Contes, légendes & anecdotes
Guillaume Rondelet dissécua régulièrement des cadavres humains dans son amphithéâtre — une pratique autorisée mais encadrée, qui choquait profondément les sensibilités de l'époque. On raconte qu'il dissécua le cadavre de son propre fils pour en tirer des enseignements anatomiques — et qu'il continua à enseigner devant ses étudiants après cet acte de courage ou de folie scientifique. Rabelais, qui avait étudié à Montpellier, évoque dans le Quart Livre un 'docteur en dissection' qui pourrait s'inspirer de Rondelet. La médecine Renaissance se construisait sur des deuils et des transgressions que l'histoire a pudiquement oubliés.
Histoire
L'hôtel Saint-Côme de Montpellier, bien que son bâtiment actuel date de 1757 (façade classique dessinée par Jean-Antoine Giral), perpétue et occupe le site et une partie des structures de l'ancien amphithéâtre d'anatomie fondé en 1556 par la Faculté de médecine de Montpellier sous l'impulsion de Guillaume Rondelet (1507-1566), le plus grand naturaliste français du XVIe siècle. Rondelet — auteur du traité De Piscibus Marinis (1554-1555), première étude scientifique systématique des poissons — avait créé cet amphithéâtre pour permettre aux étudiants en médecine de la plus ancienne faculté médicale de France d'assister aux dissections anatomiques. Des vestiges de la structure originale Renaissance (murs, fondations, certains éléments décoratifs) subsistent dans la partie inférieure du bâtiment actuel. L'établissement abrite aujourd'hui la Chambre de Commerce et d'Industrie de Montpellier.
À voir
Récit incarné
Rue de la Loge, Montpellier. La grande rue commerçante du centre historique. L'hôtel Saint-Côme, avec sa façade classique du XVIIIe siècle, occupe l'emplacement et les fondations de l'amphithéâtre d'anatomie fondé en 1556 par Rondelet.
En 1556, Montpellier était déjà la capitale médicale de la France. Sa Faculté de médecine — fondée en 1289, plus ancienne de France — attrait des étudiants de toute l'Europe. Rondelet, son doyen, voulait qu'ils voient — pas seulement lire, pas seulement écouter, mais voir de leurs yeux les structures du corps humain. Son amphithéâtre d'anatomie permettait à une centaine d'étudiants d'observer simultanément une dissection.
Rabelais était passé ici vingt-cinq ans avant la fondation de l'amphithéâtre. Il avait étudié la médecine et disséqué des animaux dans des salles moins bien équipées. En 1531, quand il quitta Montpellier, il emportait une formation médicale solide et l'habitude du regard clinique — cet œil sans pitié sur les choses vivantes — qui nourrit toute son œuvre littéraire.
Lecture architecturale
La façade actuelle de l'hôtel Saint-Côme (1757) est classique — sobre, ordonnée, sans rappel direct du XVIe siècle. Mais les fondations et les murs inférieurs conservent des éléments de la construction Renaissance de 1556. L'amphithéâtre original était une salle circulaire avec des gradins en bois permettant à une centaine d'étudiants d'observer les dissections autour d'une table centrale.
Symboles à observer
1. Les caducées de médecine : dans les ornements de la façade du XVIIIe siècle, cherchez les caducées (bâtons enroulés de serpents) et autres attributs médicaux. Le bâtiment dit encore sa fonction médicale originelle.
2. Le plan circulaire : si l'accès intérieur est possible, cherchez les traces du plan circulaire de l'amphithéâtre original — dans l'agencement des murs ou dans les fondations.
3. L'inscription latine : une inscription latine commémorative rappelle la fondation de l'amphithéâtre par Rondelet en 1556. Cherchez-la dans le vestibule.
4. La Chambre de Commerce : aujourd'hui, le bâtiment abrite la CCI. Des hommes d'affaires du XXIe siècle travaillent dans les salles de l'ancien amphithéâtre anatomique. La continuité des usages de prestige.
Anecdote mémorable
André Vesale (1514-1564) — le Flamand qui révolutionna l'anatomie avec son De humani corporis fabrica (1543) — avait étudié à Paris et à Padoue, pas à Montpellier. Mais Rondelet connaissait ses travaux et s'en inspirait pour ses dissections montpelliéraines. La compétition entre les facultés de médecine européennes — Paris, Padoue, Montpellier, Bologne — était aussi une compétition anatomique : qui dissécait le mieux, qui formait les meilleurs médecins. Montpellier, avec son amphithéâtre de 1556, affirmait sa place dans cette compétition.
Contexte historique dense
La Faculté de médecine de Montpellier au XVIe siècle était engagée dans la révolution anatomique qui transformait la médecine occidentale — le passage de la médecine livresque (commenter Galien et Avicenne) à la médecine empirique (observer et disséquer). L'amphithéâtre de Rondelet (1556) était un instrument de cette révolution — une salle conçue pour l'observation, pas pour la conférence. C'est un des premiers amphithéâtres anatomiques de France.
Échos artistiques
Musique : Fantaisiede Diego Ortiz (1553) — le compositeur espagnol dont les œuvres circulaient dans les cercles intellectuels méditerranéens contemporains de la fondation de l'amphithéâtre. Peinture :La Leçon d'anatomie du Dr Nicolaes Tulp de Rembrandt (La Haye, 1632) — le tableau le plus célèbre de l'enseignement anatomique, peint 76 ans après la fondation de l'amphithéâtre de Montpellier. Architecture : le Théâtre anatomique de Padoue (Italie, 1594) — le modèle européen de l'amphithéâtre d'anatomie, plus tardif que Montpellier.
Pour aller plus loin
- Faculté de médecine de Montpellier — la plus ancienne de France, avec son musée anatomique.
- Jardin des Plantes de Montpellier (1593) — le premier jardin botanique de France.
- Musée Fabre (Montpellier) — l'une des plus riches collections de peintures de France.


