À voir
Un jardin pour une reine d'un hiver
En 1613, l'électeur palatin Frédéric V épouse Élisabeth Stuart, fille de Jacques Iᵉʳ d'Angleterre. Le mariage hisse Heidelberg au rang des grandes cours protestantes d'Europe. Pour parer sa résidence, le prince commande à l'ingénieur huguenot Salomon de Caus un jardin à la mesure de cette ambition, sur la pente escarpée qui jouxte le château.
L'art de dompter la montagne
Dès 1614, de Caus fait entailler le versant en terrasses en L. Il y installe parterres de broderie, grottes à coquillages, statues antiques, orangers et surtout des automates hydrauliques — orgues à eau, figures animées — qui firent la réputation de l'ingénieur. Mêlant mythologie et symbolisme, le jardin se lit comme une allégorie du pouvoir et du savoir du couple électoral.
Un rêve brisé par la guerre
Les travaux s'interrompent vers 1619, quand Frédéric accepte la couronne de Bohême. Sa défaite à la Montagne Blanche (1620) et la guerre de Trente Ans laissent le jardin inachevé, puis à l'abandon. De Caus publie la même année son livre Hortus Palatinus : c'est surtout par ses planches, et par les gravures de Merian, que l'on connaît aujourd'hui ce « plus beau jardin jamais conçu ».
Ce qu'il faut voir
- Les terrasses encore lisibles sur le flanc de la colline, à l'est du château.
- Les vestiges de murs, bassins et escaliers du tracé originel.
- La vue plongeante sur la vieille ville de Heidelberg et le Neckar.
Le saviez-vous ?
Les contemporains surnommèrent l'Hortus Palatinus la « huitième merveille du monde ». Pourtant, il ne fut jamais terminé : ce chef-d'œuvre de la Renaissance existe surtout sur le papier, immortalisé par les gravures du livre de Salomon de Caus (1620) et par les vues de Matthäus Merian.
Repères
Jardin en terrasses, château de Heidelberg (Bade-Wurtemberg). Concepteur : Salomon de Caus, 1614-1619. Commanditaire : Frédéric V pour Élisabeth Stuart. Resté inachevé (guerre de Trente Ans). Livre Hortus Palatinus, Francfort, 1620.
Histoire
Accroché au flanc du Königstuhl, au pied du château de Heidelberg, l'Hortus Palatinus fut conçu comme le plus ambitieux jardin de la Renaissance en terre d'Empire. En 1613, l'électeur palatin Frédéric V épouse Élisabeth Stuart, fille du roi Jacques Iᵉʳ d'Angleterre. Pour offrir à sa jeune femme un cadre digne d'une cour princière, le prince appelle à Heidelberg l'ingénieur et architecte huguenot Salomon de Caus, qui avait été le maître de dessin et de perspective d'Élisabeth en Angleterre.
À partir de juillet 1614, de Caus fait tailler la pente abrupte en une succession de terrasses disposées en L autour du château. Il y déploie parterres de broderie, statues, orangers, grottes ornées de coquillages, automates mus par l'eau et jeux hydrauliques inspirés de l'Antiquité et de l'alchimie, le tout célébrant la gloire du couple électoral. Les contemporains parlent d'une « huitième merveille du monde » ; on y a vu le plus grand jardin de la Renaissance allemande.
L'entreprise ne sera jamais achevée. En 1619, Frédéric V accepte la couronne de Bohême ; la guerre de Trente Ans éclate, et sa défaite à la Montagne Blanche (1620) lui vaut le surnom de « Roi d'un hiver ». De Caus, parti pour Paris, publie en 1620 à Francfort son grand livre illustré, l'Hortus Palatinus, qui fixe pour toujours le jardin tel qu'il aurait dû être. Sur le terrain, seules subsistent aujourd'hui les terrasses, quelques murs et bassins : un chef-d'œuvre resté à l'état de promesse, mieux connu par la gravure que par la pierre.
Sources
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Fiche mise à jour le 7 novembre 2026
