À voir
Sur le Fischmarkt d'Erfurt, la fortune du pastel s'affiche en pierre. Le marchand de guède qui bâtit cette maison voulait une façade-manifeste : au premier étage court une frise des cinq Sens, sculptée d'après des gravures venues d'Anvers, et dans le relief de l'odorat se glisse une vue d'Erfurt elle-même — la ville se regarde dans son propre décor. Des têtes grotesques grimacent dans les pignons, un lansquenet veille au sommet. Erfurt vivait du bleu de guède ; cette splendeur de façade est l'apogée d'un négoce que l'indigo d'outre-mer allait bientôt ruiner.# La Maison au large foyerSur le Fischmarkt d'Erfurt, la « Maison au large foyer » aligne, pour l'an 1584, l'une des plus belles façades Renaissance de Thuringe : un relief des cinq Sens court à l'étage, des têtes grotesques grimacent dans les pignons, et un lansquenet monte la garde au faîte. Toute la richesse d'une ville de marchands de pastel s'y donne à voir.
Ce qu'il faut regarder
Le cœur du décor est la frise des cinq Sens, au premier étage : la Vue, l'Ouïe, l'Odorat, le Goût et le Toucher, personnifiés en figures élégantes, taillées d'après des gravures du peintre anversois Frans Floris. Regardez de près l'Odorat (Riechen) : à l'arrière-plan se glisse une petite vue d'Erfurt — la ville se représente elle-même au sein de l'allégorie.
Levez les yeux vers les étages : dans les pignons des fenêtres hautes grimacent des Gaffköpfe, têtes grotesques et curieuses qui semblent épier la place. Tout en haut, une figure de lansquenet couronne l'édifice. Les couleurs vives que l'on voit aujourd'hui résultent d'une restitution de la polychromie menée en 1968. Pris dans leur ensemble, la frise des Sens, les têtes grimaçantes et le lansquenet composent une façade où le savant, le drôle et le martial se répondent — un condensé de l'esprit de la Renaissance tardive, où tout un monde tient sur un seul mur.
Histoire
Erfurt est au XVIᵉ siècle l'une des villes les plus riches de l'espace germanique, grâce au commerce de la guède (le pastel, colorant bleu) dont elle est l'un des grands marchés d'Europe. Cette fortune se traduit par une floraison de maisons patriciennes ornées.
En 1584, le conseiller Heinrich von Denstedt fait décorer sa demeure du Fischmarkt par l'atelier de Hans Friedemann l'Ancien, qui met en œuvre les modèles de Frans Floris. Plus tard, en 1727, un pavillon d'été baroque est ajouté à l'arrière par Christoph Schulze. La façade Renaissance, elle, demeure le joyau de la place, face à l'hôtel de ville et à la Maison au bœuf rouge.
La richesse d'Erfurt reposait sur une seule plante : la guède, ou pastel, dont on tirait le précieux bleu avant l'arrivée de l'indigo des Indes. La ville en était l'un des plus grands marchés d'Europe, et ses familles de conseillers, comme les Denstedt, en vivaient grassement. Que le décor vienne d'un peintre d'Anvers, Frans Floris, n'étonne pas : Erfurt était reliée par le commerce aux Pays-Bas, et les gravures circulaient avec les marchandises. La maison est ainsi le produit d'un réseau : une plante tinctoriale de Thuringe, un argent de marchand, une image flamande, un ciseau local — toute l'Europe du négoce et des arts réunie sur une façade de place.
Symboles et secrets
Pourquoi les cinq Sens sur une maison ? Parce que le thème, très en vogue à la Renaissance, dit le plaisir de percevoir le monde — un art de vivre tout profane, bien loin des saints médiévaux. Sur la demeure d'un marchand, c'est aussi une manière d'exposer sa culture : connaître le programme des Sens, c'est appartenir au monde lettré.
La vue d'Erfurt glissée dans l'Odorat est un clin d'œil savant : la ville s'inscrit dans l'allégorie, comme pour dire que c'est ici, sur ce marché, que l'on sent — le pastel, les épices, l'argent. L'allégorie universelle devient un portrait local.
Pourquoi ce monument compte
Parce qu'il incarne la Renaissance marchande de Thuringe à son apogée : non pas un palais, mais la maison d'un conseiller, couverte d'un décor savant venu de Flandre. La Maison au large foyer montre comment les images circulaient d'Anvers à Erfurt, et comment une ville de pastel transformait sa richesse en beauté, juste avant que l'indigo ne vienne ruiner son négoce.
Histoire
Erfurt est au XVIᵉ siècle l'une des villes les plus riches de l'espace germanique, grâce au commerce de la guède (le pastel, colorant bleu) dont elle est l'un des grands marchés d'Europe. Cette fortune se traduit par une floraison de maisons patriciennes ornées.
En 1584, le conseiller Heinrich von Denstedt fait décorer sa demeure du Fischmarkt par l'atelier de Hans Friedemann l'Ancien, qui met en œuvre les modèles de Frans Floris. Plus tard, en 1727, un pavillon d'été baroque est ajouté à l'arrière par Christoph Schulze. La façade Renaissance, elle, demeure le joyau de la place, face à l'hôtel de ville et à la Maison au bœuf rouge.
La richesse d'Erfurt reposait sur une seule plante : la guède, ou pastel, dont on tirait le précieux bleu avant l'arrivée de l'indigo des Indes. La ville en était l'un des plus grands marchés d'Europe, et ses familles de conseillers, comme les Denstedt, en vivaient grassement. Que le décor vienne d'un peintre d'Anvers, Frans Floris, n'étonne pas : Erfurt était reliée par le commerce aux Pays-Bas, et les gravures circulaient avec les marchandises. La maison est ainsi le produit d'un réseau : une plante tinctoriale de Thuringe, un argent de marchand, une image flamande, un ciseau local — toute l'Europe du négoce et des arts réunie sur une façade de place.
Sources
- 1.Wikipedia DE « Haus zum Breiten Herd »
- 2.Stadt Erfurt — Fischmarkt, Haus zum Breiten Herd
- 3.Dehio-Handbuch der deutschen Kunstdenkmäler, Thüringen
Votre avis nous dit quoi améliorer : les photos, le texte, la position.
Fiche mise à jour le 7 novembre 2026
