.

L'épisode le plus célèbre du lieu se joue en 1605, lorsque Marguerite de Valoisla reine Margot, fille d'Henri II et de Catherine de Médicis, ancienne épouse répudiée d'Henri IV — y emménage après son retour à Paris. Approchant la cinquantaine mais demeurée libertine et lettrée, Margot transforme l'hôtel en cour parallèle où se croisent poètes, musiciens, théologiens et jeunes amants. La cité gronde : les affaires de la reine déchue défrayent toutes les chroniques scandaleuses du début du XVIIe siècle.

L'archevêché de Sens étant devenu inutile après l'élévation de Paris en archevêché en 1622, l'hôtel passe au domaine royal puis, à la Révolution, est confisqué. Il sert successivement de manufacture de verres, de blanchisserie, de fabrique de confitures. Au XIXe siècle, le bâtiment menace ruine. La Ville de Paris l'acquiert en 1911 et lance une longue restauration, achevée en 1942. Depuis 1961, l'hôtel abrite la bibliothèque Forney, spécialisée dans les arts décoratifs, la mode, le design et les métiers d'art. Le jardin à la française qui l'entoure est recréé à l'occasion de la restauration, dans l'esprit d'un jardin Renaissance miniature.

À voir absolument

  • La façade médiévale, avec ses tourelles d'angle en encorbellement et son portail fortifié — exemple rarissime à Paris d'architecture civile gothique tardive, côté rue du Figuier
  • Le boulet de canon incrusté dans la façade près du portail, vestige des combats de la révolution de juillet 1830 (28 juillet précisément) — détail savoureux que peu de passants remarquent
  • Le jardin à la française au sud de l'hôtel, ses buis taillés en topiaire, ses ifs en pyramide, ses parterres géométriques bordés de buis nains
  • La perspective sur la Seine et l'Île Saint-Louis depuis la grille du jardin côté quai
  • Le vestige du mur d'enceinte de Charles V (XIVe siècle) visible à l'angle du jardin — la dernière des grandes enceintes médiévales parisiennes avant celle des Fermiers généraux
  • La tourelle d'angle côté quai des Célestins, avec son toit en poivrière caractéristique
  • La bibliothèque Forney elle-même, accessible aux lecteurs et visiteurs — ses collections de papiers peints anciens et de gravures de mode comptent parmi les plus riches au monde
  • Le portail principal rue du Figuier, ferronnerie restaurée à l'identique du XVIe siècle

Anecdotes & secrets

Marguerite de Valois, dans son hôtel de Sens, multiplia les scandales. En 1606, deux de ses jeunes amants se disputèrent un soir : l'un, le comte de Vermont, tua devant ses yeux son rival Saint-Julien sur le seuil même de l'hôtel. Margot, furieuse, fit venir un capitaine de ses gardes, l'envoya chercher le meurtrier qui s'était réfugié au monastère des Célestins voisin, et obtint qu'il soit ramené devant elle. Tuez-le ici, sous mes fenêtres, ordonna-t-elle. Le comte fut décapité dans la rue, à la lueur des torches. La reine, voyant le sang couler sur les pavés, déclara qu'elle ne dormirait plus jamais sous ce toit ; elle déménagea trois jours plus tard pour ne jamais revenir.

La bibliothèque Forney, installée depuis 1961, conserve un trésor souvent méconnu : la plus riche collection française de papiers peints anciens (plus de quatre cent mille pièces du XVIIIe au XXe siècle), des catalogues commerciaux rarissimes du XIXe (mode, mobilier, jouets, ustensiles), et un fonds affiches comparable à celui de la BnF. Les chercheurs en histoire de la mode et du design viennent y travailler depuis le monde entier.

Détail discret : les pavés du jardin proviennent en partie de la rue Saint-Honoré et du quai des Célestins, récupérés lors de l'arasement de la ligne ferroviaire de la Petite Ceinture. Et à l'angle du quai, la gargouille zoomorphe est l'un des plus anciens éléments sculptés conservés du bâtiment d'origine.

Conseils de visite

Avril-mai pour les buis et les premières roses ; octobre pour la lumière oblique sur les pierres médiévales. Hiver, l'austérité du jardin couvert de givre transporte l'imagination cinq siècles en arrière. Évitez les jours de pluie : sols glissants. Comptez 30 minutes pour le jardin seul, 1h30 si vous combinez la bibliothèque Forney (gratuite, sauf expositions).

Le quartier offre des prolongements naturels : quai des Célestins pour une promenade le long de la Seine, Île Saint-Louis à dix minutes pour les glaces Berthillon, village Saint-Paul voisin pour ses antiquaires. Pour manger, Le Bistrot Saint-Paul ou Robert et Louise rue Vieille-du-Temple (cuisine au feu de bois) sont des valeurs sûres. Bibliothèque Forney ouverte mardi-samedi 13h-19h, jardin accessible mardi-samedi de 8h ou 9h jusqu'à la tombée du jour. Entrée du jardin libre. Accessibilité PMR limitée (escaliers d'accès).

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