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Hôtel Bullioud (Galerie Antoine Bullioud) — architecture civile à Lyon (69), monument historique (Classé MH)

Monument

Hôtel Bullioud (Galerie Antoine Bullioud)

1536·Architecture civile·Lyon (69)·Classé MH

Contes, légendes & anecdotes

Philibert de l'Orme avait 22 ans quand il construisit cette galerie en 1536 — il rentrait de trois ans d'études à Rome. C'est son premier grand chantier. Il avait vu les arcs de triomphe romains, les caissons du Panthéon, les voûtes à caissons de Bramante. Il les appliqua dans une ruelle du Vieux-Lyon, sur une galerie privée commandée par un lieutenant général peu connu. Ce premier coup d'essai fut un coup de maître. Quelques années plus tard, Henri II lui confierait la direction de tous les chantiers royaux de France. Tout avait commencé rue Juiverie, à Lyon, dans une galerie qui enjambe la rue.

Histoire

La galerie de l'hôtel Bullioud, construite en 1536, est l'une des œuvres architecturales les plus audacieuses et les plus originales de la Renaissance française — et l'œuvre maîtresse de Philibert de l'Orme (1514-1570), le plus grand architecte français du XVIe siècle. Philibert de l'Orme avait étudié l'architecture à Rome de 1533 à 1536 — il revenait tout juste d'Italie quand Antoine Bullioud, lieutenant général du sénéchal de Lyon, lui commanda cette galerie reliant deux corps de bâtiments sur la rue Juiverie dans le Vieux-Lyon. La galerie est un arc en plein cintre surélevé qui enjambe la rue — un passage couvert extérieur qui relie les deux ailes de l'hôtel à l'étage. La clef de cet arc est ornée d'une console en saillie portant un buste sculptée. Mais ce qui rend la galerie révolutionnaire, c'est son arc à caissons — des caissons de pierre en perspective qui créent une profondeur illusoire incomparable. C'est le premier arc à caissons de la Renaissance française.

À voir

Récit incarné

Rue Juiverie, Vieux-Lyon. La rue descend vers la Saône dans le quartier Renaissance classé UNESCO. Des façades de pierre, des traboules, des cours intérieures. Et soudain, la galerie Bullioud — un arc de pierre qui enjambe la rue à l'étage.

Levez la tête. L'arc est en plein cintre — un demi-cercle parfait. Sa clef est ornée d'un buste en saillie — une figure masculine qui regarde vers la rue depuis son piédestal de pierre. Et la voûte de l'arc : des caissons en perspective qui s'enfoncent vers la clef centrale. C'est la Rome antique transportée dans une ruelle lyonnaise, par un architecte de 22 ans qui venait de passer trois ans à étudier le Panthéon et les thermes.

Philibert de l'Orme était le premier architecte français à avoir compris — vraiment compris, dans ses os et dans ses muscles autant que dans son esprit — l'architecture romaine antique. Pas à travers des gravures et des traités, mais en mesurant les pierres de visu, en dessinant les voûtes à caissons, en calculant les proportions. Sa galerie de Lyon est la preuve de cette compréhension — intime, physique, architecturale.

Lecture architecturale

La galerie Bullioud est un arc surbaissé en plein cintre en calcaire de la région lyonnaise. L'extrados (face extérieure de l'arc) est sculpté de caissons en perspective — des caissons carrés qui diminuent progressivement vers la clef, créant une profondeur illusoire. La clef de l'arc est ornée d'une console portant un buste sculpté. Les piédroits (montants verticaux de l'arc) reposent sur des pilastres corinthiens ancrés dans les murs des bâtiments encadrés.

Symboles à observer

1. Les caissons en perspective : regardez l'arc depuis la rue, exactement dans l'axe. Les caissons diminuent vers la clef — une perspective artificielle qui donne l'impression d'une voûte plus profonde qu'elle ne l'est réellement. C'est la première application de ce procédé en France.

2. Le buste de la clef : la figure masculine sculptée au sommet de l'arc. Qui représente-t-il ? Antoine Bullioud lui-même ? Philibert de l'Orme ? Un personnage mythologique ?

3. Les pilastres corinthiens : les pilastres qui encadrent l'arc dans les murs latéraux. Leur proportion — hauteur / largeur — est rigoureusement canonique.

4. La vue depuis la galerie : si l'accès est possible (visite guidée), regardez depuis la galerie vers la rue. L'arc encadre la rue Juiverie comme un tableau — l'architecture comme dispositif de mise en scène du paysage urbain.

Anecdote mémorable

Philibert de l'Orme (1514-1570) construira plus tard le château d'Anet pour Diane de Poitiers (la maîtresse d'Henri II), les Tuileries pour Catherine de Médicis, la chapelle royale de Saint-Denis. Il sera le premier architecte français à theoreticiser son art — ses deux traités (Nouvelles Inventions pour bien bâtir, 1561 ; Architecture, 1567) sont les premiers textes d'architecture théorique écrits par un Français. Tout avait commencé ici, dans cette ruelle lyonnaise, avec cet arc à caissons révolutionnaire.

Contexte historique dense

Lyon en 1536 était la capitale financière de France et la ville où les artistes, les humanistes et les architectes transitaient entre Paris, l'Italie et les Pays-Bas. Philibert de l'Orme, fils d'un maçon lyonnais, y avait grandi avant de partir à Rome. Son retour à Lyon en 1536 et la commande de la galerie Bullioud furent le début d'une carrière qui allait révolutionner l'architecture française.

Échos artistiques

Musique : Fantaisiede Claude Le Jeune (v.1560) — le compositeur contemporain de la maturité de Philibert de l'Orme. Peinture :Portrait de Philibert de l'Orme (anonyme, XVIe siècle) — l'architecte théoricien. Architecture : le château d'Anet (28, 1547-1552) — l'œuvre maîtresse de Philibert de l'Orme pour Diane de Poitiers.

Pour aller plus loin

  • Vieux-Lyon UNESCO — les traboules et les hôtels Renaissance.
  • Musée Gadagne (Lyon) — l'histoire de Lyon dans l'hôtel des banquiers florentins.
  • Château d'Anet (28, 250 km) — le chef-d'œuvre de Philibert de l'Orme.

Pour aller plus loin

Œuvre Renaissance associée
Susanne un jour
Didier Lupi Second / Orlando di Lasso versions · c.1530–1580

Galerie Bullioud (1536) à Lyon, commandée par Thomas Bullioud, conseiller du roi : la galerie est une innovation architecturale dans la tradition italienne de Lyon. Didier Lupi Second publie à Lyon chez Moderne et est l'éditeur de la chanson la plus imprimée à Lyon au XVIe siècle. Cohérence lyonnaise maximale.

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