À voir
Histoire
La cathédrale Saint-Corentin de Quimper est l'un des plus émouvants édifices gothiques de Bretagne, avec une particularité architecturale unique : son chœur est désaxé par rapport à la nef d'environ un mètre vers le nord. Cette asymétrie volontaire date du XIIIe siècle et fait l'objet de plusieurs interprétations symboliques (la tête inclinée du Christ sur la croix, contrainte topographique, ou simple erreur de tracé) — quel que soit le motif, l'effet visuel reste saisissant.
L'édifice fut construit entre 1239 et 1500 pour l'essentiel, mais achevé seulement au XIXe siècle : les deux flèches occidentales néogothiques furent élevées par Joseph Bigot en 1854-1856, dans le respect du style flamboyant tardif.
L'élément Renaissance réside dans les chapelles latérales nord ajoutées au XVe-XVIe siècles, ornées de retables sculptés, statues de saints bretons (saint Yves, saint Corentin, sainte Anne), vitraux Renaissance (vers 1480-1540), et mobilier liturgique Renaissance précoce. La chapelle de la Passion abrite une Mise au tombeau Renaissance (voir base statues HitsMap, exclue ici).
Quimper, capitale historique de la Cornouaille (l'un des neuf anciens évêchés bretons), fut au Moyen Âge une ville de pèlerinage majeur dédié à saint Corentin, premier évêque légendaire de Cornouaille au Ve siècle.
À voir absolument
- Le chœur désaxé : phénomène architectural unique, à observer en se plaçant à l'axe de la nef pour bien voir le décrochement
- Les vitraux Renaissance (vers 1480-1540), parmi les plus beaux de Bretagne — particulièrement la verrière de la Crucifixion et celle de la Vie de saint Corentin
- La statue équestre de saint Corentin au chevet (XVe siècle)
- Les chapelles latérales nord Renaissance, financées par les grandes familles cornouaillaises
- Le buffet d'orgue Renaissance tardive (vers 1600), buffet sculpté de putti et rinceaux
- La rose monumentale de la façade occidentale, à compartiments rayonnants
- Les flèches néogothiques de Joseph Bigot (1854-1856), à voir d'extérieur — 73 mètres de hauteur
- Le monogramme F+A (François-Anne) sculpté en plusieurs endroits : référence au mariage d'Anne de Bretagne et François II de Bretagne (son père)
- Le trésor de la cathédrale (visite payante), dans la sacristie
Anecdotes & secrets
Saint Corentin, premier évêque légendaire de Cornouaille au Ve siècle, est une figure semi-historique dont la biographie mêle hagiographie et folklore breton. Selon la tradition, il vivait en ermite près de la fontaine du Stang-Alar et se nourrissait d'un poisson miraculeux qui reprenait sa forme après chaque repas. Cette iconographie du saint au poisson est sculptée à plusieurs endroits dans la cathédrale. Il fut nommé évêque par le légendaire roi Gradlon, fondateur de la ville d'Ys engloutie dans la baie de Douarnenez selon la légende — l'équivalent breton de l'Atlantide.
Le désaxement du chœur fait l'objet d'un débat depuis le XIXe siècle. Eugène Viollet-le-Duc, dans son Dictionnaire raisonné de l'architecture (1854-1868), y voit une erreur de tracé des bâtisseurs médiévaux. D'autres historiens (Marcel Aubert, Louis Bréhier) y voient un symbolisme intentionnel : la tête inclinée du Christ sur la Croix au moment de l'agonie (Jean 19:30). Une troisième hypothèse moderne propose une contrainte topographique : la fondation primitive (chœur antérieur) aurait été décalée pour des raisons de sol mouvant près de l'Odet, et la nef ultérieure aurait été tracée selon les normes orthogonales sans rectifier le chœur.
La cathédrale fut profanée à la Révolution (1793) et transformée en magasin de fourrage pour les troupes républicaines pendant la chouannerie. Le mobilier liturgique fut dispersé, vendu ou détruit. Le trésor médiéval disparut presque intégralement — sauf la châsse de saint Corentin (XIIIe siècle), cachée par les chanoines dans une ferme voisine et redécouverte en 1802.
Conseils de visite
Cathédrale ouverte tous les jours de 9h à 19h, entrée libre. Trésor : visite payante (5€), ouvert l'après-midi. Visites guidées payantes (5€) le samedi à 14h30 en haute saison. Combiner avec la visite du musée départemental breton (gratuit le 1er dimanche, dans l'ancien palais épiscopal Renaissance) et du musée des Beaux-Arts de Quimper. La vieille ville de Quimper, à pans de bois et hôtels Renaissance, est l'une des plus pittoresques de Bretagne. Quimper accessible depuis Rennes ou Nantes en train (2h).


