À voir
Histoire
L'enclos paroissial de La Martyre est le plus ancien enclos paroissial complet du Léon, considéré comme le prototype originel dont s'inspireront ensuite Guimiliau, Saint-Thégonnec, Lampaul-Guimiliau, Bodilis. Son nom — « La Martyre » — vient du martyre du roi Salomon de Bretagne, assassiné en 874 à l'emplacement même du village par ses propres seigneurs félons. Salomon fut le dernier grand roi de Bretagne avant les invasions normandes ; son assassinat marqua la fin de l'indépendance bretonne et l'effondrement du royaume.
L'église fut construite et remaniée entre le XIVe et le XVIIe siècle, mais ses éléments les plus remarquables datent de la Renaissance précoce et tardive :
- le porche occidental (1460-1470), gothique flamboyant glissant vers Renaissance précoce
- le chœur flamboyant (vers 1500)
- le calvaire (1510-1520), l'un des plus anciens calvaires monumentaux bretons
- l'arc de triomphe Renaissance (1601), porte d'entrée monumentale de l'enclos
- l'ossuaire Renaissance tardive (1619), à pilastres et frontons
L'arc de triomphe Renaissance de 1601 est l'élément Renaissance pleinement assumé : arcades à colonnes ioniques, fronton triangulaire, niches à statues, médaillons à profil antique, rinceaux d'acanthes. Cet arc fut construit par les paroissiens enrichis par le commerce de toiles de lin vers l'Espagne au XVIe siècle.
La Martyre fut siège de l'une des plus grandes foires de Bretagne (la « foire de Saint-Salomon ») du XIVe au XVIIIe siècle — foire qui attirait des marchands d'Espagne, du Portugal, des Pays-Bas, d'Italie pour acheter les toiles de lin léonardes.
À voir absolument
- L'arc de triomphe Renaissance (1601), porte d'entrée monumentale de l'enclos
- Le porche occidental (1460-1470), gothique flamboyant glissant vers Renaissance
- Le calvaire monumental (1510-1520), l'un des plus anciens calvaires bretons
- L'ossuaire Renaissance tardive (1619), avec inscriptions sur la mortalité
- L'Ankou sculpté sur l'ossuaire (figure de la Mort bretonne)
- À l'intérieur de l'église, le maître-autel baroque (XVIIe siècle)
- Les vitraux Renaissance du chœur (XVIe siècle, partiellement conservés)
- Les sablières sculptées de la charpente
- La statue de saint Salomon roi-martyr, dans une niche du chœur
- L'emplacement de l'assassinat de saint Salomon (874), marqué par une plaque commémorative
Anecdotes & secrets
Salomon de Bretagne (vers 826-874), roi de Bretagne de 857 à sa mort, fut le dernier grand roi indépendant de Bretagne avant les invasions normandes. Habile politique, il agrandit considérablement le royaume breton (qui s'étendait alors jusqu'à la Mayenne et l'Anjou), résista aux Vikings par traités et batailles, et maintint l'indépendance bretonne face aux Carolingiens en pleine décomposition. Il fut assassiné en 874 à l'emplacement actuel de l'église par une coalition de seigneurs félons dirigée par Gurwand et Pascweten, jaloux de sa puissance. L'Église catholique le vénéra comme martyr de la foi chrétienne (lutte contre les Vikings païens), bien qu'il ne fût jamais officiellement canonisé. Son tombeau est sous l'autel — vide depuis la Révolution.
La « foire de Saint-Salomon » de La Martyre, l'une des plus grandes foires de Bretagne du XIVe au XVIIIe siècle, attirait jusqu'à 10 000 marchands chaque année — chiffre énorme pour une commune rurale. Les toiles de lin léonardes étaient achetées en gros par des acheteurs étrangers qui les exportaient ensuite vers l'Espagne (chemises des conquistadores), vers le Portugal (chemises des marins de la Carrera da India), vers les Pays-Bas (cols et manchettes des bourgeois flamands). Cette prospérité internationale explique la richesse architecturale de l'enclos pour une si petite paroisse.
L'arc de triomphe Renaissance (1601) porte une inscription latine partiellement effacée : « Anno Domini millesimo sexcentesimo primo, parochiani martyriensis fecerunt » (« En l'an du Seigneur 1601, les paroissiens de La Martyre firent faire ceci »). Les noms des donateurs sont inscrits sur des plaques scellées dans les murs intérieurs — fait courant à l'époque pour immortaliser la générosité des familles.
Conseils de visite
Église ouverte tous les jours de 9h à 19h en été ; demander la clé à la mairie hors saison. Combiner avec les autres enclos paroissiaux voisins (La Roche-Maurice à 5 km, Pencran à 7 km, Bodilis à 11 km, Sizun à 15 km). La Martyre accessible depuis Landerneau en voiture (10 min) ou Morlaix (30 min). Pardon de Saint-Salomon : le 25 juin chaque année.





